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On ne veut plus gagner, de Arthur Billerey et Vincent Gilloz

Publié le 07 septembre 2026 par Francisrichard @francisrichard
On ne veut plus gagner, de Arthur Billerey et Vincent Gilloz

Dans un monde qui célèbre encore le culte de la victoire des uns sur les autres, alors même que la crise climatique appelle à davantage de solidarité et d'humanité, nous sommes devenus des "frères voisins", pour paraphraser François Villon.

C'est en ces termes que se présentent les deux auteurs, deux voisins de palier qui écrivent de la poésie, et qui, trentenaires tous deux, ont su trouver une harmonie.

Leur croyance qu'il y aurait un culte de la victoire des uns sur les autres et cette autre qu'il y aurait une crise climatique peuvent rebuter les soucieux de la réalité.

Aussi doivent-ils passer outre à ce fond de la pensée dominante pour goûter à la forme, même si, combatifs, ils restent chagrinés par le titre: On ne veut plus gagner.

Le recueil commence par un Veto:

ici on ne veut plus gagner

ni les guerres ni les matches ni les primes

qui fait écho à l'épigraphe:

Ce recueil est dédié à tous ceux

qui aimeraient jouer autrement

Les deux poètes ont joint pourtant leurs efforts pour créer de la belle ouvrage, qui peut sembler incompatible avec les vertus qu'ils reconnaissent à la paresse...

Le moins que l'on puisse dire est qu'ils ne sont guère confiants dans l'avenir puisqu'ils imaginent l'univers entier coulant 

en un petit-lait lourd et figé

sur la blessure 

de nos dos ronds

comme des nez de clowns

et qu'ils ajoutent:

le poids d'Atlas est un monde

consumé par l'amour de l'or

comme s'il n'y avait plus que l'appât du gain en ce monde, et que la volonté de créer, non seulement pour soi, mais pour les autres, comme eux d'ailleurs le font, n'existait pas ou plus.

Ils célèbrent, à raison, 

la nature si belle

dans son indifférence

qui, pourtant, ne l'est plus quand elle est laissée à l'abandon1...

Pour eux, sont honnis les mots performancevictoire.

Pour eux, le monde est en périlla banquise fond:

on est tous dans le même panier à frire

Ces hommes d'aujourd'hui, dans la vigueur de l'âge, se situent à l'opposé de Jules César qui disait: veni, vidi, vici 2, eux, ils disent:

nous sommes venus

nous avons vu

nous avons perdu

Bref, ils ont perdu, ils le reconnaissent... parce qu'ils ne veulent pas vraiment gagner.

Le recueil se poursuit par une Fouille.

Ils veulent retrouver l'odeur

du vrai labeur des corps savoureux

en prise avec le réel un jour sur deux

[...]

l'harmonie première de l'être

qui se brise et brise la glace

au lieu de faire feu qui dure

quelque chose d'originel

comme une intuition

en germe enfouie en nous

un beau jour d'été

qui restera toujours beau

Bref, celle qu'ils cherchent est sous leur pied:

jeune pousse éternellement jeune

elle n'a jamais voulu traverser les âges

elle n'a jamais eu le désir de durer

qui lui remonte le long de la hampe

Ce qui lie, c'est la Concorde.

Un jour, deux êtres se sont trouvés

comme le galet trouve la mousse

de son lit

sans la chercher

Ce que l'un dit à l'autre?

tu veux ignorer l'avenir

et je ne veux pas connaître la durée de notre vie

qu'importe notre succession

on sait que les succès sont régressions

on sait que les récessions

font le suc de la terre

Ce qui leur donne de l'air, c'est la Porte ouverte:

si on ne se fait pas confiance

chacun se tait et se finance

sans jamais faire monde

attendant une trêve

ou un nouveau jeu

comme l'oeil connaît déjà la vérité

avant d'éplucher l'oignon

Francis Richard

PS

La table des matières est originale: c'est le dernier vers de chaque poème qui permet de le repérer.

1 - Les incendies de cet été l'ont montré à l'envi...

2 - Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu.

On ne veut plus gagner, Arthur Billerey et Vincent Gilloz, 120 pages, Éditions de l'Aire

Livres de Arthur Billerey précédemment chroniqués:

À l'aube des mouches, Éditions de l'Aire (2019)

La ruée vers l'ombre, Empreintes (2023)

Livres précédents de Vincent Gilloz:

L'écorce du réverbère, Éditions des Sables (2022)

Chronomètres, Éditions des Sables (2024)


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