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Gueule de bois

Par Pandora

Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il peut être, mais ce que je sais c'est que j'ai une vraie gueule de bois, la tête comme passée à la moulinette, et un sacré mal de bide avec l'estomac à l'envers... Ah oui, et ce drôle de rêve que j'ai fait...


Sauf que là ce n'est pas mon lit mais une plage, qu'est-ce que je fiche là bon sang ? Et qu'est-ce qu'ils ont tous à me regarder comme ça ?


- Eh, ne partez pas! Revenez, je ne vais rien vous faire.

Mais je suis où bordel ? Qu'est ce qui m'arrive ? Je réfléchis à ce qu'on a picolé hier, mais ce n'était rien d'inhabituel, les quantités ne l'étaient pas non plus d'ailleurs, une soirée de beuverie avec les potes, sauf que... Il y a un truc... Ah oui merde, la fille... Ils allaient lui faire du mal, c'était sûr, je devais essayer de faire quelques chose même s'ils étaient quatre et moins bourrés que nous. Je les ai vus dans la ruelle, j'ai entendu la fille qui appelait à l'aide. Les potes sont partis de l'autre côté en me disant de ne pas m'en mêler, ils m'ont tiré par la manche mais je ne pouvais pas laisser faire quand même. Ils allaient la violer ces cons. Je leur ai crié d'arrêter et que j'allais appeler les flics, deux des types sont venus vers moi avec un couteau. Merde le couteau. Mon bide. Ca fait mal putain ! Ils m'ont planté ces salauds...


Je regarde mon ventre, mais ce n'est pas mon ventre. Je regarde mes mains mais ce ne sont pas mes mains. Qu'est-ce qui m'arrive bon sang ? Qu'est ce que je fous là, dans l'eau. En plus je ne sais même pas nager !


J'avance un peu sur la plage désertée, tous les pêcheurs se sont sauvés, il ne reste qu'un petit garçon en haillons, les cheveux mouillés et la peau tannée par le soleil. Il me regarde d'un air curieux. Je m'approche de lui doucement pour ne pas l'effrayer mais il ne semble pas vouloir partir. Il se tient à côté d'un tas de poissons pêchés probablement ce matin et il détache de ses petites mains ceux qui sont restés coincés dans les mailles du filet en essayant de ne rien abimer. Mais ses mains sont pleines de coupures et de plaies infectées liées à la macération dans l'eau salée et au contact avec les débris et poissons coupants. Je m'approche et les lui prend doucement pour qu'il n'ait plus peur et ne se sauve pas comme les autres.

Je veux comprendre ce qui m'arrive et ce que je fais ici.


Il laisse ses mains dans les miennes et me regarde de ses grands yeux noirs

   - Où sommes-nous petit ?

   - Tu es le dieu de la mer, tu viens nous sauver ?

   -  Ne t'emballes pas petit, tu t'appelles comment ?

Il retire brutalement ses mains et les regarde d'un air incrédule, puis me regarde à nouveau. Les plaies et écorchures ont disparu.

  - Tu es venu nous sauver, je le savais

Et il part en courant vers l'intérieur des terres avant que j'aie le temps de le retenir.
 
Tout me revient alors d'un coup. Cette créature étrange apparue pendant que je me tenais le ventre que ces salauds m'avaient ouvert en deux. Pendant que je me vidais de mon sang et de mes entrailles. Elle m'a dit de ne pas avoir peur, que je n'allais pas vraiment mourir mais que j'allais juste devenir différent.

Parce que j'avais encore beaucoup de belles choses à faire.


[Exercice d'écriture pour kaléidoplumes sur la consigne suivante:

Vous débarquez sur une plage. Autour, quelques mouettes et pêcheurs à pied vous regardent comme s'ils voyaient arriver un extra-terrestre. Derrière la mer est calme, mais il n'y a pas la moindre trace d'une embarcation.Reprenant votre bâton de pèlerin, vous avancez vers votre nouveau destin. Vous ne le savez pas encore, mais aujourd'hui vous réaliserez un miracle. Racontez cette journée]


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