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Mission to Mars

Publié le 07 octobre 2008 par Sylvainetiret
Permission to Mars
- C’est pas encore un Brian de Palma ?!
- Ben si, pourquoi ?
- Mais tu nous en as déjà fait deux d’affilée ! Ca y est, on s’est fait une idée …
- Mais là c’est pas pareil. C’est de la science-fiction.
- Et alors ? On a compris que ce type se complique la vie avec des histoires d’allumés, c’est bon.
- Mais non, j’te dis. C’est pas comme les autres. Et puis comme je les ai vus tous ensemble, c’est mieux que je vous en parle aussi.
- C’est si bien que ça pour que tu insistes comme ça ? Parce que l’Esprit de Caïn, bonsoir !

- Euh … non. Mais quand même, c’est comme une série. Pas la même histoire ce coup-ci, mais de De Palma quand même.
- On s’en fiche ! Série ou pas série, si c’est mauvais, c’est mauvais, et puis c’est tout.
- C’est pas vraiment mauvais, tu sais. Et puis même si … J’ai promis que j’en causerais, alors voilà.
- Eh ben on n’est pas sorti alors. T’as pas aussi promis de parler de la grande aventure du coussin à travers les âges au moins ? Ou de l’art du maniement du tiroir, par hasard ?
- Ben euh … si. Enfin, je l’avais promis, mais là c’est déjà fait. J’ai déjà mis tout ça en ligne.
- Pas possible !
- Ben ouais, et même que pour l’histoire du coussin, c’est comme qui dirait une saga, sur plusieurs textes. T’as envie que j’te montre ?
- Non !!! Ce qui m’étonne c’est plutôt qu’on ne t’ait pas éjecté du site. Enfin, … après tout, y’en a sans doute que ça a fait marrer …
- Ben je crois, en fait. Mais là, pour Mission to Mars, alors, j’te raconte ? Tu veux ?
- C’est-à-dire que je crois qu’on n’en sortira pas autrement. Alors autant s’en débarrasser tout de suite. Après on sera tranquille …
- Bon, alors puisque tu y tiens …
- Ne me fais pas dire …
- Je sais, je sais !! Mais bon, c’était histoire de dire. Mais si tu m’interromps tout de temps, ça risque d’être plus long que prévu.
- Surtout pas !!! Vas-y. Moi, je fais motus, bouche cousue, et tout le toutim …
- Alors voilà. En fait c’est pas compliqué. En 2020 ou à peu près, la Terre (en fait la NASA) se lance à la conquête de Mars et y envoie une mission commandée par Luke Graham (Don Cheadle). Après son installation à la surface de Mars, le contact est rompu et la Terre expédie une mission de secours, commandée par Woodrow 'Woody' Blake (Tim Robbins) et composée en particulier de Jim McConnell (Gary Sinise), Phil Ohlmyer (Jerry O'Connell), et Terri Fisher (Connie Nielsen) qui se trouve être aussi la femme de Woody. A l’approche de Mars, le vaisseau de secours est touché par une pluie de météorites et doit être évacué par ses occupants qui se réfugient dans le module orbital de la première mission. Dans le transfert, Woody se sacrifie pour sauver son équipe et on écrase une larme devant la détresse de Terri. Alors que Phil reste en orbite en attendant leur retour, Jim et Terri descendent finalement sur Mars pour poursuivre leur mission de secours à la première équipe dont le camp a été localisé à proximité d’une étrange montagne dont la forme vue du ciel est celle d’un immense visage. Les sauveteurs découvrent un camp semi abandonné dans lequel Luke reste le seul survivant, genre de Robinson hirsute et effrayé. Après avoir remis le camp à flot et retapé Luke, le groupe décide une sortie d’exploration vers la zone où s’est déroulé l’accident étrange que Luke leur décrit et qui a coûté la vie à tous les autres membres de sa propre équipe. Toute cette approche est baignée dans une ambiance assez mystérieuse dans laquelle les capteurs de l’équipe tentent de décoder une étrange émission semblant provenir de la curieuse montagne. Près d’être également décimés dans un sursaut climatique violent, le groupe découvre enfin la nature de l’émission et comprend qu’il s’agit d’un message exigeant leur réponse pour leur permettre d’entrer en contact avec son émetteur.
Et là on arrive à la seconde partie du film, celle du contact avec ET. Et la montagne est justement le lieu protégé où peut avoir lieu cette rencontre. On apprend comment les habitants de cette planète en sont finalement partis et comment elle a pris cet aspect désertique qu’on lui connaît maintenant. On apprend les liens qui joignent Mars à la Terre et comment les ET avaient laissé ce message à destination des terriens qui viendraient explorer la planète rouge. On apprend comment les ET avaient déjà tout anticipé dès avant l’apparition, le développement, puis la multiplication de la vie sur Terre. Quasi hypnotisé par cette découverte, Jim se sépare de ses compagnons qui, mission accomplie, peuvent reprendre leur route de retour, d’abord vers Phil qui s’impatiente en orbite, et puis vers la Terre.
