La trame de ce roman est fondée sur des faits historiques reliés entre eux par deux personnages fictifs, Hugo et Sophia.
Ces deux personnages se rencontrent - est-ce fortuit ? - au début du roman, à Marsden, au nord-est de l'Angleterre, le 12 août 1906. Lui se présente comme un écrivain suisse, elle comme une sténo-dactylographe dans un chantier naval.
La chaîne du vélo de Sophia a déraillé. Hugo, galamment, la remet en place. Les deux remontent sur leurs bécanes, puis s'arrêtent à un bar où Sophia offre un verre à Hugo pour le remercier. C'est ainsi qu'ils en viennent à parler bateaux.
Hugo est allemand. Sa mission est de découvrir les projets de navire de combat de la Royal Navy. Or, pour jouer un bon tour à son supérieur, qui a de sales manières avec elle, Sophia lui propose de lui vendre les plans d'un croiseur cuirassé.
Grâce à ces plans, à son retour en Allemagne, Hugo est promu dans la Marine impériale, sauf que, un peu plus tard, le 9 septembre 1906, il apprend que, sciemment, Sophia lui a refilé de faux plans et qu'il est viré de la Marine impériale.
Neuf ans plus tard, Hugo a émigré aux États-Unis. Il y est devenu journaliste-reporter et citoyen américain. Laura et lui ont divorcé. Le 1er mai 1915, à New York, il embarque sur le Lusitania, un paquebot de luxe à destination de Liverpool.
À bord, le baron Hugo Martin de Beaufort retrouve Florence, la fille de John Kelly, qui l'avait invité sur sa goélette Florence, ce qui lui avait permis d'écrire un article pour ses lecteurs de Yachting, et Sophia, qu'il reconnaît immédiatement...
Les Pièges sur l'Atlantique du roman de Gilles de Montmollin seront ceux que tendront des belligérants de la Grande Guerre, pour qui, hélas, la fin, c'est-à-dire la victoire sur l'ennemi, justifiera tous les moyens, même les plus tordus.
Ainsi le Lusitania n'est-il pas seulement un paquebot, c'est aussi un croiseur auxiliaire, comme le vérifieront Hugo et Florence, qui a déjà voyagé à bord et qui a été intriguée qu'une partie du pont-abri soit interdite aux passagers.
Ainsi les autorités anglaises ne seraient-elles pas fâchées que le Lusitania soit coulé par un sous-marin allemand avec deux cents Américains à bord, ce qui aurait pour conséquence l'entrée en guerre des États-Unis aux côtés des Alliés.
Ainsi le Lusitania coulera-t-il non parce qu'il aura été touché par une seule torpille lancée par le sous-marin allemand U-20, mais parce que des munitions et des explosifs, qu'il transporte, exploseront tout à coup, fort opportunément.
Dans la suite du récit, qui, depuis le début, est fait en partie par Hugo à la première personne, d'autres pièges seront tendus, toujours avec cette intention de donner le mauvais rôle à l'ennemi alors que le sien n'est guère glorieux...
Il est toutefois réconfortant de constater que tous les personnages de cette histoire ne sont pas inhumains et que d'aucuns sont animés de bons sentiments, quel que soit le camp auquel ils appartiennent, et font preuve d'empathie.
Au-delà du récit où les amours de Hugo, fussent-elles éphémères, le rendent très humain, le lecteur sait gré à l'auteur, qui connaît bien son sujet, de lui transmettre son savoir historique et maritime, avec beaucoup d'humour parfois.
Francis Richard
Pièges sur l'Atlantique, Gilles de Montmollin, 384 pages, Infolio (parution le 25 août 2026)
Livres précédemment chroniqués:
Pour quelques stations de métro, Mon Village (2013)
La fille qui n'aimait pas la foule, BSN Press (2014)
Latitude noire, BSN Press (2017)
Une sirène, Okama (2018)
Un été 1928, BSN Press (2019)
Quand les voyageurs découvraient la Suisse, Infolio (2019) (avec Didier de Montmollin)
En plein brouillard, BSN Press (2021)
Le lac était noir, Okama (2024)
