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LandSpace et la course chinoise au vol spatial réutilisable

Publié le 21 août 2026 par Toulouseweb
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L’industrie chinoise du lancement de fusées : LandSpace et la course au vol spatial réutilisable

AeroMorning – John Smith – 20 août 2026

La nouvelle course à l’espace ne consiste plus simplement à atteindre l’espace. Elle vise de plus en plus à rendre l’accès à l’orbite moins coûteux, plus fréquent et plus fiable — et, à terme, à construire les infrastructures de transport nécessaires à une activité humaine permanente au-delà de la Terre.

Au cœur de cette transformation se trouve la réutilisation. Les fusées traditionnelles sont en grande partie à usage unique : après avoir livré leur charge utile, la majeure partie du véhicule est perdue. Les lanceurs réutilisables cherchent au contraire à récupérer, remettre en état et faire voler plusieurs fois les éléments coûteux du lanceur.

Pour la Chine, cette technologie revêt une importance à la fois commerciale et stratégique. Le pays développe de grandes constellations de satellites en orbite terrestre basse (LEO), tout en cherchant à construire une industrie nationale compétitive du lancement, moins dépendante de fournisseurs étrangers.

La Chine ne poursuit pas cet objectif à travers un programme unique. Elle développe un écosystème à deux niveaux, combinant le secteur spatial public, dirigé par la CASC, et des entreprises privées comme LandSpace, Galactic Energy, Space Pioneer, iSpace, Orienspace, Deep Blue Aerospace et CAS Space.

1. LandSpace : une percée du secteur privé chinois

Le 19 août 2026, l’entreprise spatiale chinoise privée LandSpace a franchi une étape majeure avec sa fusée Zhuque-3.

La fusée a placé sa charge utile en orbite tandis que son premier étage est revenu sur Terre et s’est posé verticalement sur une zone d’atterrissage désignée dans la province du Gansu. Il s’agissait de la première récupération réussie au sol, à l’aide de pieds d’atterrissage, d’un premier étage de classe orbitale par une entreprise privée chinoise.

Cette réussite est intervenue un mois après la première récupération réussie par la Chine d’un étage de fusée après une mission orbitale, lorsque le premier étage du Long March-10B, développé par le secteur public, avait été récupéré en mer grâce à un système de capture par filet.

La distinction est importante. Zhuque-3 est une fusée à deux étages. Le premier étage est le booster : il fournit l’essentiel de la poussée lors du lancement, se sépare du deuxième étage, puis effectue une rentrée contrôlée en utilisant sa propulsion, des systèmes de contrôle aérodynamique et des pieds d’atterrissage.

Le deuxième étage poursuit sa trajectoire jusqu’à l’orbite et y place la charge utile.

LandSpace n’a donc pas rendu l’ensemble de la fusée réutilisable. L’entreprise a démontré la récupération de son premier étage.

Cette technologie n’est pas nouvelle à l’échelle mondiale : SpaceX avait déjà démontré la récupération de boosters orbitaux avec Falcon 9 plusieurs années auparavant. L’importance de LandSpace réside dans le fait qu’une entreprise privée chinoise du secteur commercial dispose désormais d’une capacité comparable de récupération au sol.

De l’échec au succès

Cette réussite est le résultat d’un programme de développement et non d’une avancée isolée.

Le premier vol orbital de Zhuque-3, en décembre 2025, avait atteint l’orbite avec succès, mais la récupération du premier étage avait échoué lors de sa phase de retour. L’entreprise a ensuite utilisé les données recueillies pendant le vol pour améliorer son système de récupération.

LandSpace avait déjà testé la technologie VTVL — Vertical Takeoff and Vertical Landing, ou décollage et atterrissage verticaux — avec des démonstrateurs dédiés. Le dernier vol de Zhuque-3 représente donc le passage des essais technologiques à une mission orbitale combinant mise en orbite d’une charge utile et récupération du booster.

La question suivante est désormais plus importante : LandSpace sera-t-elle capable de faire voler à nouveau le booster récupéré ?

2. Zhuque-3 : une fusée conçue pour être réutilisée

Zhuque-3 est un lanceur à deux étages utilisant une propulsion methalox, c’est-à-dire de l’oxygène liquide et du méthane. Selon les caractéristiques publiées, le véhicule mesure 76,6 mètres de long et 4,5 mètres de diamètre et possède une structure en acier inoxydable.

