Abiy Ahmed veut élargir la notion de souveraineté au-delà des frontières, de l’armée ou de l’énergie. Pour le Premier ministre éthiopien, un pays qui dépend entièrement de technologies, logiciels et compétences développés ailleurs reste vulnérable.
Son gouvernement met en avant le programme Ethiopian Coders comme symbole de cette stratégie. L’initiative a dépassé les cinq millions d’inscriptions dans des formations portant sur la programmation, l’analyse de données, Android et les fondamentaux de l’intelligence artificielle.
L’objectif a depuis été porté à sept millions de participants. Le chiffre mesure des inscriptions et certifications dans des programmes de formation, pas sept millions d’ingénieurs informatiques déjà prêts à travailler à haut niveau.
Cette distinction est essentielle. Une formation de masse peut créer une culture numérique et révéler des talents, mais la souveraineté technologique demande aussi des universités solides, des centres de données, de l’électricité fiable, du financement pour les startups et des emplois capables de retenir les meilleurs profils.
Abiy lie également cette politique à l’intelligence artificielle. L’Éthiopie veut former davantage de jeunes capables non seulement d’utiliser des outils étrangers, mais de produire des solutions locales adaptées aux langues, administrations et entreprises du pays.
Le discours possède une dimension géopolitique. L’Afrique importe une grande partie de ses infrastructures numériques, de ses services cloud et de ses plateformes. Réduire cette dépendance donne davantage de contrôle sur les données et sur les choix stratégiques.
Mais l’autonomie totale est irréaliste. Même les grandes puissances technologiques dépendent de chaînes mondiales de semi-conducteurs, de logiciels et de capitaux. Pour l’Éthiopie, l’objectif crédible est donc moins l’autarcie que la capacité à choisir ses partenaires et à développer suffisamment de compétences locales pour négocier en meilleure position.
La souveraineté numérique d’Abiy sera jugée à cette étape : transformer des millions de formations en entreprises, emplois, infrastructures et technologies réellement produites dans le pays.
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