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Crise chance

Publié le 07 octobre 2008 par Valabregue

L’intervention massive de l’État fédéral américain pour « sauver » les secteur financier étonne, voire scandalise.

Cette mesure a au moins l’immense mérite d’être publique, permettant au peuple américain, et ses représentants, de s’exprimer, souvent violemment, contre la préservation des intérêt des spéculateurs.

De son côté la Banque Centrale Européenne « injecte des liquidités » depuis plus d’un an : 180 Md€ le 11 août 2007, 120 Md€ récemment, et certainement d’autres opérations passées inaperçues du grand public. Plus les sauvetages ponctuels (Dexia, Fortis, etc.) dont les modalités financières restent confidentielles.

« Injecter des liquidités » signifie racheter aux banques leurs titres mortifères, leur camelote comme l’écrit judicieusementMarianne, contre de la monnaie encore chaude de la planche à billets.

D’où une conséquence inéluctable, niant le credo monétariste de cette même BCE depuis 30 ans, la relance de l’inflation, couplée à une récession maintenant avérée, alias « stagflation » : baisse de la création d’entreprise et d’emploi, donc aggravation du chômage et de la précarité, le tout devant durer environ deux ans (Kondratiev a la peau dure …).

M. Jean-Claude Trichet vient d’ailleurs de le confirmer ce matin :« La BCE soutiendra les banques aussi longtemps que nécessaire. »

Voici donc deux situations bien différentes :

  • Aux Etats-Unis, sous la pression du débat public, un sauvetage préservant au mieux l’intérêt général, des enquêtes lancées par le FBI et la SEC pour identifier et condamner les fraudeurs —on ne plaisante pas là bas avec la délinquance financière, souvenons-nous du cas Enron …
  • En Europe, tout va très bien, les parlements et le public étant soigneusement tenus à l’écart du débat (préservons la confiance), la BCEagit au mieuxet présente la note aux États membres bien obligés de l’accepter, les dirigeants des banques dopent leur bilan aux injections de liquidités et, pour la plupart, préservent leur rente de situation, au pire ouvrent leur parachutes dorés dans le ciel immaculé de lahautefinance et desgrandspatrons auto-proclamés.

Apurer les comptes

Toute la finance tient en deux règles : les intérêts composés et la contrepartie : débit | crédit, actif | passif, dépenses | recettes, etc.

Quelle est donc la contrepartie des billiards d’argent publicdonnésaujourd’hui au système financier ?

La trouver est d’une simplicité désarmante.

Pendant 10 ans, les banques, intermédiaires et acteurs financiers ont fait des bénéficesrecordsen jouant à la marchande avec des billets de monopoly, sans contrepartie de valeur réelle. Aujourd’hui on « découvre » que les dits billets de monoply n’ont aucune valeur, ce qui annulede factoles bénéfices accumulés pendant ces années defolie financière(pas si folle que cela NDLR).

L’ennui c’est que les banques ont déjà distribué ces bénéficesrecords : d’abord à leur nomenklatura sous forme de salaires délirant, bonus, primes, parachutes, retraites chapeau, etc., et les miettes à leurs actionnaires (charité bien ordonnée …).

D’où un constat a posteriori très simple : le secteur financier s’est approprié le bien public ; certes d’une manière trèsintelligente, mais le résultat est le même.

C’est pourquoi deux mesures devraient s’imposera minimaaux décideurs politiques qui sauvent une banque de la faillite :

  1. Annuler la valeur des actions
  2. Légiférer le remboursement des avantages individuels exhorbitants ; les banques ont bien dû en tenir comptabilité, dûment conservée, et les circuits financier sont beaucoup moins opaques qu’on le prétend, surtout quand on veut y voir clair : la justice y parvient quand le pouvoir politique la soutient.

Trancher le dilemme public-privé

Deux constats sont presque incontestables aujourd’hui :

  • Le collectivisme vit au détriment de l’intérêt individuel
  • Le libéralisme vit au détriment de l’intérêt public

Cette seconde affirmation s’aggrave à mesure que les ressources de la planète s’épuisent : l’acteur privé tend à s’approprier les ressources restantes par anticipation de la pénurie, donc d’élévation du prix.

Nos démocraties peuvent surmonter ce dilemme en revenant à Montesquieu : l’équilibre des pouvoirs.

L’intérêt public et l’intérêt privé sont structurellement contradictoires, leur confrontation est naturelle et saine.

Le rôle de l’État n’est pas de laisser faire le marché « bienveillant », il est au contraire de réguler les marchés dès qu’ils franchissent la ligne jaune de l’intérêt public.

Par exemple, il DOIT et aurait dû intervenir lorsque :

  • Les jeunes ménages doivent s’endetter pour 30 ans pour acquérir leur premier logement
  • Les grandes entreprises tirent leurs bénéfices de la délocalisation, sans création de valeur locale
  • Les PME ne trouvent aucune solution de financement sérieuse de leur développement, et ce malgré les innombrables discours sur le sujet
  • Les constructeurs automobiles refusent de s’adapter au réchauffement climatique
  • Etc.

De même il doit instruire chaque citoyen des principes économiques de base, à commencer par une saine gestion des intérêts quotidiens. Un exemple de règle que chacun devrait avoir présent à l’esprit, notamment pour prendre des décisions immobilières : monter quand les prix sont bas, descendre quand les prix sont élevés.

Reste à tracer la ligne jaune de l’intérêt public, non seulement dans les esprits mais dans la Constitution.

Son cinquantième anniversaire en est l’occasion.


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