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Les vrais perdants

Publié le 16 octobre 2008 par Magazinenagg

Depuis mardi soir les textes, chroniques et opinions des médias sont unanimes : les grands perdants de la dernière élection sont Stéphane Dion et le PLC.

Pas du tout!

Les grands perdants sont les Québécois. Les Québécois ne seront pas ou seront mal représentés au conseil des ministres, là où se prennent les décisions. Les milliards que nous payons en impôts et en taxes au fédéral seront gérés par des ministres du ROC.

Quoiqu'en dise Gilles Duceppe, les absents ont toujours tort. Les représentants du BQ ne peuvent que déchirer leur chemise sur la place publique. C'est bon pour le spectacle, mais ça ne change pas le monde.

(Voir le texte d'André Pratte ci-après)
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Pour la sixième fois en 15 ans, les Québécois ont choisi d'être représentés par une majorité de députés du Bloc québécois à la Chambre des communes. Des députés indépendantistes, qui se consacrent à la défense exclusive des intérêts du Québec tels qu'ils les conçoivent et qui ne s'intéressent d'aucune façon à la gouverne du Canada.

Les Québécois ne sont visiblement pas mécontents des résultats de cette expérience inusitée. Ils savent que, quoi qu'il arrive, le Québec aura sa brochette de ministres au sein du cabinet. En même temps, ils peuvent compter sur une opposition compétente et bruyante. Le meilleur des deux mondes!
Depuis 15 ans, les grands partis nationaux cherchent à dissuader les Québécois d'appuyer le Bloc en soulignant l'importance d'avoir des représentants à la table où se prennent les décisions. Cet argument tombe chaque fois à plat. Et pour cause: les formations fédérales ayant besoin d'un bon nombre de sièges au Québec pour obtenir une majorité, l'électorat sait qu'elles ne peuvent tout simplement pas ignorer la province.

Néanmoins, la domination du Bloc dans la sphère fédérale au Québec finit par avoir des effets pervers. Des effets subtils mais néfastes, à long terme, pour le Québec et pour la fédération canadienne.

Depuis plus de trois siècles, les francophones du Canada ont confié leur sort à deux groupes de représentants. Les premiers se sont consacrés aux intérêts de leur peuple en contribuant à l'édification du grand ensemble qui est devenu le Canada; appelons-les les bâtisseurs. Les seconds ont mis toutes leurs énergies dans la défense exclusive des francophones; appelons-les les protecteurs. Les premiers avaient pour nom Cartier, Laurier, Lapointe, Trudeau, Mulroney, Chrétien; les seconds Papineau, Bourassa, Duplessis, Lévesque, Bouchard, Duceppe. Le Canada et le Québec français sont devenus ce qu'ils sont grâce à la tension entre ces deux pôles.

La permanence du Bloc semble avoir pour effet d'affaiblir le pôle des bâtisseurs. Les Québécois sont de moins en moins intéressés par le gouvernement du Canada à moins que les décisions prises à Ottawa ne risquent de les affecter directement. Que des Québécois de fort calibre siègent au cabinet et puissent influer sur les choix qui y sont faits ne les préoccupe guère.

De plus, la présence du Bloc les pousse à ne plus tolérer quelque compromis que ce soit. Les compromis sont pourtant l'essence de la politique, en particulier dans une fédération. Tout compromis n'est pas compromission. Les représentants de la Gaspésie ou de la Côte-Nord n'obtiennent pas tout ce qu'ils veulent du gouvernement du Québec; il est normal qu'il en soit de même pour ceux du Québec au sein du cabinet fédéral. La contribution des bâtisseurs permet au Canada de se développer comme pays original, marqué par l'originalité québécoise. La vigilance des protecteurs empêche les compromis qui seraient néfastes au Québec. Cet équilibre se trouve aujourd'hui menacé.

Si cette situation perdure, les Québécois pourraient finir par se voir non pas comme partie intégrante du Canada, mais comme un groupe complètement à part, suivant son propre chemin sans se préoccuper du reste du pays et déléguant à Ottawa une brigade strictement défensive.
Ce serait une manière d'autonomie extrême, presque une séparation de fait.
Nous n'en sommes pas là. Mais les Québécois qui croient au Canada, de même que les grands partis nationaux, devraient s'inquiéter de cette évolution. Surtout tous devraient chercher, beaucoup plus énergiquement et intelligemment qu'à l'heure actuelle, les moyens d'y remédier.


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