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La ville morte 2

Publié le 20 octobre 2008 par Porky

Acte II – Suite de la « vision ». Quelques semaines plus tard. Les événements n’ont toujours lieu que dans l’imagination de Paul qui projette ses phantasmes ce qui permet les plus fantastiques effets de mise en scène faisant appel aux lumières, aux images vidéos et au cinéma.

Le décor représente un quai à Bruges, devant la maison de Marietta. Longue pantomime pendant laquelle on voit passer dans la brume les béguines. Carillons. Parmi les béguines, Paul reconnaît Brigitta sa femme de charge, rentrée au béguinage depuis que Paul a trahi la mémoire de Marie. Paul erre sur le quai, se heurte à son ami Franck et découvre que ce dernier est l’amant de Marietta. Au terme d’une violente dispute, les deux ex-amis se séparent. La troupe de Marietta arrive enfin ; tous les hommes tournent autour d’elle et elle répond à chacun ; pour ses amis, elle joue sa scène de Robert le Diable qu’ils donnent au théâtre : la résurrection miraculeuse de la jeune Hélène. Paul, caché dans un recoin, se montre enfin, s’en prend violemment à Marietta et lui reproche de blasphémer. La scène qui s’ensuit montre parfaitement les remords de Paul, son attitude morbide, son refus de la vie qui s’offre à lui sous les traits de Marietta. Mais cédant à sa passion, il invite Marietta à le suivre chez lui, espérant réunir enfin la vie et la mort.

Acte III – Première partie, suite de la « vision ». Paul et Marietta ont passé la nuit ensemble. Mais le jeune homme est encore envahi par les remords et une discussion s’élève entre les deux amants à propos du passage de la procession historique du Saint-Sang. A travers la piété, la neurasthénie de Paul se réveille, contrecarrée par les tentatives de Marietta pour lui faire admettre la réalité : il a envie de vivre mais paradoxalement, aime cet état de trouble et d’hébétude dans lequel il se complait. Dans un magnifique aria, elle reproche à Paul son hypocrisie et l’accuse de se servir d’elle sans même songer à ce qu’elle pourrait ressentir. Puis, au comble de la fureur, elle s’attaque aux souvenirs sacrés, tableaux, photographies et surtout la tresse de cheveux. Saisi de démence, Paul l’étrangle avec la tresse puis s’effondre dans son fauteuil et contemple le corps sans vie allongé devant lui. Fin de la vision.

Retour à la réalité : après un interlude musical, on retrouve Paul assis dans son fauteuil, dans l’attitude qu’il avait avant l’apparition de Marie à la fin du premier acte. Les rêves se sont évanouis. Marietta revient chercher son ombrelle qu’elle avait oubliée en partant, Brigitta est toujours là, et Franck, l’ami dévoué, arrive, proposant à Paul de partir avec lui, loin de Bruges. Paul a compris que la mort l’a irrémédiablement séparé de Marie, qu’il doit renoncer à son obsession du souvenir. Il décide de suivre le conseil de Franck et de quitter Bruges avec son ami, enfin libéré de lui-même. (1)

Le DVD qu’on trouve sur le marché contient une représentation filmée de La ville morte en 2001 à l’Opéra national du Rhin. Il y a de bons éléments, mais le metteur en scène -un de plus- n’a pas résisté à l’envie de « moderniser » l’opéra. C’est fait cependant d’une façon nettement plus intelligente que pour le Chevalier à la rose de Lyon. L’acte II se prêtant à tous les délires, on en a profité pour introduire des personnages sortis tout droit d’une imagination survoltée. Bon, on se tape encore un décor style night-club, mais ce n’est pas ça le plus gênant. Ce qui me semble beaucoup plus grave, c’est que le metteur en scène a changé la fin de l’œuvre. Paul ne quitte plus Bruges mais se suicide. C’est pour le moins ennuyeux, parce que ça modifie complètement le sens de l’opéra. Ici, la « vision » a été inutile, elle a même provoqué le suicide final. C’est un contre sens, voire un non sens par rapport à ce que voulait Korngold. D’accord, chacun interprète à sa manière une œuvre, mais de là à modifier la fin… Prétention, quand tu nous tiens… On aurait pu aussi réécrire la partition, pendant qu’on y était. Dès fois qu’elle n’aurait pas plu à qui vous savez. (Et à la fin du Rouge et le Noir, pourquoi ne pas faire divorcer Madame de Renal et la faire partir en croisière Paquet avec Julien Sorel ? Au point où l’on en est…) J’imagine que notre brave metteur en scène a –lui aussi- projeté ses fantasmes noirâtres sur la scène et fait une petite séance de psy en conduisant le héros au suicide afin d’éviter de se suicider lui-même. Moi aussi, j’interprète… Cela dit, quand les théâtreux vont-ils enfin cesser leur narcissique contemplation de leur moi profond ? Qu’ils fassent cela devant leur miroir ne me gêne pas ; mais qu’ils laissent les œuvres d’art tranquilles. Un peu de modestie et de décence n’a jamais fait de mal à personne… Surtout que je ne vois vraiment pas, sur le plan dramatique, l’intérêt de ce changement. Au contraire. Pour une fois qu’un opéra ne se termine pas par un entassement de cadavres…

Et puis, pour finir… Entre nous, Marietta enceinte… C’est certes charmant, mais peu crédible, surtout quand la chanteuse est filmée de profil…

(1) Merci à Gilles Cantagrel pour les informations.

Vidéo 3 : Pas de film, seulement la scène finale en audio. C’est un extrait de l’enregistrement intégral de 1975 : René Kollo, Carol Neblett, entourés de Benjamin Luxon (Franck) et Rose Wageman (Brigitta). La vision est terminée, Paul se « réveille »…

Dernières paroles de Paul : « Joie qui m’est restée / Adieu, bien-aimée / Cruelle ennemie / La mort désunit / Attends-moi dans la lumière / Sans retour est cette terre. »


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