Alors, c’est-y pas beau, tout ça ?
- Mouais, pas mal. Mais c’est pas un peu le remake de « 2001 Odyssée de l’Espace » ?
- Ben justement, c’est un peu ce qu’on a reproché à De Palma. D’avoir tenté d’imiter l’inimitable. En 2000, quand le film est sorti, « 2001 » était passé depuis 1968, de même que « 2010 l’Année du premier contact » qui était sorti en 1984. La différence résidait dans la seconde partie qui s’ouvrait sur la rencontre avec la vie extra-terrestre. Mais Spielberg avait aussi déjà balisé le genre avec « Rencontre du troisième type » en 1977. « Abyss » avait continué dans un genre proche en 1989. Et c’est vrai qu’avec une concurrence de ce calibre, Brian avait affaire à forte partie. Du coup, même avec la meilleure volonté des acteurs, il était difficile de ne pas risquer la comparaison. Et comme le résultat n’était pas exceptionnellement au dessus des prédécesseurs, l’impression générale a été plutôt négative. D’autant que le sujet n’était pas spécialement de faire dans le spectaculaire, même si le film ne manque pas de scènes assez impressionnantes. Les effets spéciaux restent dans le sobre, et de sobre à « cheap », les râleurs de tous poils n’ont pas tardé à franchir la distance.
En plus, la description de l’évolution de la vie depuis ses particules élémentaires jusqu’à l’homme a fait surgir une controverse en terre étatsunienne entre les tenants de la théorie darwinienne de l’Evolution et ceux du Créationnisme. Si ça te chante, jettes un coup d’œil sur le débat enflammé qui a sévi sur Imdb.com à ce propos. Tu verras à quel point les noms d’oiseau volent bas et à quel point le film lui-même a pu passer au second plan de la dispute.
Et comme par ailleurs la vulgarisation scientifique avait entre temps diffusé suffisamment de vernis dans le public, nombreux ont été ceux qui se sont mis à rechercher les incohérences et les impossibilités dans les aspects techniques, physiques, astronomiques, spatiaux de l’histoire. Je ne sais pas bien si on aurait pu trouver les mêmes objections à « 2001 » s’il était sorti à la même époque ou s’il était déjà devenu intouchable, mais le fait est que ça n’a pas simplifié la vie de Brian.
Ajoute à ça que, malgré tout, il faut bien admettre que sans être mauvaise, la prestation des acteurs ne méritait peut-être pas de passer à la postérité - ou est-ce la direction d’acteur qui était peut-être un peu laxiste ? -, et voilà un film plein de promesses qui s’engageait bille en tête vers la pente savonneuse de la gamelle …
- En fait tu as l’air de ne pas être si mécontent que ça, on dirait …
- Ce n’est pas vraiment ça. C’est juste que ça m’agace un peu que ce film soit décrié pour de mauvaises raisons. Mais c’est vrai qu’il laisse un drôle de goût dans la bouche. Difficile de dire précisément ce qui ne va pas. Peut-être qu’il manque une petite touche de magie, celle qui fait passer du film intéressant au chef-d’œuvre, ce petit je ne sais quoi … Comment dire ? Pas facile, mais bon, c’est vrai qu’il reste quelque chose qui cloche. Peut-être ce jeu avec les symboles, avec les non-dits, avec le mystère, qui laisse la porte ouverte à l’imagination au lieu de lui fournir des clés toutes ficelées.
- Alors finalement, ça t’a déçu, en somme.
- Ben c’est un peu ça quand même …
- Eh ben, il t’en faut du baratin pour dire une chose simple !
- Râleur, va ! Mais il n’y a encore pas que ça. J’ai quand même encore du mal avec une chose : Brian n’est ni un enfant de cœur ni un novice de la caméra. S’il nous sort un film raté, est-ce qu’il ne faut pas se demander si le ratage n’est pas volontaire. Et dans ce cas si c’est réellement un ratage. Et encore : est-ce que l’impression de ratage n’était pas recherchée dans un but précis ? Est-ce que ce n’est pas justement un moyen de signaler qu’il faut aller y regarder de plus près et que le sujet n’est peut-être pas où on croit. Autrement dit, cette histoire de martiens n’est-elle pas qu’une allégorie d’autre chose. Et alors là, de quoi ?
- Tu ne vas pas un peu loin dans la prise de tête, dis voir ?
- Ben je sais pas trop, en fait. Lis juste en diagonale l’article sur le film sur Cinetudes.com et tu te feras une petite idée de ce qu’on peut trouver en creusant un peu. Je te laisse faire et te gratter le crâne sur la métaphore concernant la fabrication d’un film, sur la problématique de la filiation, … Mais même en creusant il me reste encore un truc que je n’ai vu évoqué nulle part et qui, pourtant, saute aux yeux. Enfin, je crois …
- Ah bon ? Et c’est quoi ce grand mystère ?
