Magazine

Une belle et ennuyeuse jeune personne

Publié le 29 septembre 2008 par Magda

Louis Garrel, professeur d’italien dans “La belle personne” de Christophe Honoré. J’ai envie de retourner au bahut.

Heureusement que je ne suis pas journaliste pour de vrai, parce que je me ferais huer. Oui, parce que je n’ai jamais lu La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette, voyez-vous, et que je vais quand même vous parler de son adaptation cinématographique récente avec La belle personne du cinéaste Christophe Honoré.

L’adaptation littéraire au cinéma, nous le savons, est un genre des plus casse-gueule, de ceux qui dérapent en un tournemain. Par exemple, on est en chute libre avec Le temps retrouvé de Raoul Ruiz qui s’est frotté courageusement à Proust, sans succès. Mais d’autres peuvent réussir avec éclat : voyez Le Guépard de Luchino Visconti, merveilleusement adapté du roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, ou le très sensible Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau tiré de la pièce de théâtre d’Edmond Rostand. Parfois, le scénariste se confond avec l’auteur du roman, et cela donne souvent de belles choses, comme lorsque Michael Blake adapte son propre bouquin pour Kevin Costner et nous pond un beau Danse avec les loups mélancolique et brumeux.

Donc, me voilà devant La belle personne de Christophe Honoré. Grande excitation d’aller voir ce film dont je croise quotidiennement la superbe affiche. Honoré m’avait conquise avec Dans Paris, enlevé et godardien film parisien où le tristement superbe Romain Duris le dispute au sublimement joyeux Louis Garrel. Un régal. La belle personne est une adaptation de La Princesse de Clèves dans un lycée du XVIe arrondissement parisien. Junie (Léa Seydoux) débarque dans son nouveau bahut et intègre la petite bande d’amis de son cousin Matthias. Histoires d’amour et de sexe gentillettes entre adolescents - on a vu mieux. Là-dessus se greffe la passion que déclenche Nemours, le (très) beau prof d’italien - Louis Garrel, vous l’aurez deviné. Le problème de tout cela, c’est que rien ne se crée, rien ne se transforme mais tout se perd : qui est qui? qui couche avec qui? qui trompe qui? qui a dit quoi? où en est-on dans le récit? On est paumés. Le scénario et ses personnages ne cessent de bavarder ; les images, quant à elles, parlent peu. Honoré souligne et surligne son roman de Madame de Lafayette comme un lycéen en préparation du baccalauréat. Et sa jeune personne, toute jolie qu’elle soit, nous ennuie ferme. Surtout lorsqu’Honoré n’hésite aucunement à plaquer dans la bouche de Léa Seydoux des passages entiers du livre, que la jeune actrice, malheureusement, restitue avec une platitude effarante.

Honoré se réfère sans se cacher à la Nouvelle Vague. Dans Paris usait des artifices joyeux de Godard et d’Agnès Varda avec ses enseignes lumineuses qui racontent l’histoire, ses couples qui lisent au lit, ses monologues face caméra. Mais dans La belle personne, lorsqu’il assied Léa Seydoux - dont la ressemblance avec Anna Karina n’échappera à personne - sur la banquette en skaï d’un café pour écouter Aznavour au jukebox, pfff… Il aurait fallu plus de maestria pour se hisser à la hauteur de la scène mythique entre Karina et Belmondo dans Une femme est une femme de Jean-Luc Godard, écoutant tristement Tu t’laisses aller de Charles Aznavour, que vous pouvez regarder ici. Enjoy.

Heureusement - et même la gent masculine n’osera me contredire - Louis Garrel est là. Nemours séduisant, drôle, parfois burlesque, sorte de Roberto Benigni avec les cheveux de Samson et les yeux de Rudolph Valentino, il illumine le film, le parfume, même, dirais-je, de son charme sautillant et de son naturel désinvolte. Un acteur qui réinvente son cesse son texte, se l’approprie, donne à tous ses mots la couleur de la vie et à tous ses gestes une grâce que l’on n’a pas vue en France depuis un Dewaere, un Depardieu ou un Belmondo. La belle personne du film n’est donc pas celle que l’on croit!

PS : il est encore temps de voter pour la palme du livre rasoir invaouable ici. A l’heure où je vous écris, “Belle du Seigneur” d’Albert Cohen est le grand classique qui nous est le plus tombé des mains. Pour combien de temps encore?

  

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Magda 59 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte