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Le vote du plan Paulson souligne la dégénérescence de la vie politique américaine

Publié le 07 octobre 2008 par Objectifliberte

L'adoption du plan Paulson par les deux chambres du congrès américain démontre si besoin en était que la démocratie américaine est gravement malade. Je ne fais pas ici la critique du contenu du plan (déjà vu), mais de la façon dont il a été finalement adopté.

Comment Hank Paulson s'y est il pris pour réussir à passer lors d'un deuxième vote ? Simple. Il a en quelque sorte acheté le vote de quelques représentants récalcitrants en ajoutant 340 pages d'exemptions fiscales dirigées vers des intérêts particuliers particulièrement actifs auprès de ces congressmen à la morale particulièrement élastique. Mieux encore, pour pouvoir insérer le texte dans l'agenda du congrès après le refus initial, le congrès a rattaché la loi de sauvetage à... Un texte sur les maladies mentales initialement programmé pour la même session !

Randall O'toole, du Cato Institute, résume ainsi les manoeuvres qui ont précédé le vote:

Some people think the bail out bill passed by the Senate on Wednesday was unconstitutional, as only the House of Representatives is allowed to initiate tax legislation. The vote was scheduled for Wednesday because Senate leaders expected the House to pass the bill on Monday. When the House failed to do so, the Senate merely attached the bailout bill to another bill (dealing with mental health) that had already passed the House. With flexibility like that, who needs a Constitution?

To make the bill even more politically attractive, the Senate added nearly 300 pages of tax breaks and other special-interest legislation costing $150 billion (partly offset by $40 billion in spending cuts or tax increases elsewhere in the bill). The tax breaks go to such vital sectors of the economy as Puerto Rican rum makers, auto race tracks, bicycle commuters, restaurant remodelers, and makers of “wooden arrows designed for use by children.”

Il n'y a que les tailleurs de pipes de Saint Claude qui n'ont rien eu cette fois ci. Il y avait pourtant 150 milliards de billets verts à se partager.

Last week, Oregon Representative Greg Walden could only get a handful of his colleagues to support a restoration of federal payments to national forest counties (most of which will go to Oregon counties). Not to worry: the county payments have been added to the Senate bill. If the House gets stampeded into approving the bill without amendment, Oregon counties will be flush again.

The original Paulson plan was 3 pages long. The bill rejected by the House was 110. The bill approved by the Senate was 451 (52 pages of which were in the original bill on mental health).

Tant les économistes autrichiens que l'école des choix publics, et bien d'autres avant, dont notre Frédéric Bastiat, avaient prévenu que les groupes de pression bien organisés pouvaient dénaturer gravement la vie démocratique, donnant l'illusion que l'état ferait vivre tout le monde au dépens de otut le monde. Mais qui écoute les économistes de nos jours ?

Follow the bucks !

Pire encore, alors que de nombreuses voix de la société civile se sont élevées pour critiquer le texte de Hank Paulson, Barack Obama et John McCain l'ont soutenu. Faut il s'en étonner ? Voici un extrait de la liste des "super-donateurs" des deux candidats, fourni par le site des partisans de Ron Paul

Barack Obama:

Goldman Sachs  $739,521
UBS AG  $419,550
Lehman Brothers  $391,774
Citigroup Inc  $492,548
Morgan Stanley  $341,380
Latham & Watkins  $328,879
Google Inc  $487,355
JPMorgan Chase & Co  $475,112
Sidley Austin LLP  $370,916
Skadden, Arps et al  $360,409

John McCain:

Merrill Lynch  $349,170
Citigroup Inc  $287,801
Morgan Stanley  $249,377
Wachovia Corp  $147,456
Goldman Sachs  $220,045
Lehman Brothers  $115,707
Bear Stearns  $108,000
JPMorgan Chase & Co  $206,392
Bank of America  $133,975
Credit Suisse Group  $175,503

Sur ce coup là, McCain ne vaut pas mieux que son concurrent. La vie politique peut-elle prétendre représenter l'expression de l'intérêt général s'il existe un tel degré de suspicion sur l'indépendance des candidats par rapport aux lobbies financiers ?

Comment assainir le financement de la vie politique ?

D'une façon générale, je suis favorable aux donations privées aux campagnes, sans limitation de montant, à condition qu'elles soient le fait d'individus, et non de sociétés. L'argent d'une société appartient à ses actionnaires. Que ceux ci veuillent utiliser individuellement leurs dividendes à financer un candidat qui leur plait, soit. C'est leur argent, ils en font ce qu'ils veulent. Par contre, que des actionnaires soient obligés de subventionner les choix politiques de leurs managers, constitue clairement une violation de leur droit de propriété, en plus d'être déontologiquement douteuse.
Vous me direz que si le PDG de Merill donne à titre individuel  300 000 dollars à un des candidats, cela revient au même que si c'est sa boite qui le fait ? Et bien Non.
D'une part, à titre personnel, le PDG de Merill n'a sûrement pas 300 000 dollars à perdre, quand bien même il gagne annuellement 100 fois plus : il est sûrement plus soucieux du bon usage de ses propres deniers que de ceux de ses actionnaires. Ensuite, il va de soit que toute donation qui ferait l'objet d'une transaction avec le politicien en question une fois élu serait considérée comme une corruption manifeste si elle venait à être mise au jour, avec le traitement pénal afférent. Peut être difficile à prouver, mais tout de même dissuasif, non ?
Enfin, la plupart de ces grands groupes n'ayant pas de gros actionnaires individuels de référence, rares seraient les actionnaires individuels, quand bien même leur part se chiffrerait en millions, qui seraient prêts à donner seuls de l'argent à un candidat pour financer un lobbying qui profiterait à tous les autres: le financeur assumerait une trop grande part du coût du lobbying pour une part des bénéfices somme toute faible.

On peut donc supposer qu'autoriser les seuls dons individuels, sans argent public et sans dons des entreprises, favoriserait des dons "de conviction", même en provenance de gros donateurs. Les sommes récoltées par les candidats seraient moindres, obligeant les candidats à plus de retenue dans leurs dépenses. Et les suspicions de trafic d'influence seraient grandement levées.

En France, un tel système devrait également être adopté, se substituant à l'actuel financement des partis par l'argent public et des dons individuels très plafonnés, ce qui constitue une véritable muraille protectionniste en faveur des partis établis. Après tout, si un parti suscite l'investissement de gros donateurs, qu'y a-t-il de mal à cela, à condition que ce soit leur argent, honnêtement gagné, et sans transaction occulte ?
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