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Pérégrine, de Joanne Chassot

Publié le 24 septembre 2026 par Francisrichard @francisrichard
Pérégrine, de Joanne Chassot

Pérégrine est un récit. Comme le titre l'indique, c'est un récit de voyage.

Il commence par des préparatifs. Un 1er mars. À Vevey.

Le jour suivant, l'auteure prend le train pour Canterbury, via Paris.

Le lendemain, elle visite. Pas longtemps, puisque le 4 mars, déjà, elle repart. Elle a lu sur un panneau de la cathédrale que Rome se trouvait à 1800 km, en empruntant la Via Francigena.

Le lecteur, lui, commence à s'habituer à la forme du récit: un journal, en vers libres, sans ponctuation (hormis le point final...), où seule une majuscule indique le commencement d'une phrase.

Après avoir traversé la Manche en ferry, l'auteure marche. Elle pérégrine à l'ouest du Pas-de-Calais. Un panneau, à la sortie d'un village indique:

Canterbury 50 km

Rome 2080 km

Après, elle met le cap vers le sud-est.

Les jours passent. 

Peu à peu le lecteur comprend que nous sommes en 2020, que l'auteure a trente-huit ans, que la pandémie ne la décide pas à rentrer tout de suite pour autant.

Le 16 mars, sur la route entre Péronne et Saint-Quentin, elle écrit:

Macron dit

nous sommes en guerre

avec un tel vocabulaire

tout ça me paraît mal parti

Le 17 mars, elle prend tout de même le train à Paris, direction Lausanne.

Le 21 mars, rentrée à Vevey, le lecteur apprend qu'elle a quitté son boulot deux mois plus tôt. Son corps ne pouvait plus attendre:

aujourd'hui je promets

à ce corps qui sait

de toujours suivre ses élans 

Quand elle ne marche pas, elle court, autour de Vevey. Quand elle ne court pas, elle se dilue dans l'eau froide, voire glacée, du lac...

Les jours s'égrènent. Elle écrit:

S'autoriser 

à écrire

ce qui vient

quand ça vient

renoncer

à l'ordre au sens

à toute forme de structure

(le lecteur apprend incidemment qu'elle a commencé un roman...)

Detemps en temps, elle cite un écrivain. Elle résume ce qu'il, ou elle, dit de l'existence, de la solitude existentielle, pour reprendre l'expression de sa psy.

Ses proches, hommes ou femmes, n'ont pas de nom, seulement une initiale.

Elle écrit tous les jours, où qu'elle se trouve. Le 28 mai, elle est anxieuse. Le 29 mai, sa gynéco lui dit:

effectivement mademoiselle

il y a quelque chose mademoiselle

ça peut être différentes choses

il n'est pas temps

de paniquer

mademoiselle

Le mot cancer n'apparaît que le 9 juin, et, le 10 juin, elle précise:

J'écris

pour le lire

j'ai une tumeur au sein

j'ai une tumeur de 7 cm au sein

j'ai un cancer du sein

j'ai un cancer

j'ai le cancer

Le CHUV 1 devient un des lieux du récit, à partir du 23 juin... Et, le 9 juillet, après s'être baignée à l'aube, et avant l'opération au CHUV, où elle restera jusqu'au 13 juillet, elle écrit:

C'est la première fois

que je contemple

une partie de mon corps 

pour la dernière fois

Le récit, où la maladie a remplacé, pour elle, la pandémie, se poursuit, jour après jour, jusqu'au 30 juin de l'année 2021.

Le lecteur découvrira tout ce qu'elle a subi pendant tout ce temps, les traitements, les effets sur son corps, ses états d'esprit, ses hauts et ses bas, ses réflexions, qui ne manquent pas d'humour.

Le 8 novembre 2020, elle écrit, par exemple:

je n'ai rien de mieux à faire

que l'essentiel

écrire courir nager regarder le lac

Ou le 18 décembre 2020:

Et si

ce congé sabbatique 

que je m'étais offert

était encore à faire

et si

ce temps que je prends aujourd'hui

c'était seulement

un congé maladie

Ou le 31 décembre 2020:

La vie est douce

et légère

quand je me fous la paix

Le récit s'achève donc le 30 juin 2021 après qu'elle a été en résidence à Montricher 2 du 1er au 27 juin 2021. Où elle aura appris en lisant le texte d'un autre résident 

qu'il y a un patron des malades du cancer

et qu'il s'appelle saint Pérégrin

Elle écrit, pour terminer:

on sait maintenant

(on sait aussi qu'on oubliera

de temps en temps)

que le chemin ne finit pas

mais on dira que ce récit

s'arrête ici. 

Francis Richard

1 - Centre hospitalier universitaire vaudois.

2 - Où se trouve La Fondation Michalski pour l'écriture et la littérature.

Pérégrine, Joanne Chassot, 342 pages, Éditions de l'Aire


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