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Au nom de la loi (2) - Dimas

Publié le 20 octobre 2008 par Mtislav

Didi avait maintenant une cinquantaine d’année. Trop vieux pour protester devant les coups du sort, trop pauvre pour se contenter de sa tristesse et de sa maigre pitance car le sort s’acharnait. Il avait fini par prendre la direction de l’eldorado, laissant loin derrière lui les villes millionnaires du sud. Sa jeunesse s’était volatilisée dans un pli de l’espace temps. Il était vieux mais le travail le réclamait, aussi sûr que la faim ne s’oublie pas. Dans le train qui le menait à Santarém, il avait lu la brochure d’information destinée aux travailleurs ruraux. Faute de pratique et de lunettes qui auraient corrigé sa presbytie, il ne lisait plus beaucoup. Il s’agissait d’une petite bande dessinée qui rappelait le sort de bien des travailleurs ruraux dans les zones de non-droit du Far Ouest brésilien. Il se souvenait parfaitement qu’il était en droit d’exiger un contrat écrit, une carte de travail signée...  C'était même possible de faire valoir ses droits deux ans après une éventuelle démission. La petite histoire qui précédait cette belle conclusion, c’était exactement la sienne. Le recrutement par le gato entre la gare routière, la boulangerie et l’entrepôt. Le départ sur le plateau du camion jusqu’à la ferme Boa Esperança. Le gato avait dit que ça payait très bien. Trois semaines plus tard, avec ses camarades, ils avaient sué tant qu’ils pouvaient sous leurs chapeaux et leurs casquettes. La nourriture était mauvaise, ils étaient nombreux à s’entasser dans le dortoir. Il y avait une gouttière qui leur tombait dessus mais pas de douche. Après 40 jours de travail, le gato fit les comtpes. Déduction faite de la nourriture, du transport, de la pharmacie, des outils de travail, il ne restait plus à chacun qu’une somme ridicule. Dans la petite bande dessinée distribuée, un fonctionnaire du ministère du travail débarquait, réclamait le paiement de tout ce qui était dû et pour ceux qui souhaitaient rester, de bonnes conditions de logement et de nourriture. Les autres auraient le voyage de retour payé. Par dessus le marché, le gato devait rendre des comptes à la justice.
Dimas n’avait pas vu les voitures de police et les fonctionnaires du ministère du travail débarquer dans la fazenda. Depuis plusieurs jours, le gato était méfiant. Bon nombre des employés avaient été éloignés. Ils campaient à une distance très importante et étaient occupés à installer des clôtures sur des terres qui avaient été brûlées cinq mois plutôt. La végétation poussait sur le brûlis. Le bétail pourrait bientôt y être installé. En attendant, on dormait sous une toile, buvait l’eau d’un trou dans lequel des bêtes s’abreuvaient, mangeait chaque jour le contenu du même chaudron dans lequel les rares morceaux de viande étaient rongés par la vermine.
La situation devenait tellement insupportable que Dimas décida de prendre les devants. Ils se concertèrent avec ses camarades et décidèrent de quitter à pied l’exploitation pour gagner Santarém et dénoncer leur exploitation. Le soir tombait, Dimas n’avait même pas eu le temps de commencer à mettre le plan à exécution, qu’il vit arriver le 4x4 du gato. Immédiatement, il partit à la course entraînant derrière lui deux des pistoleros que le gato avait emmené avec lui. Il avait presque réussi à atteindre la route en terre battue lorsqu’il reçu la première balle. Elle lui traversa la mâchoire. Il s’écroula. Les pistoleros criblèrent de balles le corps gisant dans le fossé. Un des camarades de Didi en avait profité pour prendre la fuite. Après une trentaine d’heures de marche, il parvint à donner l’alerte. Didi eut miraculeusement la vie sauve.
Durant sa longue convalescence, Dimas reçu de nombreuses visites. Il allait témoigner. Il y aurait un procès. On le protégeait. Pour une fois, les tueurs allaient être confondus. On lui avait apporté un livre, chaque jour il en lisait un petit bout. C'était son histoire. Bon, elle se passait dans un autre pays. Lui n'était pas encore vengé. Il ne serait jamais riche. Mais c'était exactement son histoire. 
Le livre était intitulé "Vingança do comte de Monte-Cristo". Pour vous dire, ce qui changeait c'est que l'auteur, il avait de l'imagination et c'est sûr, il ne s'appelait pas Alexandre Dimas.  

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