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Les aventures du Prince Lexomil : XXXI

Publié le 18 octobre 2008 par Porky

Episode 31

Un duo d’amour un peu particulier

Le Prince Lexomil ayant fini par comprendre l’origine de l’inertie de sa bien-aimée plongea ses doigts délicats et raffinés dans les conduits auditifs de la belle et en extirpa les boules Quiès. Immédiatement, le bruit insensé que faisait Citalopram-Beurk derrière la porte close éveilla la Damoiselle qui se mit à crier à son tour, et beaucoup plus fort, non pas de peur et de surprise en découvrant un jeune homme à ses genoux, mais parce que les hurlements insensés de sa jumelle lui portaient sur les nerfs et que, depuis leur naissance, elle n’avait pas trouvé un moyen plus efficace de faire cesser ses braillements. Le remède porta ses fruits : Damoiselle Citalopram-Beurk se contenta de cogner encore plus rudement sur la porte mais ne hulula plus.

« Par le Sang Dieu, que faites-vous là et qui êtes-vous ? » demanda Citalopram-Biogaran qui, ayant réglé les problèmes de vacarme, s’attaquait à celui de la présence incongrue d’un homme dans sa chambre. « N’appelez pas vos domestiques, Damoiselle, répliqua le Prince sans se relever. Je vais vous expliquer ce que je fais à vos pieds. » « D’abord, je n’avais nullement l’intention de sonner les domestiques, dit Citalopram-Biogaran, ensuite, je vous demande d’expédier rapidement vos explications, la porte ne va pas tenir longtemps vu l’ardeur que met ma folle de sœur à taper dessus. » « C’est très simple, dit Lexomil. Je vous aime, je veux vous épouser, voilà. » « Votre stature me dit quelque chose, répliqua la belle que les aveux du jeune homme n’avaient nullement fait sourciller. Ne seriez-vous point la chose enroulée dans le rideau et que j’ai fait jeter à la décharge il y a quelques heures ? » « C’est cela même, admit Lexomil. Je suis cette chose. » « J’aime les hommes qui ont de la suite dans les idées, murmura Citalopram-Biogaran, charmée. Mais peut-être auriez-vous pu vous laver avant de venir demander ma main ? Vous sentez très mauvais, cela dit sans vouloir vous vexer. Et cette odeur, n’a, me semble-t-il, aucun rapport avec celle que dégage un mâle amoureux. Enfin, il est vrai que je n’ai pas beaucoup d’expérience en ce domaine », acheva-t-elle avec un soupir.

« Ouvrez cette porte ou je finis de l’enfoncer ! » rugit à ce moment Citalopram-Beurk, au comble de la rage. Mais ni Lexomil, ni Citalopram-Biogaran ne prirent gardent à cette injonction. Ils se regardaient et se trouvaient réciproquement fort à leur goût. « Embrassez-moi, dit tout à coup Citalopram-Biogaran. Que je voie si le ramage est conforme au plumage. » Aussitôt demandé, aussitôt obéi(e). Le baiser du Prince fut à la fois si maladroit et si fougueux que Damoiselle Citalopram-Biogaran faillit s’évanouir, de plaisir et d’étouffement. « Il y a de grandes promesses en vous, dit-elle, chancelante. Mais il faudra approfondir la technique, si j’ose m’exprimer ainsi. » « Avec vous, rien n’est impossible, déclara Lexomil. Vous serez la Reine de ce royaume, je vous le certifie. »

« Puisque c’est comme ça, je vais demander l’aide de Zoloft ! » cria soudain Citalopram-Beurk dont les efforts pourtant démesurés n’avaient pour l’instant obtenu qu’un maigre résultat. Et les braillemens reprirent, encore plus insoutenables qu’auparavant. « Zoloft ! Zoloft ! A l’aide ! Viens secourir ta maîtresse en déroute ! » hurlait la sœur tandis que Citalopram-Biogaran arborait un air quelque peu ennuyé. « Qui est Zoloft ? » s’enquit Lexomil, soudain soupçonneux. « C’est celui qui vous a jeté sur la décharge municipale, condescendit à expliquer la belle Damoiselle. Ma jumelle s’est entiché de lui et lui d’elle. S’il entre ici, votre compte est bon, vous allez repartir dans les détritus. Je ne peux rien contre lui, c’est un véritable robot qui n’obéit qu’aux ordres de Beurk. » « Mais il n’entrera peut-être point », fit Lexomil, inquiet mais confiant malgré tout. « Vous plaisantez ! Il lui suffira d’un coup de poing pour abattre le misérable obstacle qui nous sépare de lui. D’ailleurs, je me demande pourquoi ma sœur beugle ainsi. Lui auriez-vous manqué de respect ? » « Je l’ai giflée et assommée, avoua Lexomil en rougissant. J’avais des excuses, se hâta-t-il d’ajouter. Elle faisait un rempart de son corps pour m’empêcher de passer. » « Je comprends à présent son énervement, dit Citalopram-Biogaran. Le seul espoir qui nous reste, c’est le retour inopiné de ma mère quand elle aura fini de présider son conseil municipal. Hélas, ce dernier risque de durer longtemps. Moins il y a de choses à dire, et plus les conseillers parlent. C’est une manie. »

A peine avait-elle fini sa phrase que la porte, avec un cri d’agonie, s’arracha de ses gonds et fut projetée dans la pièce. Elle alla s’écraser contre la cheminée, frôlant au passage le couple d’amoureux qui, saisi de terreur, se serra dans les bras l’un de l’autre. Zoloft, le géant musclé, posa sa main sur l’épaule de Lexomil, lequel crut une seconde que sa clavicule avait explosé. Et pendant que le Prince était traîné malgré lui hors de la chambre, Citalopram-Beurk se jetait sur sa jumelle et commençait à lui tirer les cheveux, à la griffer et à la mordre, tout cela sans cesser de couiner de la plus odieuse façon. Mais Citalopram-Biogaran n’était pas du genre à se laisser faire sans réagir. Aussi rendit-elle morsure pour morsure, coup de griffe pour coup de griffe et les deux sœurs roulèrent sur le plancher, se débattant et se flanquant des gnons sans aucun égard pour leur coiffure respective.

Personne ne prit donc garde au fait qu’une limousine de dix mètres de long venait de s’arrêter devant la maison et que Madame la Bourgmestresse s’extirpait avec peine des coussins moelleux. Trois heures à subir les glougloutements de ses conseillers l’avaient mise de fort méchante humeur. Aussi le vacarme s’échappant de la chambre d’une de ses filles, le spectacle d’un jeune homme traîné à plat ventre sur le carrelage par Zoloft en fut-il trop pour elle. « Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? » rugit-elle, les poings sur les hanches, et le bordel en question, comme par miracle, cessa aussitôt.

(A suivre)


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