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Comment les Etats-Unis se sentent socialistes

Publié le 01 octobre 2008 par Argoul

Dimanche 21 septembre, est paru dans Time Magazine un article intitulé “Comment nous sommes devenus les Etats Unis de France”. Plein d’humour et d’autodérision, je ne résiste pas à en traduire de larges extraits. Rassurez-vous ! Les Américains n’ont nulle envie de devenir “socialistes” à la française, ni ne croient vraiment que le plan Paulson en soit la première étape. Ils jouent à se faire peur, mais c’est cela qui est intéressant : ils montrent ce qu’ils aiment et ce qu’ils n’aiment pas, comment ils sont et comment ils voient les autres. Appréciez donc Bill Saporito et son humour grinçant :

“Nous avons nationalisé le système financier, prenant le contrôle des banquiers de Wall Street auxquels nous ne faisons plus confiance. Nous sommes sur le point de nationaliser les sociétés automobiles de Detroit via des prêts massifs parce qu’elles sont source de fierté américaine, et que trop d’emplois - et de votes - sont en jeu. Notre système de Sécurité Sociale va se briser prochainement car trop de retraités seront assistés par trop peu de travailleurs. Combien de temps aurons-nous un service de santé national ? Mettez tout cela ensemble et l’Amérique qui émerge est une version animée du pays le plus méprisé par les rednecks patriotes bouffeurs de steaks : la France. Avec seulement une bouffe moins bonne.

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Admettez-le, “mes amis”, le viril individualisme et le capitalisme égorgeur qui ont fait de l’Amérique le pays des opportunités sans limites a été rétréci au lavage par une demi douzaine de vendeurs à découvert à Greenwich (Connecticut) et à été posté à destination de Washington DC, pour être revigoré à la cuiller par le Président de la Fed Ben Bernanke et le Secrétaire au Trésor Henry Paulson. Nous différons maintenant très peu de ces Etat-providence semi-socialistes d’Europe de l’Ouest dont nous adorons nous moquer.”

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(…)”Vous vous doutez que les Grenouilles ont accru leur dédain pour nous, si c’est encore possible. Et pourquoi ne le feraient-ils pas ? L’Américain moyen travaille sur deux emplois et demi, a deux semaines de vacances et toute la sécurité de l’emploi d’un trapéziste à un seul bras. L’administration Bush a prêché une “société de propriétaires” à l’Amérique : possédez votre propre maison, votre propre fonds de retraite; vous n’avez pas besoin du gouvernement pour faire votre chemin. Aussi, les Américains ont emprunté pour l’immobilier jusqu’au trognon et acheté des maisons surpayées qu’ils ne peuvent plus financer, et ont signé pour des fonds de retraite (401K) où mettre leur argent - où ça exactement ? Sur le marché actions ! Où les riches Républicains les ont plumés.
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“Maintenant notre Administration du “laisser-faire” (Hé, une expression française !), répugnant à toute régulation a rendu le célèbre Président socialiste français François Mitterrand aussi bénin qu’Adam Smith en comparaison. Tout ce que Mitterrand a fait c’est de nationaliser les grandes banques françaises et les compagnies d’assurance en 1982; il n’a pas eu à négocier avec des banquiers qui ne voulaient pas prêter d’argent, ainsi que le fait Paulson. Quand l’Etat dirige les banques, elles sont purement des vaches à traire au service de “la patrie”. La France n’a pas non plus la crise du crédit immobilier que nous avons.(…) Bien sûr, la France a ses “banlieues”où il semble que les gens parqués dans d’immenses blocs d’appartements ne soient pas assez Français (ce qui signifie qu’ils sont immigrants et Algériens). Mais la masse les propriétaires immobiliers français n’est curieusement pas en possession de subprimes refilés par leurs concitoyens, et ils n’ont pas des dettes par-dessus la tête.

“Nous avons toujours rejeté les Français au motif qu’ils se goinfrent de protection d’Etat. Ils travaillent, quoi, 27 h dans une bonne semaine, ont 19 jours fériés par mois, sont en grève deux jours en plus et apprécient un verre de vin chaque jour au repas - sauf pour les 25% de la population qui travaillent pour l’Etat avec un arrangement encore plus doux. Ils partent à la retraite avant que leurs enfants ne finissent leurs études supérieures et n’ont pas à payer 45 000$ par an de frais d’université, parce que l’université est gratuite. Pour ça, ils payent des impôts de 103%, et leur code du travail est si restrictif qu’ils n’ont pas créé un seul emploi net depuis Napoléon. Il n’y a pas de solution pour que l’Etat français puisse continuer de payer ce style de vie indéfiniment, sauf qu’il y arrive d’une façon ou d’une autre.

(…) “Je n’ai jamais pensé que les actions et les obligations pourries vendues par Goldman Sachs et Morgan Stanley étaient uniques, mais Washington pense clairement que si. John Mac de Morgan appelle le patron de la SEC (autorité des marchés financiers) Chris Cox pour gémir sur les vendeurs à découvert ; et bingo, le gouvernement obéit. L’élite sert l’élite. N’est-ce pas francais ?

“Donc oui, pendant que nous voulons encore travailler jusqu’à la mort pour avoir le privilège de payer nos très chères cartes de crédit, nous ne pouvons plus regarder avec mépris le pays aux 246 fromages. Kraft Foods a remplacé AIG dans l’indice Dow Jones, la compagnie d’assurance ayant été ajoutée à son portefeuille de nationalisations par Paulson. Macaroni et fromage ont supplanté des swap de défauts de crédit comme levier du capitalisme. Et une chose encore : les Français snobs adorent McDonalds qui fait des recettes fantastiques en France. Ils savent reconnaître une bonne frite “de la liberté” quand ils en goûtent une.”

(Les mots mis “entre guillemets” sont en français dans le texte original)

Lisez en anglais L’article de Time.


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