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Crise et famine

Publié le 16 octobre 2008 par Zelast

Des milliards pour la finance,  des miettes pour la faim (libération)

Pendant la crise financière globale, les autres crises planétaires passent à la trappe. Et parmi celles-ci (énergétique, climatique) la crise alimentaire est la plus aiguë : 923 millions de personnes sont victimes de la faim dans le monde en 2008, estime la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Alors que les pays développés prévoient d’injecter jusqu’à près de 3 000 milliards d’euros dans le sauvetage du système bancaire et financier de la planète, 1 % de ce pactole - décidé en moins d’un mois - suffirait à sortir l’humanité de la faim. «Il ne faudrait investir que 30 milliards d’euros par an pour assurer la sécurité alimentaire d’une population qui atteindra 9 milliards en 2050», écrivait Jacques Diouf dans nos colonnes (Libération du 8 octobre).

«Tsunami silencieux». Il suffit de remonter cinq ans en arrière pour voir l’ampleur des dégâts. En 2003, 815 millions de personnes souffraient de la faim. On assistait alors à une baisse moyenne de 6 millions par an. Les agences de l’ONU se prenaient à rêver : si, chaque année, 28 millions de plus sortaient de la trappe de la malnutrition, alors on pourrait réduire de moitié le nombre de victimes de la faim d’ici à 2015…

Retour sur terre en 2008. Sur fond de spéculation, de ruée vers les biocarburants, de sécheresse liée au changement climatique, le prix des denrées alimentaires explose de façon exponentielle. + 50 % depuis le début 2008, après 24 % en 2007, 12 % en 2006… Cette inflation galopante depuis 2002 est la plus forte depuis le début des années 70, qui avait conduit à des famines dramatiques. Six millions d’Ethiopiens sont aujourd’hui menacés.

Le drame, justement, c’est que la mobilisation des bailleurs de fonds ne suit pas. L’aide alimentaire internationale est tombée en 2008 à son niveau le plus bas depuis quarante ans, assure le PAM, le Programme alimentaire mondial. Qui parle «de tsunami silencieux».

Parallèlement, l’aide publique au développement s’effondre, à l’image de la France qui vient de renier les promesses jadis martelées par Jacques Chirac de parvenir à consacrer 0,7 % de sa richesse, d’ici à 2012, aux pays du Sud. «L’opinion s’en moque», lâche un diplomate français. Un sondage dans la Croix d’hier dit pourtant le contraire : 58 % des Français appuient une hausse de l’aide. Indispensable donc, sauf à voir se multiplier les déstabilisations régionales liées aux famines et aux réfugiés climatiques.

Mais pendant que les grands de ce monde redécouvrent les vertus de la régulation des marchés, ils militent toujours dans les enceintes internationales pour davantage de libéralisation sur l’agriculture. «Les pays riches doivent permettre aux gouvernements des pays du Sud d’assurer leur propre développement agricole et leur sécurité alimentaire, dit Frédéric Rousseau, de l’ONG Oxfam. Et ne doivent plus s’opposer aux mesures qui protègent les petits producteurs, les secteurs agricoles.»

Pourtant, des mesures de protection sont permises par l’Organisation mondiale du commerce. Mais les pays ne les appliquent pas. Souvent par crainte de rétorsions économiques.

Inégalités obscènes. Un dernier chiffre, histoire de résumer l’ampleur des enjeux pour une autre mondialisation. «Les différences d’espérance de vie entre les pays les plus riches et les plus pauvres dépassent désormais quarante ans.» Des inégalités «criantes», résume l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans son rapport annuel, publié mardi. «Plus grandes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient en 1978», dit Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS. Obscènes, même : en trente ans, le monde fait marche arrière alors qu’il vient de connaître une croissance de ses richesses sans précédent en dix ans. Le monde fera-t-il mieux avec la longue récession qui s’annonce ?


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