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Sacrés fonctionnaires, de Ted Stanger

Publié le 23 septembre 2008 par Mcabon
Ted Stanger est un paradoxe à lui tout seul : il est américain et francophile. Une espèce en voie de disparition si bien que l'on pourrait en demander le classement en espèce à protéger pour le bien-être de l'humanité et la sauvegarde de la biodiversité. Observateur éclairé du monde, en tant que journaliste pour Newsweek, il atterrit en France comme un sex-addict pénètre dans un couvent : avec une soif insatiable et l'impression de trouver le Graal. La chute n'en est que plus brutale. Dans ses quatre précédents livres, trois essais et un roman, l'auteur cherchait à comprendre les sociétés française et américaine. Dans ce dernier opus, paru en poche chez Folio, il s'attaque à un Etat dans l'Etat : les fonctionnaires. Tout y passe : les fiches de paie alambiquées, les dossiers à monter pour obtenir un logement, pour l'embauche d'une baby-sitter, les avantages acquis des fonctionnaires, les discussions avec les impôts… Inventaire à la Prévert des pêchés français, le livre montre finalement l'océan qui sépare un américain de l'Ohio et le français moyen dont Ted Stanger dit qu'il s'accomode finalement assez bien du caractère abscons parfois ubuesque de notre administration.   
  Comment écrire sans électricité ?
« Si Marie Curie vivait encore, elle passerait son temps à remplir des formulaires pour des aides à la recherche. Sarah Bernhardt, quant à elle, serait intermittente (…). Et Charles Baudelaire, ce grand fantasque, il aurait sans doute eu le droit au RMI ». Fermez les guillemets et le ban. Le livre est à charge et l'assume. Une preuve d'amour en quelque sorte, d'un homme qui pense que tant de bureaucratie étouffe la créativité de notre nation derrière une volonté de sécurisation de tous les parcours. Dernière victime, et non des moindres, les sociétés d'Etat au premier rang la Poste (France Télécom en prend aussi pour son grade car, dit Ted Stanger, il faudra un jour que l'on explique comment en passant de 160.000 à 100.000 salariés, après la privatisation de l'opérateur de télécommunications, on peut toujours avoir le téléphone en France et l'une des meilleurs couvertures eau haut-débit sur Internet des pays industrialisés); « le bureau de poste en France est le seul endroit où les petits épargnants font confiance à des fonctionnaires anticapitalistes de la CGT pour leurs placements en Bourse. Autant prendre Jack l'éventreur comme gynécologue ». Soit. Le brio du style ne fait que dénoncer et ne propose. Mais tel n'était pas le but ni le rôle de Ted Stanger qui décrit notre société, et ses errements, avec un oeil extérieur auquel il est toujours bon de se confronter pour aller de l'avant. Finalement, c'est le modèle français qui s'étiole dans l'indifférence générale et sans autres perspectives, hélas, que de tomber dans un modèle américano-libéral ou la chute de Charybde en Scylla vers une société anarchique. Devant uine telle prose on se demande encore comment l'auteur a pu terminer son roman avec son compteur électrique arraché et les manifestations bruyantes sous ses fenêtres. Sacrés fonctionnaires !   économie, essai, livre, politique, sacrés fonctionnaires, Ted Stanger

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