
Ouvrir : ce verbe me touche beaucoup.
Je l’emploie souvent dans les poèmes que j’écris. Je l’utilise sous sa forme littérale ou à travers des synonymes.
Ouvrir les œillères de mes croyances, en me rendant disponible, notamment, aux arguments de ceux qui ne pensent pas comme moi, pour écouter vraiment. Ouvrir mes pensées, étroites et agitées, au surgissement d’un son, d’une voix, d’un éclat de lumière, d’une sensation tactile…
Ouvrir la conscience de mon corps à l’ensemble de celui-ci, en prêtant attention à ce que je ressens jusque dans les chevilles, les pieds.
Ouvrir mon cœur à la peine d’un adolescent, à la souffrance d’un adulte, à la douleur d’un corps, à l’impuissance d’un cri, à la lumière aussi comme à l’obscurité, au gris des villes comme à la verdure qui foisonne.
S’ouvrir à cette angoisse qui parfois nous submerge… Ouvrir notre aptitude à l’attention, la vigilance – comme dirait Pierre Dhainaut, « même la nuit, la nuit surtout… »
Seule la nuit révèle
le point obscur,
la faille toujours enjambée.
Juste un pas à poser :
ouvrir l’affolement
exactement où le pont veille.
Sabine Dewulf
Où se cache la soif, peintures de Caroline François-Rubino, L’Ail des ours, 2024
--------------------
