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Dialogues des carmélites 2

Publié le 17 octobre 2008 par Porky

Acte II : Premier tableau – Dans la chapelle du couvent. Le corps de la première Prieure est exposé et les religieuses viennent prier deux par deux. C’est le tour de Blanche et Constance. Quand cette dernière doit sortir pour chercher leurs remplaçantes, Blanche, restée seule en tête à tête avec le cadavre, prend peur et se précipite vers la porte au moment où parait Mère Marie de L’incarnation. Elle tente de se justifier mais Mère Marie la calme et la reconduit à sa cellule, lui ordonnant de ne plus penser à cet « échec » dont elle demandera pardon à Dieu le lendemain.

Interlude 1 – Blanche et Constance portent des croix de fleurs sur la tombe de la Prieure. Elles espèrent que Mère Marie sera élue pour la remplacer. Commence alors un dialogue absolument essentiel pour la compréhension de l’œuvre : Constance s’étonne de la mort si difficile de la Prieure ; elle a l’impression qu’elle a reçu par erreur la mort d’une autre, « une mort trop petite pour elle, elle ne pouvait pas seulement réussir à enfiler les manches ». A Blanche qui demande ce qu’elle veut dire par « la mort d’une autre », Constance répond : « ça veut dire que cette autre lorsque viendra l’heure de la mort s’étonnera d’y entrer si facilement et de s’y sentir confortable. On ne meurt pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres, et même les uns à la place des autres. Qui sait ? »

Deuxième tableau – La salle du Chapitre. La communauté a élu non pas Mère Marie mais Mère Saint-Augustin (Madame Lidoine) ; cette dernière fait l’éloge de la Prieure défunte puis rappelle leur devoir à ses sœurs qui est de prier et de se méfier de tout ce qui pourrait les détourner de cette tâche essentielle. « Méfions-nous même du martyre. La prière est un devoir, le martyre est une récompense. » Mère Marie engage ses sœurs à se conformer aux volontés de la nouvelle Prieure et le tableau s’achève sur l’Ave Maria.

Interlude 2 : On tire violemment la clochette de la porte de la ruelle. C’est le Chevalier de la Force qui demande à voir sa sœur avant de partir pour l’étranger. La Prieure autorise cet entretien mais exige la présence de Mère Marie.

Troisième tableau – Le parloir. Le frère et la sœur se rencontrent pour la dernière fois et, en apparence, le dialogue est difficile. L’incompréhension les sépare. Le chevalier reproche à Blanche de rester au couvent par peur ou « par peur de la peur ». Blanche réplique que là où elle est, elle ne risque rien. Alors qu’ils vont se séparer assez froidement, Blanche le rappelle et essaie de lui faire comprendre sa lutte, sa transformation, son élévation. A peine est-il parti que Blanche défaille : elle a parlé par orgueil, et le sait. Elle sera punie. « Il n’est qu’un moyen de rabaisser son orgueil, c’est de s’élever plus haut que lui », réplique Mère Marie. Et elle ajoute « Tenez-vous fière. »

Quatrième tableau : La sacristie. L’aumônier vient de dire sa dernière messe. Il est proscrit et doit se cacher. Les sœurs s’étonnent que la peur puisse s’emparer de tout un pays et Constance s’indigne qu’on laisse arrêter les prêtres dans un pays chrétien. La Prieure affirme : « Quand les prêtres manquent, les martyres surabondent, et l’équilibre de la grâce se trouve ainsi rétabli. » Mère Marie en profite alors pour affirmer que les filles du Carmel doivent donner leur vie. Mais la Prieure la reprend. Il ne leur appartient pas de décider elles-mêmes si elles doivent être ou non des martyres. Les cloches retentissent soudainement, ainsi que des coups sur la porte. Les sœurs épouvantées s’éparpillent un peu partout mais Mère Marie demande à Constance d’aller ouvrir. Ce sont les Commissaires de la République, qui viennent annoncer aux sœurs l’avis d’expulsion. Après un dialogue assez houleux avec Mère Marie, l’un des commissaires la prend à part et lui avoue qu’il est en réalité « un fidèle serviteur de Dieu » mais qu’il « faut bien hurler avec les loups ». Il l’invite à prendre garde aux dénonciateurs. La foule se retire, on vient annoncer que la Prieure doit se rendre à Paris. Mère Jeanne tend à Blanche une statuette du Christ enfant. Mais Blanche la laisse malencontreusement tomber et elle se brise sur les dalles. « Le petit roi est mort ; il ne nous reste plus que l’agneau de Dieu… » Le Ca ira, entonné en coulisse, termine l’acte.

