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anatomie de la crise financière et signes avant-coureurs

Publié le 02 octobre 2008 par Kamizole

bourse-nyc-aout-2008.1222940576.jpgIl fallait beaucoup de peaux de saucissons devant les yeux pour ne pas subodorer, dès l’éclatement de la crise des «morgate subprimes» en juillet 2007 qu’elle aurait des répercussions sur l’ensemble du système financier non seulement américain mais mondial… Dans un tel système globalisé à l’extrême, à qui ferait-on croire que cette crise s’arrêterait aux frontières américaines ? (comme naguère le nuage de Tchernobyl fut censé s’être stoppé à celles de la France ! ). Un peu de bon sens ne nuit pas à l’analyse.

D’autant que les nuages ne cessaient de s’amonceler depuis février 2007 sur l’économie américaine et notamment le secteur immobilier (ralentissement des mises en construction) et que l’on savait très bien depuis encore plus longtemps quoi penser de l’endettement faramineux des ménages américains (et britanniques) qui ne résisteraient pas au moindre retournement de conjoncture et – notamment – à l’éclatement de la «bulle immobilière» totalement spécu-lative.

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Je m’étais suffisamment indignée en décembre 2005 ( !) de lire que l’inepte Thierry Breton – qui disait «se régaler» à Bercy ! dommage qu’il ait laissé les Français sur leurs faims… - encourageait l’endettement des Français comme moteur de la croissance (contre l’avis de la Banque de France qui faisait remarquer le surendettement d’un nombre croissant de ménages et d’un certain nombre d’économistes).

Et qu’il prônait de surcroît le crédit hypothécaire «rechargeable» sur le mode des «crédits revolving» - «sur la tempe !» avais-je ironisé… - et des crédits hypothécaires américains dont je ne subodorai déjà que trop les effets pervers sur l’endettement des ménages américains les plus vulnérables (ce que la suite ne fit hélas que confirmer).

Et ce alors même que la Banque de France faisait remarquer que le remboursement des emprunts immo-biliers des ménages français absorbait déjà 62 % de leurs revenus ! Ce qui est notoirement un défi au bon sens : il fut une époque où les organismes de crédit comme les bailleurs fixaient la barre des loyers à 25 % des revenus et celle des emprunts à 30 %…

En outre, la crise des subprimes intervenait au pire moment : depuis juillet 2007 il était évident que l’économie mondiale entrait dans une zone de fortes turbulences avec plusieurs crises : envolée des cours du pétrole, intenses spéculations sur les marchés de matières premières, non plus seulement les métaux mais de plus en plus agricoles soudain raréfiées à l’extrême, bien évidemment du fait de la spéculation ! - d’où les «émeutes de la faim» qui se produisirent dans nombre de pays pauvres – avec un retour de l’inflation.

Dans un tel contexte l’on eût pu penser que les marchés financiers anticiperaient ce retournement de la conjoncture et calmeraient leurs ardeurs spéculatives.

Ce fut hélas le contraire qui se produisit ! Malgré un certain nombre de mini-crises boursières intervenues depuis celle d’août 2007, les traders (et leurs donneurs d’ordre…) ne firent que foncer davantage en direction du mur.

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Fuite en avant éperdue dans la spéculation et les engagements financiers (bien au-delà de leurs capacités) alors qu’il était peut-être encore temps à l’époque de stopper la machine à moindres frais.

Les banques et autres organismes financiers ont bien évidemment la plus grande part de responsabilité dans cette débâcle. Notamment à cause des instruments de plus en plus complexes et – surtout – totalement opaques.

Mais la responsabilité des Etats n’est pas moins grave. Ceux qui ont laissé faire et, plus encore ! encouragé la déréglementation la plus totale (notamment les Etats-Unis et la Grande Bretagne).

Et l’ensemble des Etats et des institutions (FMI, OCDE, etc…) qui n’ont cessé de se bercer (ou nous bercer ?) d’illusions en répétant à l’envi que la crise n’était que passagère et que de simples «corrections» à la marge permettraient tôt fait de revenir à l’équilibre…

On pourrait en dire autant, sinon pire ! des «agences de notation» qui font la pluie et le beau temps sur la planète financière (comme si les exemples des faillites d’Eron, WorldCom et Parmalat n’avaient pas suffi à les discréditer ! Entraînant au demeurant la chute d’un certain nombre de maisons pourtant prestigieuses).

On aurait pu penser qu’elles sauraient en tirer les leçons. De même qu’il eut semblé urgent de les soumettre à des contrôles stricts. Je lis tout au contraire dans le Monde, sous la plume de Claire Gatinois qu’elles refusent toute forme de contrôle, notamment des Etats (dont au demeurant elles notent la dette et les capacités de l’honorer).

