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Intimités - Laurie Colwin

Publié le 21 octobre 2008 par Clarabel

C'est maintenant un fait avéré, que j'avais cruellement redouté, mais les éditions Autrement viennent de publier les dernières nouvelles de Laurie Colwin (auteur décédé à seulement 48 ans, pour ceux qui ne le savent pas). Oui, fini. C'est fini. Je n'aurai plus ce plaisir de découvrir d'autres textes de cette talentueuse new-yorkaise, auteur ô combien fétiche (selon moi !). Je devrais maintenant me contenter de RELIRE ses romans et autres recueils de nouvelles. J'ai tout gobé, tout raclé (même les fonds de tiroir). C'est triste.

(Cela me fait d'ailleurs penser à Mary Ann Shaeffer, co-auteur du Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates, et à la regrettée Sylvia Plath ... mais inutile de nous démoraliser plus longuement.)

Donc, à tous les amateurs de l'univers exquis et déliquescent de Laurie Colwin, offrez-vous ce dernier plaisir : un recueil réunissant onze nouvelles. Tout d'abord, soyez prévenus, vous allez être saisis d'un méchant sentiment de déjà-vu en ouvrant la première page. L'histoire est une énième mouture d'Une vie merveilleuse mettant en scène les cousins Guido et Vincent. L'un est séparé de son épouse et l'autre va faire la rencontre de sa vie. Et autour de tout ça, il y a l'énigmatique - mais non moins excentrique - secrétaire, qui porte des lunettes multicolores ! Personnellement je ne m'en lasse pas (de lire et relire les histoires de Guido, Vincent, Holly et Misty).

De même, la dernière nouvelle revient sur l'héroïne d'Une épouse presque parfaite - Polly - qui est mariée et mère de trois enfants, mais va s'émouvoir d'un autre homme, lequel réveille ses instincts endormis...

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Il n'y a donc aucune originalité dans ce livre ? (êtes-vous en droit de vous poser comme question).  Mais si. C'est incroyable d'avoir la sensation de lire du réchauffé qui n'en a pas le goût ! Je m'explique : toutes les histoires ont un écho semblable, celui d'histoires de couples, des relations sentimentales, des liaisons naissantes, des mariages appliqués, des rencontres inattendues. C'est ce que je nomme plus facilement du chipotage.

Dans Immersion, par exemple, Carl et Lucy ont tout pour être heureux et il a fallu que l'homme découvre le secret de sa femme pour qu'il pleure comme un veau. Et ce secret n'est même pas renversant, puisque Lucy aime nager, tout le temps. Cela équivaut à respirer pour elle, et son Carl de mari ne le découvre qu'après des mois de mariage ! C'est une révélation qui le bouleverse au plus haut point...

Je ne cherche pas à être cynique ou moqueuse, loin de moi cette idée ! C'est juste pour caricaturer la direction que prend très régulièrement le propos de toutes ces histoires. Cela a sur moi un effet galvanisant, car je suis aussitôt sous la séduction de ce que la présentation de l'éditeur nomme si bien :  « des petits concentrés de fiction contemporaine, principalement autour du lien amoureux, où chaque détail charme par sa vérité - voire son exotisme américain, façon côte Est ».

C'est tout à fait cela, une touche bourgeoise et délicieusement guindée, un cocon réconfortant et douillet. Je m'y coule avec bonheur. Et puis, c'est vrai qu'il n'y a pas d'action, c'est plat sur toute la ligne mais c'est aussi en connaissance de cause : savoir saisir une autre essence, un autre parfum d'ambiance. Et cela me correspond tout à fait ! J'emprunte même le titre d'une nouvelle pour caractériser ce que tout ceci respire, car nous avons bien là « une histoire à l'ancienne ». C'est d'une élégance folle !   

Editions Autrement, octobre 2008 - 168 pages - 17€
traduit de l'anglais (USA) par Anne Berton


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