Acte III – Premier tableau – La chapelle, à présent dévastée, comme dans la vision de la Première Prieure. Mère Marie a rassemblé la communauté en présence de l’aumônier et propose que toutes fassent le vœu du martyre pour mériter le maintien du Carmel et le salut de la Patrie. Cette suggestion sera cependant abandonnée si l’avis n’est pas unanime. « Une seule opposition m’y ferait renoncer sur le champ. » L’aumônier reçoit les votes en secret et sous le sceau du sacrement. Une voix s’est prononcée contre le projet. Alors que toutes regardent Blanche, Constance se dénonce : c’est elle qui a dit non, mais elle a changé d’avis et se déclare à présent d’accord. L’aumônier accepte ce revirement et appelle les sœurs deux par deux pour qu’elles prononcent le vœu. C’est Constance et Blanche qui commencent. A la faveur de la confusion qui s’ensuit, Blanche s’enfuit.

Interlude 1 : Un officier félicite les religieuses, qui sortent en civile, pour leur discipline et leur civisme. Mais il leur rappelle qu’elles seront surveillées dans leurs fréquentations et leurs activités. La Prieure, qui est de retour, fait prévenir l’aumônier de ne pas venir célébrer la messe car ce serait trop dangereux. Mère Marie s’insurge : comment accorder cette prudence avec l’esprit du vœu du martyre ? Réponse de la Prieure : « Chacune de vous répondra de son vœu devant Dieu, mais c’est moi qui répondrai de vous toutes et je suis assez vieille pour savoir tenir mes comptes en règle. »

Deuxième tableau : La bibliothèque du Marquis de la Force, totalement ravagée, et devenue une sorte de pièce commune. Blanche, vêtue comme une femme du peuple, surveille la cuisson d’un ragoût. Entre Mère Marie, en civil elle aussi : elle annonce à Blanche qu’elle est venue la chercher, pour son salut. Mais Blanche, épouvantée, répond que son père a été guillotiné et affirme n’aspirer qu’à la paix. Dans l’état où on l’a réduite, elle ne risque rien. On la traite comme une domestique. La veille, on l’a même frappée. « Le malheur, ma fille, n’est pas d’être méprisée, mais seulement de se mépriser soi-même », répond Mère Marie. Et elle donne à la jeune fille une adresse où elle serait en sécurité si elle voulait y aller. Refus de Blanche. « Vous irez, je sais que vous irez, ma Sœur. » Mère Marie sort sur cette dernière parole.

Interlude 2 - Devant le rideau. Musical. Lors de certaines représentations, prend place ici un court dialogue entre des femmes du peuple et Blanche à qui on apprend que ses Sœurs viennent d’être arrêtées et conduites à la Conciergerie.

Troisième tableau : Une cellule à la Conciergerie. La Prieure réconforte ses sœurs après la première nuit de prison. Elle les exhorte au calme et à la confiance, ajoutant qu’elle prend en charge leur vœu du martyre, bien que ne l’ayant pas prononcé elle-même. (Air de Madame Lidoine.) Constance s’inquiète de Blanche mais se déclare persuadée de son retour. Entre le geôlier qui prononce la sentence du Tribunal Révolutionnaire : la mort. La Prieure bénit maternellement ses sœurs.