- Ben, comment dire ?.. A quel point c’est un film religieux. C’est ça, oui. Religieux et chrétien.
- Je croyais que tu avais fini la moquette depuis un moment déjà. Je vois que tu avais gardé un peu de combustible de réserve, non ?
- Non, je rigole pas. Ca ne te dit rien, les noms des personnages ? C’est souvent très instructif quand tu fais un peu attention. Regarde, là. Un qui s’appelle Woody, « celui du bois », comme un charpentier en somme. L’autre qui s’appelle Fischer, « le pêcheur » (ou « la pêcheuse » puisque c’est une femme). Un autre qui s’appelle Ohlmyer. Change un peu l’orthographe et ça donne Allmighter, « le tout-puissant ». Ca ne te dit rien ? Si en plus tu te dis que le personnage principal s’appelle Jim, c’est-à-dire le diminutif de Jérémie, ou en hébreu « Dieu est grand », tu n’y vois pas plus clair ? Et puis tu remarqueras que le type qu’ils sont venus sauver s’appelle Luke, Luc en français, du même nom que l’évangéliste qui fut parmi les premiers convertis (donc sauvé en langage chrétien) avant de rédiger son évangile. Et si tu remets tout ça bout à bout, ça te donne quoi ? Eh ben : un charpentier tout-puissant accompagné d’un pêcheur qui vient sauver un type sous une bannière qui proclame « Dieu est grand ». Tu y es ? Et pour compléter le tableau, qu’est-ce qui lui arrive, à ce héros principal, à Jérémie, à Jim ? Il découvre la Vérité et sort du monde des humains par une plongée dans un bain qui pourrait le noyer et qui s’avère lui ouvrir la conscience à une réalité plus vaste, lui dessiller les yeux dirait un prêtre, puis par une ascension vers une zone lumineuse d’où il retrouve « son père », la race qui a été à l’origine, autant dire qui a créé, la vie et l’homme. Qu’est-ce que tu veux de plus ? La mission de sauvetage n’est qu’une allégorie christique et Jim en figure le personnage central. Et dans tout ça, qui c’est qui retourne auprès des hommes pour narrer le truc et décrire le miracle du baptême et de l’ascension ? Ben c’est Luc, pardi, le fameux évangéliste.
C’est-y pas du beau boulot, ça ? Et on a rien vu venir … La classe, non, le père Brian ? Et en plus, une fois que t’as la clé, tu peux continuer à broder. L’image christique, c’est quoi ? C’est pas juste Jim, c’est la mission de sauvetage en fait. C’est-à-dire à la fois homme (Woody), femme (Terri), célibataire (Phil), couple (Woody/Terri). C’est un tout qui fait l’Homme, l’humain générique dans sa divinité.
Et du coup, le fait de mêler ce code là avec le concept de l’Evolutionnisme devient encore plus outrageant pour les tenants du Créationnisme. Tu parles, le tir vient de leur propre camp de chrétiens convaincus. D’où l’âpreté du débat. Ce dont ils n’ont probablement pas eu conscience eux-mêmes, je parie.
- Mais où tu vas chercher tout ça ? Tu veux une Aspirine ? ..
- Maintenant, regarde tout ça sur un plan psychanalytique. Un type, veuf depuis peu (c’est comme ça qu’est présenté Jim dès le début du film), pendant tout le trajet de son voyage, appelons ça de son deuil, côtoie un couple d’amis, dans une position intermédiaire entre le célibataire ouvert à toute conquête comme l’est Phil et celle du mari qu’est Woody et qui « détient »officiellement La Femme, les regarde se cajoler, danser, mi-attendri et mi-détruit par le spectacle auquel il ne participe pas et qui lui rappelle la perte de sa moitié. Jusqu’à en être blessé quasiment à mort, ici par le mitraillage par la pluie de météroïtes. Et qui c’est qui le sauve, ou du moins qu’est-ce que son premier regard accroche quand il revient à lui ? Ben La Femme, pardi ! Il se débat comme il peut avec les contingences matérielles, il joue les chefs, les cadors, mais finalement, il court vers quoi ? Bingo ! Il retrouve son ascendance, autant dire sa mère, par la rencontre de cet ET manifestement féminin, qu’il finira par suivre dans son monde à elle après avoir accepté de plonger dans un bain de liquide quasi-amniotique. Régressivité parfaite dans une foetalité protectrice. Et …
- Et … Et si t’en gardais pour la prochaine fois. Si tu dis tout maintenant, il te restera quoi à mettre dans ta Thèse sur les méandres de la tête de Brian ?
- C’est que …
- C’est que j’ai la tête qui tourne à t’écouter … Je crois que c’est moi qui vais la prendre, cette Aspirine, finalement !

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