Cette prétention d’organismes privés à rester totalement indépendants et au-dessus des instances nationales et internationales - si elles reflète exactement la «privatisation» proprement féodale de la planète : «privilège» signifie «loi privée» – en ce qu’elle est exorbitante du droit commun n’est en rien acceptable : aucune instance privée ne saurait être supérieure à la puissance publique – Etats et instances internationales ou régionales - s’agissant des règles générales applicables à des activités qui relèvent à l’évidence de l’intérêt général, fût-ce dans le domaine du droit privé, lequel est du ressort du législateur.

D’ailleurs, le droit international qu’il fût public ou privé, obéit à des règles précises fixées soit en raison de la coutume soit par des accords internationaux. Il serait sans doute urgent de confier le contrôle des opérateurs financiers à des organismes supra-nationaux publics.

Et, s’agissant des Etats et de leur politique budgétaire et financière, s’il doit y avoir un contrôle indépendant, il ne saurait être confié qu’à des «Cours des comptes» supranationales publiques, relevant du droit interna-tional, qu’elles exercent dans le cadre de l’ONU ou d’autres instances régionales.

Les Agences de notation privées (d’ailleurs elles-mêmes soumises au jeu de la Bourse ! de la même manière que les places boursières… phénomène lié à l’extension de l’ultra-libéralisme) ont suffisamment fait la preuve de leur nocivité et de leur incapacité à anticiper les problèmes des sociétés qu’elles notent : elles dégradent leur note uniquement quand une société est déjà quasi dans le rouge !… pour que l’on souhaitât leur disparition pur et simple. Enterrement de seconde classe sans fanfare ni fleurs ni couronnes. Basta ! les parasites.

Depuis les crises économiques de 1973 et 1978 (liées notamment aux «chocs pétroliers») l’on sait bien quoi penser des promesses sur le «bout du tunnel» aussi visible que l’Arlésienne !

J’ai assez souventes fois épinglé vertement Jacques Attali pour reconnaître aujourd’hui la qualité de son diagnostic sur la gravité de la crise : «Pour l’économie, la crise est un tsunami qui approche» paru dans Le Monde le 8 août 2008.

D’après tout ce que j’ai lu à l’époque, ce fut quasiment le seul !

Un certain François David aura eu beau lui répondre dans Le Monde de la façon la plus inepte qui puisse être (ce que je pensais bien avant le krach !) «Non, il n’y aura pas de tsunami économique»… le 18 septembre 2008… La veille du krach ! Voilà ce que l’on peut appeler du manque de flair !

Pour une compréhension de la crise et notamment des raisons de son extension à l’ensemble de la planète et son impact (prévisible) à l’économie réelle avec toutes les conséquences, notamment sociales, je fais des liens avec un certain nombre d’articles qui me semblent aussi intéressants qu’instructifs.

J’y ajoute un article sur la crise de 1929 certes long mais fort intéressant. Beaucoup de commentateurs ne manquent pas de faire le parallèle avec la crise actuelle ne serait-ce que sa gravité et son extension à l’ensemble des places boursières et ses répercussions économiques gravissimes.

Toutefois, ils en relativisent la portée en soulignant l’intervention massive et quasi immédiate des Etats et des Banques centrales dans le soutien aux banques défaillantes.

Mais comme cette intervention oublie tout le reste et le plus essentiel : l’économie réelle et les particuliers qui sont durement affectés (chômage, pouvoir d’achat, etc…) je ne pense pas que cet interventionnisme change quoique ce soit ni à la gravité de la crise ni à ses conséquences directes sur l’économie et le social et suffise à en limiter les effets dans le temps. La crise sera vraisemblablement très durable.

SOURCES :

Le Monde

Jacques Attali : “Pour l’économie, la crise est un tsunami qui approche”
LE MONDE | 08.08.08 ©
anatomie de la crise financière et signes avant-coureurs
Re-réguler la finance ?
LE MONDE | 08.08.08 ©
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Non, il n’y aura pas de tsunami économique, par François David
LE MONDE | 18.09.08 ©
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Les agences de notation s’inquiètent, par Claire Gatinois
LE MONDE | 08.09.08 ©
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La crise en questions
LE MONDE | 16.09.08 ©
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LE MONDE | 18.09.08 ©
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Crise financière: l’inévitable effet domino

Comment le monde peut-il sortir de la crise?

«La crise semble avoir atteint une ampleur sans précédent»

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La crise financière de A à Z

«C’est une remise en cause du modèle de croissance américain»

Le Figaro

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