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La Première Dame ivoirienne s'en prend à la justice française

Publié le 06 octobre 2008 par Pef

Dans la cadre de l'enquête sur la disparition du journaliste franco-canadien Guy André Kieffer (GAK), enlevé en 2004, le juge français Patrick Ramaël a convoqué, pendant l'été, la Première Dame ivoirienne, Simone Gbagbo, ainsi que le ministre chargé du Plan, en qualité de témoins.

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Si le couple présidentiel n'est pas directement soupçonné d'avoir un lien avec l'enlèvement, certaines personnes de leur entourage pourraient être mises en cause, notamment Michel Legré, beau-frère de Simone Gbagbo, avec qui GAK avait rendez-vous le jour de sa disparition.

Le conseil de Mme Gbagbo nie, à ce jour, avoir reçu une quelconque convocation de la part du magistrat français, et a fustigé vendredi dernier l'arrogance de la justice hexagonale. "Pour ceux qui ne le sauraient pas, la Côte d’Ivoire n’est pas un arrondissement de Paris pour relever de la compétence territoriale du juge Ramaël, mais un Etat souverain" s'est-il indigné.

Malgré les gesticulations de Mme Gbagbo et de son avocat, la convention de coopération judiciaire qui lie France et Côte d'Ivoire, signée en 1961, est relativement claire à mon sens. L'interprétez-vous de la même manière? (vous pouvez télécharger l'intégralité du document en cliquant sur l'extrait)

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Reste à savoir toutefois si les formes ont été respectées, car cette information, révélée par RFI, n'a pour l'heure pas été confirmée. L'avocat a même été jusqu'à évoquer une plainte en "diffamation" contre le juge Ramaël qui n'aurait pas, selon lui, respecté la procédure. L'accord de coopération précise effectivement que les actes judiciaires "seront acheminés directement entre les Ministre de la Justice des deux Etats". Me Rodrigue Dadjé Babo a poursuivi sa charge contre la France en estimant que "la campagne faite par les médias français sur la comparution des deux autorités ivoiriennes par le juge Patrick Ramaël est une pure campagne de dénigrement".

Sentant le vent judiciaire tourner, et sur fond de normalisation des relations entre les deux pays depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, le président Gbagbo a réorienté depuis plusieurs mois ses interventions sur le terrain politique. Il estime que l'affaire Kieffer n'est plus aujourd'hui qu'un "chiffon rouge". "Chaque fois que certaines personnes sont un peu en difficulté, poursuit-il, eh bien on dit c'est Guy-André Kieffer".

En faisant de ce dossier un épouvantail politique, Gbagbo espère forçer la France à faire pression sur ses magistrats pour lever le pied, et permettre ce rapprochement souhaité par Paris. D'autant plus que pour les diplomates il faut ménager le président Gbagbo à quelques mois de la présidentielle ivoirienne, prévue le 30 novembre.  Un rendez-vous historique du pays avec la démocratie, le mandat de Gbagbo étant arrivé à son terme depuis 2005 (la guerre civile a empêché depuis la tenue de nouvelles élections).

Cette évolution a fait légitimement craindre à la famille du journaliste de voir la politique prendre le pas sur la justice. Bernard Kieffer, frère du disparu, disait redouter que "que cette affaire soit liquidée sur l'autel de la réconciliation entre la France et la Côte d'Ivoire, qu'elle soit passée par pertes et profits".

Bernard Kouchner, à l'issue d'une rencontre avec Laurent Gbagbo en juin dernier, durant laquelle il dit avoir évoqué "très directement" le cas Kieffer, a assuré que le processus de réconciliation des deux pays n'altérerait pas le travail de la justice sur ce dossier.


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