3 août dans le TGV Nîmes Paris
Hier soir pendant ce qui sera sans doute le dernier concert de GDR après huit ans d’existence, concert qui par ailleurs s’est très bien passé et nous a valu de beaux retours du public j’ai soudain vécu une désorientation musicale : au moment de jouer un certain morceau que nous avons joué tout l’été et qu’à priori je connais parfaitement je me suis trouvé sur scène comme perdu , incapable de retrouver comment le jouer .
Ce phénomène n’avait rien de rationnel, c’était comme marcher dans une rue familière et soudain ne plus savoir où on est, perdre ses repères . Je ne me sentais pas consciemment stressé, le concert se déroulait bien et je n’avais aucune appréhension au moment d’attaquer le morceau. En fait, je devais tout simplement être épuisé en surface (me sentant au fond en forme, je ne remarque pas toujours l’étendue de ma fatigue passagère) et cette grande fatigue de fin d’année a déclenché un « bug ».Du coup, j’ai assumé cette déconfiture publique, plaisanté en toute sincérité en disant au public que cela faisait certainement du bien à mon ego ou plutôt à ce qui en moi aspire à le déjouer, de me ridiculiser devant 80 personnes… On a tout de même tenté le morceau que j’ai persisté à massacrer de bout en bout, y compris le solo. Après, ça tombait très bien, venait le morceau sur lequel je me mets au piano. J’ai dit que dégoûté je laissais tomber la guitare pour le clavier… Ça s’est très bien déroulé puis j’ai repris la guitare et terminé le set sans encombres devant un public dansant et enthousiaste qui ne m’a manifestement pas tenu rigueur de ce grain de sable dans la mécanique. Notre éclairagiste m’a dit ensuite qu’au même moment les lumières avaient grillé. Il se passe parfois des choses étranges . Ce qui me paraît notable c’est la disproportion entre l’importance que l’ego voudrait mécaniquement accorder à cet incident ( je me suis viandé en public, je suis nul, que pensent les musiciens dans l’assistance etc.) et le fait qu’en vérité, si tout le monde n’a pas pu ne pas remarquer le phénomène, différent de ces "pains" occasionnels qui font partie de la vie du musicien et que le public en général ne capte pas, au final les gens s’en fichent comme le démontrent les retours sincères et chaleureux de l’après concert. L’ego est naturellement centré sur lui même et ce terrible moment où il a perdu la face tandis que les autres appréhendent l’ensemble, à savoir un bon concert . La bonne nouvelle c’est que je ne me suis pas identifié à cet égo dont j’ai pourtant aperçu le fonctionnement et la logique automatiques. Je l’ai vu venir avec ses gros sabots et ai décliné son invitation, positionnement qui selon moi constitue l’essence de ce qu’on nomme la pratique .Je me serais naturellement passé de cet incident mais c’était intéressant. Gilles Farcet
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