Magazine

Fonctionnaires : le grand siphonnage

Publié le 06 octobre 2026 par Guy Deridet

🔥 Le 29 septembre 2026, Paris. Les syndicats appellent à la grève. Sébastien Lecornu annonce un nouveau gel du point d'indice pour 2027 - soit 2 milliards d'économies sur le dos des agents publics. Pendant ce temps, les canicules s'enchaînent, les hôpitaux ferment des lits, et les pompiers éteignent des incendies sans surcoût pour le contribuable.


Le problème ? Ces mêmes fonctionnaires, qu'on applaudissait en 2020, voient leurs salaires fondre comme neige au soleil, leurs conditions de travail se dégrader, et leur statut se précariser. Un article inspiré de statistiques publiées par l'excellent média : Alternatives économiques dont vous trouverez la référence à la fin de cet article.



Image : GPT Image 1.5 Image : GPT Image 1.5 Image : GPT Image 1.5

La question qui dérange : et si le vrai "privilège" des fonctionnaires, c'était simplement… de faire tenir le pays à bout de bras ?

Révélation : les chiffres d'Alternatives Économiques sont accablants.

On vous explique pourquoi
ce malaise est aussi
le vôtre et pourquoi les idées reçues sur les planqués de fonctionnaires ne sont plus du tout de mise. 

 


 

🎭 Le mythe du "fonctionnaire nanti" : déconstruction en trois actes

📌 Acte 1 : la grande précarisation - ou comment on a transformé l'emploi public en Uber des services d'intérêt général

 

Le chiffre qui tue : 23,3 % des agents publics sont des contractuels (fin 2023).
 

🔶 En 2023, 77 % des nouvelles embauches étaient des contractuels (CDD pour 69 % d'entre eux).
 

🔶 30 % des contractuels travaillent à temps partiel (contre 14 % des statutaires).
 

Conséquence : moins bien payés, moins de droits, et surtout… aucune sécurité
 

"On nous vend la fonction publique comme un bastion de stabilité. Pourtant, près d'un agent sur quatre est aujourd'hui un intérimaire déguisé. Bienvenue dans l'ère du 'service public lowcost'." 😬
 

Pourquoi c'est grave ?
 

🔶 Pour les agents : précarité, turnover, perte de savoir-faire.
 

🔶 Pour vous : des services publics moins efficaces (un contractuel en CDD a-t-il vraiment envie de s'investir à 200 % dans son poste ?).
 

🔶 Pour l'État : une fausse économie - former un contractuel coûte presque aussi cher qu'un titulaire… mais il part au bout de six mois.
 

💡 Le piège : la Cour des comptes veut économiser 17,4 milliards sur la masse salariale d'ici 2029. Solution miracle ? Remplacer des titulaires par des contractuels. Résultat : on externalise la précarité… mais pas les missions
 

 


 

📌 Acte 2 : le grand appauvrissement - ou comment on a fait croire que les fonctionnaires gagnaient trop

 

Le graphique qui fait mal :
 

🔶 Salaires en euros constants (20112023) = STAGNATION
 

➤  Fonction publique d'État : 2 652 €/mois (2011) → 2 655 € (2023).
 

➤  Fonction publique territoriale : 2 251 € → 2 254 €
 

➤  Seule exception : l'hôpital (grâce au Ségur de la Santé en 2021).
 

Le coup de grâce : le point d'indice en chute libre
 

-31 % en 30 ans (depuis 1996, ajusté à l'inflation).
 

Dernières augmentations ? 2022 et 2023… en pleine inflation à 6 %
 

Astuce comptable : depuis les années 1990, l'État remplace les hausses de point d'indice par des primes (24,6 % de la rémunération aujourd'hui).
 

🔶 Pourquoi ?
 

➤  Ça coûte moins cher (les primes ne comptent pas pour les retraites).
 

➤  Ça permet de cibler les augmentations (et donc de diviser pour mieux régner).
 

