Bienvenue dans l'État agentique

Publié le 17 septembre 2026 par Paulo Lobo
Vous vivrez tous dans un état agentique.
Non pas dans un état argentique, mais je dis bien un état agentique, 
un état sous l’emprise des agents : agents de surveillance, agents de sécurité, agents de police, agents de contrôle, agents de fonctionnement, agents d’accompagnement, agents de financement, agents d’apprentissage, agents de conformité, agents d’endoctrinement, agents de répression, qui vous tiendront constamment par le bout du nez et qui sauront vous tirer les vers du nez.
Déjà maintenant, les outils technologiques rendent possible cette organisation du monde, qui fera le bonheur des bureaucrates, des autocrates, des censeurs, des dictateurs et de tous les gouvernements désireux de mettre leur population au pas.

Ceci n’est pas une dystopie. Ceci est un carnet de voyage ou une feuille de route. Ceci est un programme auquel nul ne pourra échapper.

Dans aucun coin de paradis sur terre, personne ne pourra dire : il suffit que j’aie un jardin. Je m’occuperai de mon coin de terre, à l’écart du monde. Car même ce semblant de refuge sera soumis aux normes, aux contrôles, à la diligence des fonctionnaires zélés.
Les chansons que tu entendras te seront soufflées. Les textes que tu écriras te seront dictés. Les photos que tu prendras te seront imposées.
Petit à petit, tu perdras l’habitude de faire l’effort. De composer, d’écrire, de photographier. Tu auras l’impression que d’autres le feront mieux que toi. Plus vite que toi. Alors tu baisseras les bras. Volontiers.
Mais tu voudras encore être vu et reconnu. Alors tu plieras l’échine et tu feras comme les autres. Tu chercheras à sortir de la masse en adoptant ses codes.Tu voudras faire mieux que les autres. Mais comme les autres.La respiration te sera ordonnée selon les contours du régime. Tu ressembleras à ceux-là qu’ils voudront. Et tu n’auras plus aucun souvenir des temps d’avant.
Tu n’auras plus aucun souvenir de la liberté qui fut tienne un jour. De manger, de boire, de marcher dans une ville sans que personne ne sache où tu es. De disparaître quelques heures. D’être perdu pour les autres et présent à toi-même. Tu ne te souviendras plus de l’attente. Attendre qu’une photographie soit développée. Attendre qu’un disque sorte. Tenir un livre, un vinyle, une lettre entre les mains. Attendre quelqu’un sans pouvoir lui écrire pour lui demander où il est. Tu ne te souviendras plus de ce que signifiait ne pas être joignable.
Il n’y aura plus de nostalgie, il n’y aura plus de saudade puisque ton cerveau aura été mis à plat et reconditionné.
Ceci est une triste constatation. Je me trouve à un moment charnière de ma vie où je mesure la pernicieuse avancée des temps. Et je ne sais pas s’il existe encore, pour nous, une marche arrière possible.
C’est désolant, surtout parce que moi Monsieur
j’ai connu le monde d’avant. 
Et que j’en vois encore les traces.