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Angoisses

Publié le 07 octobre 2008 par Dunia

Suite d’un pillage

Parce qu’elle est malade, un jour elle tenta de s’en aller. Très loin. Définitivement. Parce qu’ils étaient désemparés, parce que j’étais une proie facile, ils m’ont crucifiée.

Je ne parle plus de cette année 2007. Annus Horribilis. Peur de l’incompréhension. Peur de lasser. D’exhiber, une fois de plus, une fois de trop, ma faiblesse. Chaque victime, que le crime commis ait été grave ou léger, un jour s’entend dire “tourne la page!”, “n’y pense plus”, “arrête de ressasser”, “la vie continue” . Pour ne pas supporter l’incompréhension, énième humiliation, la victime se tait. Plie sa souffrance en silence. La range au fond de son âme, terrain fertile à la croissance d’atroces douleurs. Extérieurement, la victime maquille ses hématomes et, tel un spectre, sur son visage arbore des sourires taillés au couteau.

Quelle merveille si je pouvais oublier! Je ne peux pas. Tout me rappelle le jour où ils se sont unis à quatre, alors que j’étais seule, pour saccager ma vie. Leur inconscient avait désigné une coupable à leur malchance. J’étais le cafard à éliminer. Après treize ans de familiales relations, il fallait un solide prétexte à leur légendaire bonne éducation pour procéder au lynchage. Pour se déculpabiliser, comble de l’ironie, ils ont argué que c’était pour m’ont bien.

Je n’oublie pas. Comment pourrais-je oublier? Ils ont a mis leurs indésirables mains dans mes affaires, fouillé mon intimité, agressé mon histoire, pillé, violé, quarante-trois ans de ma vie. Les enveloppes scellées qui contenaient mes écrits ont été descellées. Des affaires personnelles jugées inutiles ont été jetées. Des clés confiées par ma mère, celle de son logis, extrêmement importantes s’il lui arrivait malheur, ont disparu. A une personne chère, j’avais offert ma connexion internet. Les prises ont été enlevées. J’ai inutilement payé des factures d’accès au web pendant quatre mois. Mes luminaires sont encore suspendus à d’autres plafonds, il m’a fallu racheter des lampes. Je m’arrête. La liste des dégâts commis est trop longue. Surtout celle de mes angoisses. Encore maintenant, je suis hantée par de terrifiants cauchemars ayant pour thématique mon déménagement. Je me réveille en pleine nuit, en colère, mouillée de sueur pour enchaîner sur des insomnies. J’émerge lentement de l’interminable tunnel de la dépression dans lequel je suis restée paralysée pendant plus d’un an, mais c’est pour me retrouver au bord d’un gouffre. J’ai attrapé la phobie de mon ancien quartier, de mon ancien appartement ou, au galetas, au cagibi et même sur les armoires sont restés une partie de mes affaires. Quand vais-je les trier? Les récupérer? Je l’ignore. Je commence à peine à pouvoir remuer les cartons, cachés au grenier, qu’ils m’avaient renvoyés. Or, chaque fois que j’en bouge un, que je me décide à ouvrir la preuve de leur arrogance, à redécouvrir les objets de leur délit, j’éprouve les symptômes de la dépression. De la haine. De l’envie de meurtre. Certaines personnes me suggèrent de pardonner. Le véritable pardon ne se commande pas. Le pardon doit venir du coeur or, dans mon coeur ne vit que rancune. Sentiment paralysant, inutile, qui me cause plus de tort que de bien. J’en suis consciente. Hélas, l’on ne commande pas les mouvements du coeur.

Je leur avais dit qu’ils ne pouvaient pas entrer dans ma vie et tout saccager. Que j’en deviendrais malade. Que  je péterai les plombs. Que je ne m’en remettrai pas. Ils ne m’ont pas écouté. Ont ignoré mes cris. M’ont chié sur la tête. A moi maintenant de vivre avec ça.

Si j’avais eu les moyens, j’aurais déposé plainte. Leur aurais collé un procès. Je n’en ai pas les moyens. Ne me reste plus qu’à fermer ma gueule. Apprendre à exister avec mes phobies et ma haine.

Je ne souhaite pas de commentaires. Merci.

Lac de Neuchâtel du côté de Marin

Arbres reflétés sur le canal de la Thielle qui relie le Lac de Neuchâtel au Lac de Bienne. 


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