Son premier étage utilise neuf moteurs TQ-12B et est conçu pour être réutilisé jusqu’à 20 fois. Le deuxième étage utilise un moteur TQ-15B optimisé pour fonctionner dans le vide.

Les capacités publiées par LandSpace illustrent le coût de la récupération :

  • 21,3 tonnes vers l’orbite basse en configuration non réutilisable ;
  • 18,3 tonnes avec récupération du premier étage en aval de la trajectoire ;
  • 12,5 tonnes avec retour du premier étage jusqu’au site de lancement.

Autrement dit, récupérer le booster nécessite de conserver du carburant et des capacités de performance pour le retour, ce qui réduit la charge utile pouvant être placée en orbite. Ce compromis est fondamental pour les systèmes de lancement réutilisables.

Le véritable avantage économique n’apparaît que si le matériel récupéré peut être rapidement inspecté, remis en état et réutilisé.

LandSpace a indiqué vouloir mettre en place un cycle récurrent de lancement, récupération, inspection et réutilisation, tout en augmentant progressivement la fréquence de ses lancements.

3. Un écosystème chinois des lanceurs réutilisables en pleine croissance

LandSpace n’est qu’un élément d’un paysage industriel beaucoup plus vaste.

Galactic Energy a développé ses activités de lancement avec Ceres-1, un petit lanceur à propergol solide. L’entreprise développe désormais Pallas-1, une fusée plus importante utilisant de l’oxygène liquide et du kérosène, destinée au lancement de constellations de satellites, avec un premier étage conçu pour être récupéré verticalement et réutilisé.

Space Pioneer, également appelée Beijing Tianbing Technology, développe Tianlong-3, un grand lanceur à oxygène liquide et kérosène capable de placer environ 17 à 22 tonnes en LEO. Son premier étage doit être réutilisable grâce à une récupération verticale. Le premier vol de Tianlong-3 a échoué peu après son lancement en avril 2026, illustrant les risques techniques considérables liés au développement de grands lanceurs commerciaux.

iSpace (Interstellar Glory) développe Hyperbola-3, un grand lanceur methalox utilisant la technologie VTVL. L’entreprise étudie également la récupération en mer en aval de la trajectoire, ce qui pourrait réduire la quantité de carburant nécessaire par rapport à un retour du booster jusqu’au site de lancement.

Deep Blue Aerospace développe la famille de lanceurs à carburant liquide Nebula autour de la technologie VTVL. Nebula-1 vise une capacité d’environ deux tonnes vers la LEO. L’entreprise a réalisé plusieurs essais VTVL, mais n’avait pas encore démontré de récupération d’un booster de classe orbitale en août 2026.

Orienspace a suivi une voie différente. Son lanceur Gravity-1, un grand lanceur à propergol solide, est entré dans le service commercial après son premier lancement depuis une plateforme maritime en janvier 2024. L’entreprise développe désormais des systèmes plus importants, notamment Gravity-2, tout en développant ses capacités industrielles et sa cadence de lancement avant de progresser davantage vers des lanceurs liquides réutilisables.

CAS Space, issue de l’écosystème de l’Académie chinoise des sciences, développe des technologies de lancement réutilisables parallèlement à sa famille de lanceurs à carburant liquide Kinetica. Son approche comprend des architectures à cœur commun et des concepts de récupération verticale coordonnée.

Enfin, la CASC, le groupe spatial public à l’origine de la famille Long March, constitue l’autre grand pilier de cette industrie. Son Long March-10B a réalisé en juillet 2026 la première récupération réussie par la Chine d’un booster après une mission orbitale, grâce à un système de capture par filet en mer plutôt qu’à des pieds d’atterrissage.

La Chine teste donc plusieurs solutions différentes pour résoudre le même problème.

4. Le paysage chinois des lanceurs réutilisables

EntrepriseLanceur principalPropulsion / stratégieOrientation vers la réutilisationSituation en août 2026

LandSpaceZhuque-3MethaloxVTVL ; récupération verticale au sol ; premier étage conçu pour jusqu’à 20 utilisationsCharge utile mise en orbite + atterrissage du premier étage démontré

Galactic EnergyCeres-1 / Pallas-1Solide / oxygène liquide-kérosèneVTVL ; récupération verticale du premier étage ; Pallas-1 conçu pour jusqu’à 25 utilisationsCeres-1 opérationnel ; Pallas-1 en développement

