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Utopiste !!

Publié le 10 novembre 2008 par Scienceblog

« La solution réside dans l’affirmation de Phèdre, selon laquelle il ne faut pas plaquer le charme romantique sur l’intelligence classique. Il faut unir en profondeur les deux conceptions classique et romantique. L’histoire de la raison, jusqu’alors, était l’histoire d’une fuite, un refus du monde romantique et irrationnel de l’homme préhistorique. Pour libérer la pensée rationnelle, et lui permettre de comprendre et de maîtriser l’ordre de la nature, en intégrant de nouveau à la raison ces passions que nous avons si souvent refusées. Les passions, les émotions sont le domaine réel de la conscience humaine. et elles font partie de l’ordre de la nature. Elles sont au centre même de la nature. »

Robert Pirsig – Traité du Zen et de l’entretien des motocyclettes – 1974 – Ed Points Seuil

Quand on prend la fameuse thématique « Science et Art », la discussion ronronne depuis des années et ne change guère. Je me souviens un Colloque Sciences et Citoyen à Arc et Senans, ou j’avais assisté à une discussion Art et Science, je me souviens de mes cours sur la même thématique, je me souviens d’expos, ou de débats (on en parle partiellement lors des Savoirs en Commun de l’Université de Strasbourg, mais je reviendrai sur cette nouvelle très prochainement). Et quoi que je produise aussi ma musique, que je n’écrive pas que des posts sur ce blog, que je ne visite pas que des expos de science, je ne fais pas le mélange.Pour moi, ces thématiques représentent une attelle sur une jambe de bois : parce que 2000 ans d’histoire du savoir nous interdisent de rassembler, de fusionner le monde sensible (romantique) du monde intelligent (classique) : c’est un tabou. Parce qu’il ne s’agit pas de revenir en arrière, d’effacer 2000 ans d’histoire, mais de reconstruire de nouveaux champs, de nouveaux chemins dans la construction du savoir.

Et ce n’est pas parce que Jean Marie Lehn joue très bien du Bach, que Robert Feynmann jouait des percussions, que d’autres scientifiques peignent, ce n’est pas parce que des images issues « du monde sensible » les ont inspirées pour produire des connaissances et des représentations du monde réel (voir Bernard Heitz ou François Becmeur comme petits exemples) que la cassure n’est pas profonde : on recherche les liens langagiers, imaginatifs, romantiques de choses qui sont séparés depuis trop longtemps pour réussir à se ressouder. Art et Science, c’est peut être un paradis perdu dans la tête de nos contemporains.

Une autre approche contemporaine de la thématique de Pirsig est l’aspect pseudo-sciences. Si nos concitoyens sont tellement attirés, c’est peut être parce que, par un nuage de fumée opaque, elles tendent à nous faire croire que, par miracle, elles ont réussi à retrouver le lien ancestral entre nos anciens mythes dont nous continuons à être intimement construits, et le monde construit par la rationalité. C’est bien tentant !! Face à un monde qui n’est pas que rationnel, la science ne peut être la seule réponse. Alors, il faudrait aussi croire en la beauté des fleurs, l’influence des astres, la mémoire de la terre … mais cette réalité là est niée dès qu’on entre dans la rationalité. Tout scientifique nie ce possible lien ; pas celui entre ce qui n’existe pas (et donc ne peut être expliqué) et la rationalité qui l’entoure, mais celui entre l’acceptation de qualités des choses sensibles (esthétique, sensorielles, …) et rationnelles (possédant une masse, des composés chimiques, etc.).

Ainsi, c’est en refusant cet antagonisme que les pseudo sciences prennent le terrain laissé par les scientifiques. Et, in fine, si les scientifiques, les vrais, doivent se battre contre les pseudo-sciences, ils vont devoir modifier leur approche de la rationalité.

De retour de Week-End, et au milieu de la vie, les billets peuvent devenir étranges, parfois


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