"Imaginez : votre salaire de base est gelé depuis 2010, mais on vous donne des primes… comme un pourboire. Sauf que le pourboire, ça ne compte pas pour votre retraite. Bienvenue dans le capitalisme d'État." 💰
 

🔍 Le détail qui tue :
 

➤  862 000 agents touchent une indemnité différentielle (juin 2026) pour ne pas être payés en dessous du SMIC
 

➤  Problème : quand ils montent en grade, leur augmentation est absorbée par la baisse de cette indemnité. Résultat : ils avancent… mais ne voient rien changer sur leur fiche de paie
 

➤  Effet psychologique : "Je travaille plus, je gagne pareil. À quoi bon ?"
 

 


 

📌 Acte 3 : les inégalités internes - ou comment l'État a créé des castes parmi ses propres agents

 

Le graphique explosif :
 

➤  Cadres non enseignants de l'État : +10 % de salaire réel (19962023).
 

➤  Professeurs des écoles : -1 %
 

➤  Professeurs certifiés : -10 %
 

Explication :
 

➤  les hautes fonctions (A+) ont vu leurs primes exploser.
 

➤  les métiers en tension (hôpital, éducation) ont été sacrifiés
 

➤  Conséquence : un fossé entre ceux qui gèrent… et ceux qui font.
 

"L'État a appliqué la méthode Amazon : quelques happy few en haut de la pyramide, et une armée de précaires en bas. Sauf qu'ici, les précaires, ce sont ceux qui soignent vos enfants ou éduquent vos gosses." 🏥
 

 


 
 

😫 Le quotidien des fonctionnaires : quand le travail devient un calvaire

🕒 Des horaires de dingue (et personne pour les applaudir)

 

Le graphique choc :
 

➤  35 % des agents de la fonction publique d'État ont travaillé un dimanche dans le dernier mois.
 

Fonction publique hospitalière :
 

➜ 60 % ont travaillé le soir (20h/minuit).

➜ 40 % ont travaillé la nuit (minuit/5h).
 

Comparaison avec le privé :
 

 

Dimanche

Soir

Nuit

FP Hospitalière

60 %

60 %

40 %

Privé

3Secteur public %

20 %

10 %

 

"On nous a dit que les fonctionnaires avaient des 35h dorées. Sauf que pour les infirmières, les pompiers ou les flics, les 35h, c'est une blague.
 

 


 

🗣️"Personne ne m'écoute" - le management à la française

 

Le sondage qui fait froid dans le dos :
 

🔶 34 % des agents estiment que leur supérieur ne leur laisse pas exprimer leur opinion
 

🔶 43 % des agents de catégorie C (les moins qualifiés) sont dans ce cas.
 

🔶 50 % des encadrants de l'hôpital avouent ne pas pouvoir réguler la charge de travail de leurs équipes.
 

Le comble :
 

les exigences émotionnelles explosent :
 

➤  2/3 des agents publics sont en contact avec des personnes en détresse (contre 1/3 dans le privé).
 

➤  Résultat : stress, burnout… et démission
 

"Dans le privé, on vous dit : 'T'es pas content ? Démissionne.

Dans le public, on vous dit : 'T'es pas content ? Tais-toi !'" 🤫
 

 


 
 

🚨 La fuite des talents : quand l'État se tire une balle dans le pied

📉 Les concours, ce n'est plus la ruée vers l'or

 

Le graphique accablant :
 

🔶 Sélectivité des concours de catégorie A (20072023) :
 

➤  2007 : 1 admis pour 22,9 candidats

➤  2023 : 1 admis pour 4,3 candidats
 

Catégorie C : 1 admis pour 9,2 candidats (2023) → en chute libre
 

Autres chiffres qui font peur :
 

➤  15 % des postes de la fonction publique d'État non pourvus en 2022.

➤  21 % des lits de l'APHP fermés en 2022… dont 70 % par manque de personnel

➤  +47 % de départs volontaires entre 2014 et 2022.
 

"L'État a réussi un exploit : rendre les concours de la fonction publique moins sélectifs que ceux de la Star Ac'. Bravo." 🎤
 

 


 

💔"Pourquoi je reste ?" - le dernier rempart

 

Le sondage qui surprend (CFDT, 2026) :
 

🔶 73 % des agents sont attachés à la fonction publique (44 % "plutôt", 29 % "très").

Seulement 23 % sont "pas vraiment" ou "pas du tout" attachés.
 

