Pas nécessairement plus riche, et certainement pas plus consolidé sur le plan politique, mais davantage en mesure d’exercer son autorité.
Cela est particulièrement visible dans le Nord du pays, dans la célèbre ville de Mitrovica, où, pendant des années, la souveraineté du Kosovo a davantage existé comme un principe constitutionnel que comme une réalité institutionnelle pleinement effective.
Aujourd’hui, la situation est tout autre. Les institutions du Kosovo sont davantage présentes, la police du Kosovo joue un rôle beaucoup plus important, tandis que les structures parallèles liées à Belgrade se sont affaiblies. L’OTAN elle-même a estimé que la situation sécuritaire s’était suffisamment améliorée pour permettre d’entamer une optimisation progressive de la KFOR.
C’est précisément là qu’apparaît le paradoxe de la République de 2026. Plus l’État kosovar se renforce, plus la faiblesse de sa classe politique devient manifeste.
La crise autour de l’élection du président, qui dure depuis plus de six mois, n’est plus seulement une affaire liée à un poste constitutionnel. Elle est le symptôme d’un problème plus profond : celui d’une classe politique qui éprouve encore des difficultés à distinguer l’intérêt partisan de l’intérêt de l’État.
À l’heure où la Serbie continue de contester la souveraineté du Kosovo, où le dialogue avec Belgrade demeure inachevé et où la stabilité des Balkans a retrouvé sa place dans l’agenda de la sécurité européenne, ce problème de fond pourrait coûter cher à la République.
Le Kosovo n’est plus celui de 1999. La Serbie n’est plus non plus la Yougoslavie d’autrefois. Mais l’ombre de son éclatement violent et des guerres qui ont suivi continue de peser sur les relations dans la région. Pour le Kosovo, le défi actuel ne consiste pas seulement à préserver son territoire et ses institutions, mais aussi à faire en sorte que l’histoire du conflit ne soit pas une nouvelle fois utilisée pour bloquer son avenir européen.
Dans ce contexte, la question essentielle n’est pas de savoir si la Serbie peut encore, à terme, dicter l’avenir du Kosovo. Elle ne le peut pas. La véritable question est de savoir si Pristina sera politiquement suffisamment mature pour ne pas lui faciliter elle-même la tâche lorsqu’il s’agit d’entraver cet avenir.
C’est là le véritable test auquel est confronté le Kosovo d’aujourd’hui. Le Kosovo vit aujourd’hui entre sa réalité intérieure et les perceptions que trois capitales portent sur lui, chacune depuis un angle différent.
La première, Washington, considère le Kosovo comme un allié et le perçoit comme le produit d’un investissement américain exceptionnel dans la sécurité européenne.
La deuxième, Bruxelles, considère le Kosovo comme un État appelé à construire des institutions durables, à garantir l’État de droit et à normaliser ses relations avec la Serbie, et le traite comme une jeune République en apprentissage, qui doit avant tout se montrer docile.
La troisième, Belgrade, considère la République du Kosovo avec hostilité et la traite comme une question inachevée de la souveraineté serbe, ainsi que comme un espace où, malgré la perte du contrôle direct sur le Nord, elle peut encore exercer une influence politique et saboter autant que possible sa consolidation, dans l’espoir que, peut-être un jour, les circonstances lui permettent également de l’attaquer militairement.
Le Kosovo avance en veillant à maintenir un équilibre entre ces trois approches. Mais il serait erroné de penser que l’avenir de la République du Kosovo puisse être déterminé par l’une ou l’autre de ces trois capitales.
En définitive, il dépendra de la capacité du Kosovo lui-même à fonctionner comme un État. Nous en exposons les raisons ci-dessous. Pour les Kosovars, les Etats-Unis demeurent bien davantage qu’un allié. Elle fait partie de l’histoire de la naissance de l’État. Mais la relation avec Washington entre désormais dans une phase où la nostalgie ne suffit plus.
Le Kosovo n’est plus seulement une société qui cherche à être protégée contre un conflit extérieur. Il devient un État qui doit être en mesure d’assumer ses responsabilités en matière de stabilité.
C’est la raison pour laquelle la visite à Pristina de l’ancien membre du Congrès américain Joe DioGuardi a pris une portée qui dépasse largement le cadre symbolique.
DioGuardi et son épouse, Shirley Cloyes DioGuardi, ont récemment obtenu la citoyenneté kosovare en signe de reconnaissance pour leur engagement de longue date en faveur du Kosovo. Mais le message délivré par DioGuardi au cours de sa visite était beaucoup moins cérémoniel : il a appelé les partis politiques à élire le président et a mis en garde contre les conséquences d’une prolongation de la crise institutionnelle actuelle.
Ce message est particulièrement intéressant précisément parce qu’il émane d’une personnalité historiquement associée au soutien américain au Kosovo.
Les amis les plus anciens du Kosovo ne lui demandent plus seulement d’être protégé ; ils lui demandent d’être responsable. Et il s’agit là d’un changement important. Si l’Amérique de 1999 a apporté au Kosovo une sécurité face à un régime qui exerçait la violence contre la population albanaise, l’Amérique d’aujourd’hui attend un autre type de sécurité : des institutions qui fonctionnent, un partenariat fiable et une classe politique qui ne mette pas en péril la stabilité de l’État pour des raisons électorales. Le Kosovo a organisé de nouvelles élections pour tenter de résoudre une crise institutionnelle, sans pour autant parvenir à la régler complètement. C’est là l’essentiel.
Une démocratie peut connaître des élections fréquentes et souffrir malgré tout d’un manque de culture démocratique du compromis. Le problème n’est pas que les partis soient en concurrence. C’est normal. Le problème apparaît lorsqu’ils ne savent pas coopérer une fois la compétition terminée. C’est précisément ce qui se passe à Pristina. Les élections peuvent produire des vainqueurs, mais l’État a toujours besoin d’accords, et la présidence du Kosovo est devenue le symbole de ce décalage. Au lieu de constituer une occasion de bâtir un consensus minimal autour des institutions de l’État, l’élection du président s’est transformée en une nouvelle arène de confrontation partisane.
Dans un État consolidé, il s’agirait d’une crise politique. Au Kosovo, elle comporte également une autre dimension : celle de la maturité politique. Chaque vide institutionnel réduit la capacité de Pristina à agir avec autorité sur la scène internationale, à se coordonner avec ses alliés et à affronter la Serbie depuis une position plus forte.
Aurora Karameti “Les mots sont notre matière première.” — Marguerite Duras Écrire pour exister. Non pas comme une formule, mais comme une nécessité. Dans un monde où tout circule, où tout s’accélère, où l’information se multiplie jusqu’à parfois se confondre avec...
