Le débat sur le projet américain de cessez-le-feu au Soudan s’est durci. Amjad Farid, conseiller politique et international du chef de l’armée Abdel Fattah al-Burhan, a déclaré à Reuters que le texte, dans sa forme actuelle, risquait selon lui de conduire le pays vers une division comparable à celle de la Libye. Cette appréciation est celle d’un responsable du camp lié à l’armée ; elle ne décrit pas un effet établi ou inévitable du plan américain.
La proposition portée par le conseiller américain Massad Boulos prévoit un cessez-le-feu de 90 jours, puis des négociations destinées à mettre fin à la guerre et à relancer une transition vers un pouvoir civil. Farid affirme que les autorités soudanaises ont demandé plusieurs modifications, notamment un retrait des Forces de soutien rapide (RSF) des zones urbaines sous supervision internationale. Selon lui, la réponse américaine n’a pas suffisamment pris en compte ces demandes.
La crainte exprimée par le conseiller repose surtout sur la consolidation de structures parallèles. Depuis l’année dernière, les RSF ont cherché à mettre en place une administration rivale à Nyala, au Darfour, en nommant des ministres et en installant certains services de sécurité. Le dispositif reste incomplet et ne fonctionne pas comme un État pleinement constitué, mais il alimente les inquiétudes concernant une fragmentation durable du Soudan entre zones contrôlées par des autorités concurrentes.
La guerre oppose l’armée et les RSF depuis avril 2023, après l’échec de leur intégration dans un processus de transition civile. Washington a accusé les RSF de génocide et l’armée de crimes de guerre, tandis que le département d’État a déclaré que ni les RSF ni les forces armées ne représentaient un gouvernement constitutionnel légitime. Dans ce contexte, le différend porte autant sur le contenu du cessez-le-feu que sur l’ordre politique qui suivrait. La comparaison avec la Libye reste donc une alerte formulée par le camp militaire soudanais, pas une conclusion sur l’issue du projet américain.
