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Une soirée en flatulence

Publié le 09 octobre 2026 par Nicolas Esse @nicolasesse

Un homme pressé.
Nerveux.
Un homme sec.
Un fruit sec.
Inquiet.
Traqué.
Angoissé.
Un homme qui court. Tout le temps. Qui court pour s’échapper. Pour échapper à quoi ? Aux ombres qui le poursuivent ? Aux méchants ? Aux voleurs ? Aux voleurs! Ils en veulent à ma maison. Ma voiture. Mes tapis persans. Ma vie. Mon argent. Les gens sont méchants. Tout le monde ment. Tout le monde. C’était tellement mieux avant. Avant. Il y avait de l’éducation. Du respect. On respectait son père et sa mère. On avait des manières. De la courtoisie. De la politesse. C’est ça. On était poli. Courtois. On s’habillait. On avait le sens des convenances. Les choses étaient claires. Il y avait les grandes familles. Des gens simples. Abordables. En les côtoyant, on ne pouvait jamais deviner qu’ils avaient autant d’argent. Une dynastie. Un passé. À ce niveau, on n’avait pas besoin de frimer. De montrer. D’exhiber. Des gens courtois. Élégants. Raffinés. Il en reste quelques uns. J’en ai rencontrés. Mais les autres! Vulgaires! Bling-bling! Grossiers! Et dans les magasins, dans les restaurants, le service, même pas un bonjour. Aucune attention. Pas un sourire. Le service ? Une horreur! Ils tirent tous la gueule. Pourtant, ils sont payés pour ça, non ? Accueillir, voilà, avec un mot, un sourire si possible. Personne ne les force. S’ils n’aiment pas leur métier, ils peuvent faire autre chose, non ? D’ailleurs plus personne ne veut servir. Il n’y a plus que des étrangers. Qui parlent à peine deux mots de français. L’horreur. C’est l’horreur. Dis-moi, qu’est-ce qu’on va devenir ? Qu’est-ce que je vais devenir, dis-moi, franchement, d’après toi ?

Ce que tu vas devenir ? 
J’en ai aucune idée. 
Vraiment. 
Aucune. 
En fait, je m’en fous complètement.
Les années nous travaillent au corps, nous sculptent, nous façonnent, au fil des rencontres, des échecs, des succès, des bonheurs immenses et des malheurs sans fond. Qu’est-ce qui transforme un jeune homme gracieux en un vieillard aigri, nauséabond et faisant sous lui ? Comment devient-on ce panneau publicitaire, cette pancarte criarde et remplie de slogans couleur fiente ? La peur, la peur c’est ça, mais la peur de quoi ? Il te reste quoi, dix, vingt, au maximum trente ans à vivre et crois-moi, la vieillesse va bien s’occuper de toi. Elle te prendra, bien avant qu’ils ne te prennent, tu vois, alors, ne t’en fais pas. 

Et avant de mourir, surtout, prends bien soin de toi. 


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