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Les aventures du Prince Lexomil : XXX

Publié le 06 octobre 2008 par Porky

Episode 30

Où l’obstination d’un prince amoureux n’a aucune limite

Retrouver le Prince qu’il avait perdu de vue depuis un bon moment fut pour Atarax un véritable chemin de croix. Comment eût-il pu songer à fouiller la décharge municipale ? En général, les rejetons royaux évitent de fréquenter ce genre d’endroit. Adonc, il passa sa journée à traîner dans la ville, se jetant sur tous les passants qui, de près ou de loin, ressemblaient à Lexomil. De sorte que le lendemain, le quotidien Le matin de Déprime-sur-Boulot fit sa une sur un « individu louche » qui abordait les gens dans la rue avec d’obséquieux « votre altesse ». On recommandait aux promeneurs d’être très vigilants et d’appeler la police s’ils croisaient ce dément, inoffensif pour l’instant, mais que sa fièvre royale pouvait faire basculer dans une incohérente frénésie.

Naturellement, Xanaxa ne cessait de harceler le malheureux Atarax sur son portable. Elle l’appelait toutes les heures d’abord pour l’injurier et ensuite lui demander s’il avait retrouvé la trace de Lexomil. Elle fit tant et si bien que l’espion royal, au bord du suicide, jeta son portable dans le fleuve Boulot afin d’éviter de s’y jeter lui-même. Et donc lorsque la reine voulut passer son cinquantième coup de fil de la journée, elle n’obtint en réponse qu’un énigmatique « bloub » qui lui parut fort malséant.

Pendant ce temps, Lexomil s’extirpait péniblement des détritus au milieu desquels on l’avait balancé et après avoir nettoyé ses vêtements (enfin, avoir essayé), il se remit en route vers le centre de la ville, sale et malodorant, mais bien décidé à obtenir les faveurs de Damoiselle Citalopram-Biogaran. « Je la retrouve, je me jette à ses pieds, je l’embrasse et je l’épouse ». Tel était le programme que s’était fixé notre prince. Perspectives séduisantes mais dont la concrétisation se heurtait à un énorme obstacle : comment rencontrer de visu Damoiselle Citalopram-Biogaran ?

La chance, ou la malchance –tout dépend de quel point de vue on se place- voulut que Lexomil et Atarax se croisassent en plein milieu de la place centrale. L’espion royal peina d’abord à reconnaître dans ce jeune homme nauséabond le fils de son roi. Il poussa un soupir de soulagement, suivi immédiatement d’un autre soupir, de frayeur cette fois. D’accord, il avait retrouvé le Prince mais ce dernier allait à coup sûr s’étonner de le voir dans cette ville et comprendrait très vite de quel travail Valium et Xanaxa l’avait chargé. Aussi pila-t-il net et fit-il demi-tour, sans attendre d’être parvenu à la hauteur de Lexomil. Mais si le Prince n’avait pas eu le temps de voir son visage, sa silhouette en revanche, et sa démarche, soulevèrent dans son esprit quelques vagues soupçons. « On dirait Atarax, songea Lexomil en fronçant les sourcils. Que fiche-t-il ici ? Mes parents m’auraient-ils fait suivre ? » D’un côté, c’était très embêtant, mais d’un autre, c’était plutôt rassurant. Après toutes les aventures vécues pendant son parcours à travers le royaume, la présence d’Atarax à Déprime-sur-Boulot allait peut-être lui éviter d’autres ennuis. C’était être certes très optimiste mais, on l’aura compris depuis longtemps, le Prince Lexomil était d’un naturel plus qu’optimiste. Et notre héros, donc, lui emboîta le pas, de sorte que le fileur se retrouva tout à coup filé et que, s’étant aperçu du manège de son futur souverain, Atarax en fut quitte pour piquer une course effrénée dans la ville afin de le semer.

Lexomil avait un peu perdu de vue sa préoccupation première. Elle lui revint en mémoire lorsqu’il se trouva à nouveau devant la villa de Madame la Bourgmestresse. Derrière cette porte close, ces fenêtres fermées, sa bien-aimée l’attendait. Peu importait qu’elle ignorât être sa bien-aimée. Il fallait simplement le lui apprendre. Il abandonna donc sa filature inutile et pénétra une fois de plus dans le petit parc, monta les marches du perron et sonna. « Tant pis si je retombe sur l’affreuse Citalopram-Beurk, pensa-t-il. Je la giflerai le premier et pendant qu’elle couinera, j’entrerai dans la maison. »

Aussitôt dit, aussitôt fait. La porte s’ouvrit, Citalopram-Beurk apparut, elle leva la main et reçut sur le visage un soufflet qui lui coupa la parole puis un uppercut bien placé l’étendit sur le seuil. Lexomil l’enjamba gracieusement, traversa un grand hall, avisa un couloir sur la droite et l’enfila aussitôt. Une porte à gauche ne demandait qu’à être poussée. Ce qu’il fit.

L’amour rend-il moins bête qu’on ne pense et donne-t-il un sixième sens ? En tous cas, c’était bien la chambre de Damoiselle Citalopram-Biogaran et ladite était assise dans son fauteuil, au coin de sa cheminée et lisait son gros livre de vingt-cinq kilos. Entendant un bruit de cavalcade derrière lui, le prince, se doutant qu’il s’agissait de Citalopram-Beurk certes amochée mais vindicative, referma précipitamment la porte et tourna la clef dans la serrure. Puis il s’approcha de sa bien-aimée qui, en plus d’être belle, devait cependant être sourde comme un pot vu qu’elle n’avait pas bronché malgré le vacarme. Lexomil contourna le fauteuil, se jeta à genoux devant la Damoiselle et se lança dans une étourdissante déclaration d’amour, pendant que Citalopram-Beurk essayait d’enfoncer la porte et grinçait des dents d’une façon ignoble. Le manque de réaction de la bien-aimée finit par étonner le Prince, parvenu au terme de l’expression de sa passion amoureuse. Il leva la tête. Damoiselle Citalopram-Biogaran dormait comme une bienheureuse et vu qu’elle s’était bouché les oreilles avec des boules Quiès, elle ne risquait pas d’être dérangé par le barouf ambiant.

(A suivre)


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