Interlude 3 : Au coin d’une rue, l’aumônier annonce à Mère Marie que les sœurs sont condamnées à mort. Mère Marie veut les rejoindre mais le prêtre l’en empêche. Dieu choisit ou réserve qui lui plait. Elle ne doit s’en remettre qu’à sa volonté.

Quatrième et dernier tableau : Place de la Révolution. L’échafaud, dressé, attend ses victimes. Les carmélites descendent de la charrette et montent l’une après l’autre au supplice en chantant le Salve Regina. Le couperet tombe à intervalles irréguliers et chaque fois, il y a une voix en moins. Constance, la dernière, s’avance à son tour mais aperçoit Blanche dans la foule. Radieuse, elle reprend sa marche vers la mort, suivie de Blanche qui à son tour gravit les marches de l’échafaud en chantant le Veni Cretor. Le couperet tombe une dernière fois. Et puis, c’est le silence.

Vidéo 2 : L’air de Madame Lidoine, appelé aussi « Air de la Conciergerie » au 3ème acte. Impossible de le trouver en français. Alors voici la version anglaise, chantée par Joan Sutherland. C’est superbe.

Texte : La Prieure : « Mes filles, voilà que s’achève notre première nuit de prison. C’état la plus difficile. Nous en sommes venues à bout quand même. La prochaine nous trouvera tout à fait familiarisées avec notre nouvelle condition qui d’ailleurs n’est pas nouvelle pour nous : il n’est en somme de changé que le décor. Nul ne saurait nous ravir une liberté dont nous nous sommes dépouillées, depuis longtemps. Mes filles, c’est en mon absence que vous avez prononcé ce vœu du martyre. Mais qu’il fût ou non opportun, Dieu ne saurait permettre qu’un acte si généreux ne serve maintenant qu’à troubler vos consciences. Et bien j’assume ce vœu ; j’en suis désormais responsable. Je suis et serai, quoi qu’il arrive, seul juge de son accomplissement. Oui, j’en prends la charge et vous en laisse le mérite, puisque je ne l’ai pas prononcé moi-même. Ne vous faites donc plus là-dessus aucun souci, mes filles. J’ai toujours répondu de vous en ce monde, et je ne suis pas aujourd’hui d’humeur à me tenir moi-même quitte de quoi que ce soit. Soyez tranquilles. » Mère Jeanne : « Avec votre Révérence, nous n’aurons plus peur de rien. » La Prieure : « Au jardin des Oliviers, le Christ n’était plus maître de rien. Il a eu peur de la mort. »

Vidéo 3 : Le dernier tableau de l’acte III, la montée à l’échafaud. Filmé au Met de New-York. Peu importe la langue car le texte ici est en latin du début à la fin : il s’agit du Salve Regina et du Veni Creator. La mise en scène n’épargne pas les effets, mais elle est très fidèle au livret. Alors ne boudons pas notre plaisir.

Un dernier mot encore : il existe un DVD des Dialogues, enregistré à Strasbourg lors des représentations de l’opéra. La mise en scène est de Marthe Keller et je rends ici hommage à son intelligence, sa modestie et sa sensibilité. Nulle trahison dans cette mise en scène dépouillée, qui va à l’essentiel. Marthe Keller a su mettre en valeur l’œuvre en s’effaçant devant elle et s’est contentée de la servir avec une grande humilité. Ce qui n’empêche pas les trouvailles scéniques comme la montée finale à l’échafaud, magnifique dans son symbolisme. Chapeau, Madame Keller ! Vous, au moins, vous alliez l’équilibre au talent. Ce n’est vraiment pas courant sur une scène d’opéra.

NB : Réparation d’un oubli impardonnable : la vidéo 1 présente un extrait de cette mise en scène. C’est beau, et fort. Que demander de plus ?


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