Le paradoxe :
 

➤  ils aiment leur métier… mais détestent leur employeur

➤  Pourquoi ils partent ? Pas par manque de vocation, mais par manque de reconnaissance et de moyens
 

"Les fonctionnaires, c'est comme les fans du PSG : ils aiment leur club, mais ils détestent la direction. Sauf que là, le club, c'est le pays." ⚽
 

 


 

📊Le mythe de la "fonction publique pléthorique"

Le graphique qui cloue le bec :
 

part de l'emploi public dans l'emploi total
 

➜ 1990 : 23 %.

➜ 2020 : 19 %

➜ 2025 : en chute libre
 

La réalité :
 

🔶 on est loin d'une fonction publique "trop grosse"… elle rapetisse

Problème : avec moins de monde, on demande plus d'efforts… pour moins de moyens
 

"L'État nous explique qu'il faut réduire la dépense publique. Sauf que depuis 10 ans, l'emploi public fond comme un glacier en été. Alors, on réduit quoi, au juste ?"❄️
 

 


 
 

🎯 Synthèse : pourquoi ce malaise devrait vous concerner (même si vous êtes du privé)

🔥Parce que les services publics, c'est VOTRE filet de sécurité

 

➤  Canicules, incendies, pandémies : qui gère ? Les fonctionnaires.

➤  Écoles, hôpitaux, transports : qui fait tourner ? Les fonctionnaires.

➤  Si eux lâchent, c'est TOUT le pays qui trébuche.

💸Parce que l'appauvrissement des fonctionnaires, c'est l'appauvrissement de TOUS les salaires

 

➤  Effet domino : si l'État peut geler les salaires sans sourciller, les patrons du privé se diront : "Pourquoi pas nous ?"
 

➤  Le point d'indice, c'est le SMIC des cadres : si lui baisse, tout le marché du travail est tiré vers le bas

🏃Parce que la fuite des talents, c'est la fin des services publics de qualité

 

➤  Moins de candidats aux concours = moins de profs, moins d'infirmières, moins de flics

➤  Résultat : des hôpitaux qui ferment, des écoles qui manquent d'enseignants, des administrations qui dysfonctionnent

➤  Et après, on s'étonnera que les gens se tournent vers le privé… quand ils en ont les moyens.
 

"On nous vend la réforme de l'État comme une nécessité. Mais si on continue comme ça, la seule réforme dont on aura besoin, ce sera celle des pompes funèbres… pour enterrer nos services publics." ☠️
 

 


 
 

📚 Glossaire - Pour y voir plus clair (et briller en dîner en ville)

 

Terme

Définition

Point d'indice

Unité de base qui détermine le salaire des fonctionnaires. Gelé = salaire gelé.

RMPP

Rémunération Moyenne des Personnels en Poste : indicateur utilisé par la Cour des comptes pour mesurer les salaires (mais qui exclut les nouveaux arrivants).

Indemnité différentielle

Prime versée aux agents dont le salaire serait inférieur au SMIC sans elle. Problème : elle compense… mais ne fait pas progresser.

Catégories A, B, C

Classification des fonctionnaires : A (cadre), B (technicien), C (employé). Les C sont les plus précaires.

FPE / FPT / FPH

Fonction Publique d'État (ministères), Territoriale (mairies, départements), Hospitalière (hôpitaux).

Ségur de la Santé

Plan de revalorisation des salaires dans l'hôpital public (20202021). Seul secteur à avoir vu ses salaires augmenter.

CDD / CDI

Contrat à Durée Déterminée (précaire) / Indéterminée (stable). Les contractuels de la fonction publique sont majoritairement en CDD

SMIC

Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance (1 766 € net en 2026). Oui, des fonctionnaires gagnent moins.

Noria

Effet de remplacement des anciens par des jeunes (moins payés), qui fait baisser la masse salariale. Astuce comptable de l'État.

Primes

Part variable de la rémunération (24,6 % aujourd'hui). Avantage : ça coûte moins cher. Inconvénient : ça ne compte pas pour la retraite.

 

 

🎤 Conclusion - Le vrai privilège, c'est d'avoir encore des fonctionnaires

 

Alors, les fonctionnaires sont-ils des privilégiés ?
 

