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Critiques ciné : en septembre, bleu blanc rouge.

Publié le 16 octobre 2008 par Blabla-Series

Parlez moi de la pluie ****

Loin du pensum politique, féministe et didactique craint naturellement voire annoncé par les plus hermétiques au style du fameux tandem Jaoui-Bacri, Parlez moi de la Pluie renoue plutôt avec les thèmes chers aux deux artistes : l’humain, la famille, les sentiments, sans le côté cyniquement sombre de Comme Une Image. Pas politique, ni sur la politique, ce film use d’une femme, féministe notoire, apparemment politique (encore que) comme un prétexte, une sorte de mise en abyme assumée, un joli subterfuge même pas démonstratif, avec en guise de thème majeur, celui de l’humiliation ordinaire, destin de madame-tout-le-monde. Le film se délecte alors d’un humour noir pince sans rire toujours aussi décapant et d’un naturel désarmant pour illustrer le thème du pouvoir établi au sein d’un groupe présenté comme désaimé. Véridique et tel un état pur d’apaisement, le film est une communion imperceptible entre l’existentialisme et la cellule familiale, la profondeur de l’oeuvre et la légèreté futile de l’être.

Sans négliger sa légendaire et subtile écriture au cordeau, véritable stimulus intellectuel et sa direction d’acteurs élégante et raffinée parachevant magistralement l’allure du film, la profonde et prodigieuse Agnès Jaoui laisse son œuvre à la seule perception de l’être humain retrouvé, humble et véridique, jamais consensuel, Parlez moi de la Pluie est donc un film avant tout généreux. (9/10)

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 Comme les Autres *

Une réflexion trop attendue, tardive, sur un sujet certes toujours sensible mais aussi dangereusement à la mode. Dans ce contexte, Comme les Autres ne peut recevoir l’adhésion de par l’inconsistance de personnages à la psychologie malléable à volonté. Dans sa deuxième partie cependant, ce film formellement plutôt terne et moelleux propose une critique de l’utilitarisme de l’être humain, entre stigmatisation malhabile et courage dans les défauts d’un personnage principal représentant une minorité. Quant à l’intolérance, ici mal ciblée, elle est simplement présentée comme une vision complicatrice des choses, qui plus est justifiée par la tournure des évènements, jusqu’à une fin lénifiante à souhait. (4/10)

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Jar City ***

Sorti en 2006, ce thriller, basé sur le best-seller La Cité des Jarres, met intelligemment en place un background polémique subtil et définitivement glaçant. Grâce à sa présence discrète, admise, la thématique du fichage, bateau en science-fiction, gagne ici en essence dramatique. Elle est en effet enrobée d’un scénario efficace, aidé d’une mise en scène granuleuse et simple, qui instaure une ambiance peu confortable. Ensemble, ils proposent ultimement une critique sous-jacente humble sur l’influence d’une vision scientiste du monde, ainsi (surtout) qu’un film grisaillant et cynique, aux personnages ambigus et peu conventionnels. (7.5/10)

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Inju *

Polar mêlant réalité et imaginaire, Inju échoue à donner de la crédibilité et de l’intérêt à son intrigue et à ses personnages, la faute à une mise en scène et à un jeu qui sacrifient à trop de désinvolture. L’intrigue est elle dévoilée oralement, sans grande originalité, et tardivement. Dommage, car l’exploration des fantasmes occidentaux sur la culture japonaise aurait pu être un intérêt majeur du film, mais ne sert que de pièce pour un puzzle, preuve d’un attachement trop rigoureux aux codes du genre. (4.5/10)

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Mirrors **

Malgré un générique saisissant et ingénieux parmi les meilleurs de ces dernières années, faussement annonciateur de beau temps, Mirrors est un film pop-corn classique, un remake américanisé sans éclat, confus et bougrement désincarné. En dépit d’une technique imparable d’un Alexandre Aja passé maître dans le registre du férocement gore dont les quelques scènes sanglantes clés du film (à s’en décrocher la mâchoire ?) sont l’illustration, le cinéaste use ici avec gourmandise d’effets sonores alourdissants laissant présager chaque moment effrayant, surlignant l’épouvante et privant le spectateur, alors passif, de recourir à sa paranoïa angoissée errante et furtive. Sans malheureusement oser imposer une ambiance de terreur constante, Aja oblige Mirrors à rester en l’état, un produit formaté désespérément linéaire et facile, reprenant un à un les procédés-types inhérent aux films de genre et en n’évitant pas non plus l’enquête de fond terriblement décevante.

(5.5/10)

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Entre les Murs ***

Tout semble avoir déjà été dit sur le palmé et supposé nécessaire Entre les Murs.
En évitant avec habileté la démagogie et le ton faussement dénonciateur inhérents à son sujet, Entre les Murs séduit avant tout par son intégrité. Entre les Murs tente de coller le plus possible à la réalité, mais sans l’étiquette docu, le film se permet alors un récit d’une justesse irréprochable. Sans montrer du doigt ces enfants malfamés des quartiers sauvages en accusant, sans clamer leur génie inné alors retrouvé, cliché du genre, sans les présenter comme la nouvelle génération d’une société moderne transfigurée, le film se veut simple et représentatif, quitte à attraper en passant le masque du justicier de la vérité sans vraiment l’assumer ni s’en servir ardemment.
Montrant subtilement les faiblesses d’un corps professoral à bout de force mais au bon-vouloir intact ainsi que la dureté de ces élèves, de leur langage imagé débité de façon étourdissante à cette sournoiserie parfois lucide mais parfois cruelle, le film convainc par cette objectivité désarmante : un terrain de jeu idéal dans lequel chacun a ses torts et ses vertus jusqu’alors piégées dans ce lourd système paralysé. Néanmoins, ce désir de dramatisation en milieu de course, comme pour donner une intrigue propre à cette (notion chère à Cantet) fiction, ainsi que cette fameuse scène finale, d’une complaisance facile et désuète, nuisent gentiment à cette louable initiative cinématographique.

(8/10)

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