Space PioneerTianlong-3Oxygène liquide-kérosèneVTVL ; premier étage réutilisable ; ≥20 utilisations prévuesPremier vol échoué ; récupération non encore démontrée

iSpaceHyperbola-3MethaloxVTVL ; récupération verticale du premier étage ; récupération en mer en développementTechnologie VTVL démontrée ; récupération orbitale non encore démontrée

Deep Blue AerospaceFamille NebulaLiquideRécupération VTVL du premier étageTests VTVL et développement

OrienspaceFamille GravitySolide / voie d’évolution vers le liquideRécupération verticale / future architecture réutilisableOpérations commerciales ; systèmes réutilisables en développement

CAS SpaceFamille KineticaLiquide / architecture à cœur communVTVL ; récupération coordonnée du premier étageArchitecture réutilisable en développement

CASC / secteur publicFamille Long MarchPlusieurs systèmes à carburant liquideRécupération en mer et autres architecturesRécupération orbitale d’un booster démontrée

Les entreprises ne se trouvent pas toutes au même stade technologique. Certaines ont démontré des lancements orbitaux, d’autres seulement des essais VTVL, tandis que LandSpace et la CASC ont désormais démontré deux formes différentes de récupération d’un booster après une mission orbitale.

5. Pourquoi les constellations de satellites sont importantes

Les fusées réutilisables prennent tout leur sens lorsqu’il existe une demande importante et récurrente de lancements.

Cette demande est de plus en plus générée par les constellations de satellites fournissant des communications à haut débit, des services de navigation, de l’observation de la Terre, de la surveillance météorologique, des services scientifiques et des capacités liées à la sécurité nationale.

La logique économique qui en découle est simple :

Grandes constellations de satellites → forte demande de lancements → production accrue de fusées → lanceurs réutilisables → baisse du coût par lancement → fréquence accrue des lancements

C’est le modèle plus large que SpaceX a contribué à démontrer grâce à la combinaison de la réutilisation de Falcon 9 et de Starlink.

La Chine développe sa propre version de cet écosystème.

L’objectif n’est donc pas simplement de construire une fusée capable d’atteindre l’orbite. Il s’agit de créer une véritable industrie du transport spatial à haute fréquence.

6. La Chine ne se contente pas de copier SpaceX

La comparaison avec SpaceX est inévitable. Falcon 9 reste la référence en matière de réutilisation opérationnelle de boosters orbitaux.

Mais l’approche chinoise est plus large que la simple reproduction de Falcon 9.

LandSpace mise sur le méthane liquide et la récupération VTVL au sol. Galactic Energy développe des lanceurs réutilisables à oxygène liquide et kérosène. iSpace étudie la récupération en mer. La CASC a déjà démontré une récupération en mer par capture avec un filet. D’autres entreprises développent des véhicules, des moteurs et des systèmes de récupération différents.

La Chine construit donc un écosystème compétitif regroupant plusieurs approches technologiques, plutôt qu’un équivalent national unique de Falcon 9.

Les secteurs public et privé se complètent également. La CASC apporte des décennies d’expérience, une importante capacité industrielle et des infrastructures, tandis que les entreprises privées peuvent expérimenter de nouvelles technologies, méthodes de production et modèles commerciaux.

Conclusion : le véritable test commence après l’atterrissage

Le succès de Zhuque-3 constitue une étape importante pour l’industrie spatiale commerciale chinoise.

Il a démontré quelque chose qu’aucune entreprise privée chinoise n’avait réussi auparavant : combiner une mission orbitale avec la récupération réussie au sol d’un premier étage de classe orbitale.

Mais l’atterrissage n’est que le début.

Le véritable test sera de savoir si LandSpace — et, à terme, ses concurrents chinois — peuvent récupérer, inspecter, remettre en état et relancer le même booster à plusieurs reprises, à un coût commercialement compétitif.

Si elles y parviennent, les conséquences pourraient aller bien au-delà des services de lancement. La baisse des coûts et l’augmentation de la fréquence des lancements pourraient accélérer le déploiement des constellations de satellites, développer les activités commerciales en orbite basse et renforcer la position de la Chine dans l’économie spatiale mondiale.

À terme, ces mêmes technologies de transport spatial réutilisable pourraient soutenir les stations spatiales, les missions de fret, l’exploration lunaire et l’activité humaine au-delà de la Terre.

L’atterrissage démontre que la technologie fonctionne. La réutilisation déterminera si le modèle économique fonctionne.

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