🔶 Non. Ils sont sous-payés, précarisés, et surchargés
 

Mais alors, pourquoi cette image ? Parce que l'État a intérêt à ce qu'on les déteste :


➤  Ça justifie les gels de salaires

➤  Ça légitime la précarisation

➤  Ça permet de détourner l'attention des vrais problèmes (l'évasion fiscale, les cadeaux aux entreprises…).
 

Le vrai scandale ?
 

➤  On nous fait croire que les fonctionnaires coûtent trop cher… alors qu'ils nous coûtent de moins en moins cher.
 

➤  On nous dit qu'ils sont trop nombreux… alors qu'ils sont de moins en moins nombreux.
 

➤  On nous explique qu'ils ne travaillent pas assez… alors qu'ils bossent le weekend, la nuit, et sans reconnaissance.
 

La question finale : si on continue comme ça, qui va soigner vos parents, éduquer vos enfants, ou protéger vos rues ?Parce que le jour où les fonctionnaires auront tous démissionné… ce ne sera plus un problème de fonctionnaires. Ce sera VOTRE problème.
 

La fonction publique, c'est comme l'oxygène : on ne la voit pas, mais sans elle, on meurt.
 

Ce que tous nos dirigeants d’aujourd’hui souhaitent sans le dire, c’est le modèle néo-libéral pur et dur : fonction publique limitée au maximum, privatisation maximum, ce qui en pratique, signifie : 
 

➜ Un minimum, d’hôpitaux publics, un maximum de cliniques privées à un prix inabordable par la plupart d’entre nous.
 

➜ Un minimum, de médecins conventionnés, un maximum de spécialistes hors de prix
 

➜ Un minimum, de police nationale, un maximum de polices municipales, à la solde des maires.
 

➜ Plus d’éducation nationale, des établissements très chics et hors de prix et, pour tout le reste, des enseignants recrutés au rabais et sur siège éjectable.
 

➜ Plus d'enseignement supérieur gratuit
 

➜ Plus de retraite si vous n'avez pas cotisé, très cher, toute votre vie, et si vous n'avez pas perdu votre retraite après un krach économique, parce que les fonds de pension qui vous la distribuent jouent en bourse. C'est ce qu'ils appellent la retraite par capitalisation, et capitalisation dans un système capitaliste, ça veut dire qu'il y en a quelques-uns qui gagnent et beaucoup qui perdent. Et devinez quoi, ce sont toujours les mêmes. 


En fait, c'est le système américain, version Trump, dans toute son horreur.

Je vous conseille de rechercher sur YouTube des documentaires sur la pauvreté aux États-Unis aujourd'hui, et vous serez effarés. Un exemple de vidéo, parmi beaucoup d’autres :

https://youtube.com/watch?v=wCPh6AAgzL0&is=QTXLp4i5RH5aQ6OE

 

Mais, bien entendu, tous les présidents, ministres et députés qui prônent doctement les économies depuis des décennies, mais qui vivent dans un cocon aux frais de la République, n’auront jamais ce genre de problème.  
 

Juste un exemple : le président du Sénat se fait payer un fauteuil presque de 40 000 €, et, lorsqu'on regimbe, il fait savoir haut et fort que nous n'avons pas à nous mêler de ce qui ne nous regarde pas !

Sans parler du président actuel, qui, depuis qu'il ne peut plus faire ce qu'il veut en politique française, passe son temps à se promener et à faire le beau à l'étranger dans un A-330,
un avion qui peut accueillir 406 passagers et qui revient à 13 000 € l'heure de vol (!) en grande compagnie, et à nos frais. Sans se rendre compte que le monde entier se moque de lui en aparté. Je rappelle que le montant des dépenses de l'Élysée a été, en 2024, de 127 millions d'euros.

Ce qui est une broutille, à côté de ce que cette présidence a coûté en augmentation de la dette publique, depuis 2017, soit plus de 1200 milliards !
 

Pour paraphraser Hamlet : il y a quelque chose de pourri dans la République de France.
 

 


 

🔗 Pour aller plus loin
 

L'article original d'Alternatives Économiques

Rapport de la Cour des comptes sur la masse salariale

Enquête du collectif Nos Services Publics



Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Guy Deridet 377442 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte