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Du dimanche 24 au mardi 26 août 2008, Bucarest je t’aime II / la perte des repères culturels ?

Publié le 17 octobre 2008 par Memoiredeurope @echternach

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Il y a quelques années, ont eu lieu deux sessions successives – 1998 et 1999 - d’un concours dirigé vers la qualité de l’habitat rural dans les petites villes ou les ensembles de villages d’intérêt patrimonial des pays d’Europe centrale et orientale se trouvant placés en même temps par leur intérêt culturel dans une optique d’accueil touristique. 

L’idée généreuse et nécessaire lancée par l’architecte Claudia Constantinescu, dans l’attente et en prévision du tracé d’itinéraires architecturaux « sans frontières », a su séduire et le Conseil de l’Europe et les Unions professionnelles des architectes des pays concernés. Il ne s’agissait pas d’enfermer dans une bulle protectrice des ensembles architecturaux ou des objets singuliers, mais de récompenser des nouvelles constructions qui avaient été pensées dans le contexte paysager, dans le plan d’urbanisme, dans la continuité stylistique ou matérielle du bâti traditionnel, avec le souci de garder une cohérence, sans oublier l’innovation nécessaire et en particulier les nécessités du confort.

Deux pages web du site de l’Institut Européen des Itinéraires culturels témoignent d’une démarche qui a été rendue possible grâce à une énergie farouche et dont les résultats, même partiels, demandaient une extension urgente. Est-ce que je dois dire que l’extension n’a pas encore eu lieu, malgré la démonstration éclatante ?

Ce qui est vrai des convergences croissantes entre les habitudes de l’urbanité et de la ruralité en matière de consommation - que j’ai évoquées hier en premier - est bien entendu encore plus frappant en ce qui concerne l’espace bâti, qu’il soit comme c’est le cas dans les pays visés, et la Roumanie en premier, resté public, ou plus souvent encore redevenu privé. Et, par conséquent, soumis d’un côté à des caprices politiques ou d’un autre côté à des envies de “paraître” fondées sur des images plus internationales.

L’idée prédomine qu’il faut se comporter comme dans un monde développé où le style Far West, la villa californienne, le pavillon de banlieue, quelle que soit la banlieue d’ailleurs, pour peu qu’elle témoigne d’une classe moyenne aisée, deviennent de nouveaux archétypes.  

D’un autre côté, je sais combien le Grand-Duché de Luxembourg souhaiterait, en partant du bon exemple donné dans un espace transfrontalier restreint, celui où j’habite, que la politique de qualité paysagère des villages soit étendue à la Transylvanie, tout particulièrement aux villages saxons qui, de manière un peu romantique, possèdent un lien historique réel avec les villages du Luxembourg, de la Sarre ou de la Lorraine.

Mais ce souhait illustre à son tour la métaphore des deux extrêmes de l’Empire. Si les nouveaux riches de Bucarest n’ont rien à envier aux déjà riches du plateau du Kirchberg à Luxembourg Ville, les toujours pauvres, voire les nouveaux pauvres des villages saxons, n’ont actuellement aucun moyen pour prendre en compte la qualité paysagère prescrite par les Institutions européennes et pour adopter les bonnes pratiques de la Grande Région. Pour la plupart, ils sont d’ailleurs bien éloignés d’une situation d’origine saxonne protestante qui ne peut plus être prise en compte par une communauté quasi disparue, mais qui doit être réinvestie par une communauté orthodoxe toujours vivante, de plus soumise à la pression des Roms sédentarisés.

Alors pourquoi pas la globalisation des modèles architecturaux, si les responsables de l’identité commune sont partis, si l’Etat ne s’investit pas et si la recherche la plus immédiate est le besoin urgent d’habiter du neuf, en participant à une généralisation globalisante. 

Après tout, pour les fruits, les laitages, comme pour les maisons, seuls les riches peuvent se permettre un retour aux sources et aux identités, si les Etats ne favorisent pas eux-mêmes de manière volontaire la prise en compte d’une nécessité territoriale redevenue essentielle. 

“Un territoire, qui est un espace défini en tant qu’un pouvoir s’y exerce, n’est pas plus naturel que ce pouvoir lui-même. Comme lui, il procède d’une histoire faite par les hommes qui, pour s’accorder sur la manière d’organiser leurs vies en commun, se donnent des institutions. Le territoire, différent de l’espace géographique qui n’en est que le support physique, est un espace institué.” (Patrimoine rural et campagnes : acteurs et questions d’échelles – Michel Rautenberg et coll. Dans Campagne de tous nos désirs. Mission du patrimoine ethnologique.Collection ethnologie de la France. Cahier 16)

Est-ce que je peux ajouter pour la seconde fois, sur ce plan là également : Bucarest, je t’aime pour m’avoir donné cette occasion unique de regarder des deux côtés du miroir et de prendre des leçons.

Ferme rurale, Petite Suisse luxembourgeoise

Visite de l’église fortifiée d’Heltau, Transylvanie. Trois ministres luxembourgeois, Octavie Modert, Secrétaire d’Etat à la Culture, Luc Frieden, Ministre du Budget et de la Justice, Jacques Santer, Ministre d’Etat honoraire, Ancien Président de la Commission Européenne


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