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Ouroboros bis repetita

Publié le 07 octobre 2008 par Menear
Ce matin tôt-beaucoup-trop-tôt, 3h25. Ou 3h52. Moins dix. Je sais plus. Il y avait un deux et un cinq sur le rouge du réveil il me semble. Ou peut-être c'était hier.
D'habitude recette correcte pour éradiquer migraine latente qui s'est tressée entre occiput et orbite depuis le matin : s'enfermer dans le noir de la chambre, allongé sur le dos, immobile sans bouger, à attendre que le sang tape moins fort entre les tempes, que les nerfs tirent moins sec sur les mâchoires. Attendre que l'œil de lui-même se referme et les dix-douze heures de sommeil qui suivent pour éponger les salves tapies sous la peau. D'habitude ça fonctionne sauf hasard nocturne : réveillé à 3h25 ou 3h52 (moins dix), battements secs sous paupière droite diffusés autour, douleur plus aiguë encore que quatre-cinq heures plus tôt. Une fois déjà c'est arrivé : à Loué sur les derniers jours parce qu'on dormait au salon. Puis stress cinq minutes avant de se rendormir. Ici différemment : la connerie de me relever pour reprendre un cachet, donc réveillé, réveillé vraiment, impossible de refermer les yeux, puis angoisse qui amplifie tout. Dois absolument être d'attaque pour demain-seize-heures-trente (je me dis), dois absolument me rendormir. Suite logique : l'angoisse accentue le rythme cardiaque, le rythme cardiaque, boosté jusqu'aux tempes et au-delà, bat plus fort, plus vite, plus longtemps, fait plus mal encore, d'où moteur d'angoisse renforcé et ainsi de suite. Ouroboros bis repetita.
Puis tremblements, sueurs froides, nausées, tout le package, puis se voir depuis l'intérieur détaché de tout se demander mais qu'est-ce qui pourrait déclencher le truc ? La réponse stress bien pratique pour tout mais trop pratique justement. H. à côté appelle je sais plus trop quel numéro on est censé appelé dans ces cas là, signe que c'est vraiment plus fort que d'habitude auquel cas j'aurais simplement dit mais non on va appeler personne on va pas les déranger pour ça enfin. Puis autre cachet dans la foulée et retour obscurité complète et immobilité passagère le temps que ça se dissolve.
Au matin complètement évanouie comme une migraine classique. Rendez-vous ophtalmo fin décembre pour tout ça. Changer de lunettes, etc. Pas plus inquiet outre mesure. Simplement une coïncidence flagrante, relevée après coup, rapport à un passage de Coup de tête (what else ?) actuellement en travaux (Ville I) qui me revient en tête. L'impression (agréable ?) de nager à l'envers du sens de l'eau et de laisser la fiction déraper sur le quotidien et non l'inverse. Extrait enchaîné depuis une crise du narrateur, yeux fermés contre la table d'un bar, puis :
Quand je les rouvre : mon corps atrophié-froid contre le mur. Ma Despé explosée sur la table et la table qui fuit jusque sur le carrelage. Et, quelque part entre mon poignet et mon coude, ma main, ma main droite, qui se sert, qui se brûle, qui se noie contre mes os et ma peau.
Une seconde de plus à me voir dans le reflet d'entre les verres, je me dis en floutant mon regard, et je tombe.
- Merde, je leur crache dans la foulée, faut que je pisse. Rien de plus que ce que je peux articuler avant de perdre pied. Et tac. Je m'enferme dans la détonation d'un loquet rouillé, là-bas dans les chiottes du fond, ma gueule contre le froid de la cuvette à faire semblant de gerber.
(...)
Déteste les reflets inattendus qui te sautent à la gueule en une fraction de seconde. Je déteste. Même si je vois flou, même si les murs tremblent au bord. Je peux juste pas. Plus fort que moi. Me donne envie de|
Je peux juste pas.
(...)
Respire un grand coup. Subis. Force toi à. Colle ta main, la gauche, contre la surface du mur. Pas sûr de savoir si ces gouttes sur ma tronche c'est de l'eau ou bien de la sueur ou bien autre chose. Tant pis. Et puis quelqu'un tape de l'autre côté de la porte parce que ça fait combien de temps que je|
Je défais le loquet rouillé. Je sors sans voir la tête du type en question. Je me contente juste de l'éviter puis de mettre un pied devant l'autre et|
devant l'autre et ainsi de suite. Et rester debout. Garder l'équilibre. Tout ce que je demande.
– Quand je me levais la nuit, j'avais juste à me traîner de ma chambre à la salle de bain. Juste un ou deux pas ça suffisait. Quand les décharges étaient trop fortes, quand les médocs ils faisaient plus effet. Y avait des heures clé et ça revenait. Je me posais sur les chiottes. Le long du miroir, je voyais ma gueule atrophiée et les gélules que je m'enfilais pour calmer mes décharges. Je mettais plusieurs minutes à me relever après. Y avait pas un bruit dans tout l'immeuble, juste moi qui gueulais dans ma tête. Des fois, je me relevais quand même et c'était trop tôt. Du coup, ça revenait contre moi et je me le prenais dans la nuque. Je me couchais sur le carrelage et j'attendais qu'on me trouve le matin et je tremblais jusqu'à ce que je me rendorme devant la porte de ma chambre. Les bras d'Esposito dédicacés qui me coulaient par dessus. Je lui aurais bien tendu la main comme tu m'as tendu la tienne Ajay mais en vrai ma main je la sentais déjà plus. –
Je me retrouve à fondre au milieu des tables et des bières. Avancer sans voir. Juste : sentir la présence des trucs autour et les traverser quand même. Hier, je me dis, je me traînais entre ma chambre et la salle de bain, maintenant ici. Et demain, je pense, quoi d'autre encore ?
Je marche pas en réalité, je corrige. Je glisse. Parce qu'en collant mes semelles plaquées sur le sol, je reste droit à peu près. Je perds pas mes appuis. Reste debout.

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