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Le déterminisme peul par Oumar N'Diaye

Publié le 01 octobre 2008 par Bababe

Entre postulats et vérités historiques

boomel Nigéria

L’Histoire de l’identité peule est aussi vieille que celles des sociétés comme les coptes, les hébraïques et autres, ce serait alors une erreur majeure de bâtir celle des peules sur les bases d’un calendrier grégorien ou pire encore de la redéfinir sur les braises d’une arabité incertaine peut-être par manque de courage ou de volonté de ne pas surmonter les sillons de notre histoire lointaine.

Pour ceux qui sont tenter de s’accrocher sur les bribes de notre histoire souvent alimentée par la restitution de l’oralité griotte, ils doivent s’assurer que le socle de notre Histoire ne peut-être rationnel qu’en s’élevant au dessus des querelles de terroirs, des frontières, des migrations et des singularités internes.

Oui, les noms de familles peuls sont aussi nomades que leurs porteurs, ils sont aussi divers que le parlé peul en fonctions des régions géographiques, on ne peut dès lors se fier seulement à l’authenticité de ceux-ci pour en faire le fondement de notre histoire ou un préalable d’appartenance racinaire peule.

La société peule à l’instar des autres sociétés phares dans l’Histoire des hommes s’est enrichie de l’apport des hommes et des femmes venues des sociétés voisines, on peut dire que certains s’y sont bien intégrer et peut-être que d’autres ont été contraints de s’y assimiler.

L’article de monsieur Kane intitulé « Termes « peul », « fulaani » et « haal pulaar » aborde le principe du déterminisme peul, certes on peut être ravi de cette contribution dense, riche et nourricier sur le passé et les origines de l’identité peule, cependant il soulève plus d’interrogations et la nécessité de d’affiner, d’analyser et surtout d’aboutir à une cohérence sur le passé peul.

Trop souvent l’Histoire a été tronquée et truquée voire même usurpée par ceux qui revendiquent la paternité de celle-ci, on peut citer le combat du feu Cheikh Anta DIOP, qui s’était battu pour démontrer les racines africaines pour ne pas dire noire des pharaons. Que dire des œuvres de Ibrahima Baaba KaKe, qui dans son fameux ouvrage « mémoire d’un continent », il avait rétabli la place des sociétés africaines dans l’Histoire dont elles étaient exclus.

Amadou Ham paté BA, le professeur Oumar BA et le professeur Joseph Ki-Zerbo, avaient tous apportées leurs pierres pour bâtir les vérités historiques sur les sociétés africaines.

La société peule doit revisiter avec les jumelles de la vérité son passé fût-il glorieux ou triste, cela suppose une confrontation d’idées, une autocritique profonde sur toutes les évidences primaires et enfin une fructification sensée de notre héritage historique, avec un seul objectif celui de fleurir le socle de notre réelle Histoire peule.

Je peux assurer que celle-ci sera assumée avec fierté dans sa globalité par chaque peul et se sentir marginalisé au-delà des souffrances et des frustrations du passé.

Malheureusement ce travail de vérité partagée et avalisée reste à réaliser en milieu peul, j’insiste sur le terme peul, car le terme « haal pulaar » n’est rien d’autre qu’une désignation secondaire du peul, vouloir dissocier le peul du « haal pulaar » ne peut que conduire qu’à une Histoire confuse pour ne pas dire parsemée des contres vérités.

Certes on peut chercher la profondeur voire la provenance des termes « haal pulaar », cependant Résumer même si ça peut paraître vrai sa sémantique à des ethnies contraintes à parler le peul lorsque celles-ci se retrouvent sous la domination peule accentue la confusion et occulte le travail de recherche vérité à accomplir.

On peut aussi penser que le terme « haal pulaar » peut prendre origine d’un qualificatif mal prononcé et qui désigne celui qui manie la langue de Ham pâté, ainsi dans les sociétés voisines on dira « oo ko haala pulaar » qui deviendra par contraction « oo ko haal pulaar », de la même manière qu’un français qualifiera un allemand de celui qui parle la dite langue, etc.

On ne peut affirmer catégoriquement l’origine de ce terme, je pense que toutes les pistes de recherche doivent être explorées afin d’aboutir à cette vérité partagée. Quand je parle du nomadisme des noms des familles peuls à la suite des migrations forcées ou douloureuses, je pointe cette société peule où le déshonneur familial ou sociétal était banni, à tel point que s’y frotter peut conduire certains à un exil lointain parfois sans retour. Ce qui engendre la volonté d’effacer les traces de ce passé entaché d’une parenthèse honteuse, quoi de plus anonymes que d’adopter un nom de famille autres que ceux des peuls.

Que dire de l’esclave pour ne pas dire le dominé dans la société peule, il n’avait de nom de famille que celui de son maître, oui il n’avait droit ni un passé ni une identité propre.

On peut affirmer que les maures noirs ont certes des origines négro-africaines (soninké, peul, sérère, wolof, etc.) et pourtant ce passé a été complètement balayé et noyé dans les abîmes du mensonge.

Cette parenthèse douloureuse des harratines démontrent bien qu’il y’a eu des peuls « wolofisés », ou « soninkisés », « serérisé, » , »bambaradisé » etc. et inversement.

C’est pour cette raison que dans l’élaboration du socle de l’Histoire de l’identité peule, le symbolisme de l’authenticité des noms de familles peules peut-être un critère de repérage et jamais une substance pour le déterminisme peul.

Finalement être peul n’est autre qu’être haal pulaar, ou fulaani, ou fulaa, ou fullé et que la convergence linguistique et culturelle ne font qu’affaiblir la thèse de ceux qui sont tentés de douter de la richesse et de l’unicité dans la diversité peule.

L’écrivain Wolé Soyinka disait « que le tigre n’a pas besoin de crier de sa tigritude, il saute sur sa proie et la dévore » à méditer.

Oumar Moussa N’DIAYE


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