C’est là que réside la différence entre une décision mûre et une culture politique mûre. Une décision mûre est celle qui permet d’éviter une crise immédiate. Une culture politique mûre, quant à elle, est celle qui empêche l’apparition de telles crises, en traitant les désaccords par un dialogue permanent, des négociations et le respect des règles institutionnelles. Le Kosovo a réussi à démontrer la première. Il lui reste maintenant à montrer qu’il peut également construire la seconde.
Cette distinction est fondamentale, car un État ne peut pas dépendre continuellement d’accords conclus à la dernière minute pour garantir le fonctionnement de ses institutions. Lorsque chaque solution nécessite une crise préalable, le compromis risque de rester un mécanisme d’urgence, au lieu de devenir une composante ordinaire de la responsabilité politique. Cependant, la signification la plus importante de ce compromis réside dans le fait que les acteurs politiques ont réussi à faire ce que la démocratie exige d’eux, même dans les moments les plus difficiles : trouver un terrain d’entente entre des intérêts divergents. Ce terrain d’entente, c’est l’intérêt supérieur de l’État, qui doit primer sur tous les autres intérêts.
Cela revêt une importance particulière au Kosovo, où les institutions démocratiques doivent consolider non seulement leur autorité formelle, mais aussi la confiance des citoyens. Ces derniers ont besoin de constater que leurs représentants politiques, de tous bords, sont capables de résoudre leurs différends, mais aussi que les accords conclus reposent sur des motivations transparentes et sont assumés de manière responsable quant à leurs conséquences. En définitive, le compromis est un instrument de la démocratie, et non une fin en soi. Sa valeur se mesure autant à sa capacité à débloquer les institutions qu’au respect des principes sur lesquels celles-ci sont fondées. La maturité politique est également une question importante pour la perspective européenne du Kosovo. L’intégration à l’Union européenne n’est pas seulement un processus technique lié au rapprochement de la législation et au respect de critères formels. Elle exige une culture institutionnelle dans laquelle les désaccords sont résolus sans compromettre le fonctionnement de l’État et où la responsabilité publique l’emporte sur les intérêts partisans étroits.
Pour un pays qui aspire à progresser sur la voie de l’intégration européenne, la capacité à parvenir à des accords au sein des institutions fait partie intégrante de sa préparation démocratique. Cela ne signifie pas que le compromis ayant permis l’élection de la présidente accélérera automatiquement le parcours européen du Kosovo. Des réformes concrètes, un État de droit solide et durable, des institutions efficaces et des résultats mesurables seront nécessaires. Toutefois, le bon fonctionnement des institutions constitue une condition indispensable à la réalisation de ces objectifs.
Une classe politique capable de dépasser ses divergences lorsque l’intérêt institutionnel l’exige crée de meilleures conditions pour relever des défis plus importants. À l’inverse, une classe politique qui considère tout compromis comme une trahison de son électorat limite la capacité de l’État à agir. C’est pourquoi cette évolution récente doit être considérée comme une possibilité, et non comme un aboutissement. Le Kosovo a démontré qu’un accord était possible, même après une longue période de confrontations. Il doit maintenant prouver que cette capacité peut s’étendre au-delà d’un seul vote. Si l’élection de la nouvelle présidente marque un tournant, cela ne dépendra pas uniquement de l’accord qui l’a rendue possible, mais également du comportement politique qui suivra.
Aurora Karameti “Les mots sont notre matière première.” — Marguerite Duras Écrire pour exister. Non pas comme une formule, mais comme une nécessité. Dans un monde où tout circule, où tout s’accélère, où l’information se multiplie jusqu’à parfois se confondre avec...
