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Face aux fléaux du sous-continent indien

Publié le 17 novembre 2008 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com

Ces femmes qui ont choisi la paix, la justice et la tolérance

Par Laurent PFAADT

Dans un sous-continent indien plongé du nord au sud et d'est en ouest dans la pauvreté, les inégalités, la guerre et l'intolérance religieuse, plusieurs femmes ont décidé de s'élever contre tous ces fléaux qui ravagent cet endroit de la planète, lieu de tous les équilibres géopolitiques et malheureusement instable.

La pauvreté est aujourd'hui terriblement présente dans cette partie du monde. En Inde ou au Bangladesh, les cadavres aux ventres vides jonchent les rues dans l'indifférence totale car ils font malheureusement partis d'une réalité quotidienne. De Bombay à Dacca, c'est une pauvreté lancinante qui s'accentue chaque jour un peu plus et dans laquelle le fait d'accéder à des toilettes propres constitue la richesse du foyer. L'Inde reste à ce titre le symbole des paradoxes.

Plus grande démocratie du monde, elle demeure malheureusement l'un des pays les plus cloisonnés et les plus inégalitaires avec des classes sociales figées dès la naissance, sans espoir d'ascension ou très peu. Ils sont nombreux à devoir subir les décisions des puissants et des mieux-nés. L'écrivain Arundhati Roy s'est élevée contre ces injustices. En dénonçant la construction de barrages, cette pacifiste, auteur du magnifique Dieu des petits riens, a mis en évidence les déplacements destructeurs de ces populations marginalisées, arrachées à leurs terres et à leur culture et des violences qui s'en accompagnent. Plus de 150 000 agriculteurs indiens se sont suicidés ces quinze dernières années en Inde.

L'action d'Arundhati Roy en faveur des plus humbles lui a valut le Prix Sydney de la Paix en 2004. Ces paysans de l'Etat du Gujarat en Inde rejoignent dans la longue litanie du sous-développement, les réfugiés climatiques du sud du Bangladesh qui viennent grossir les taudis de Dacca, frappés par le choléra et la lèpre qui existent encore dans cette partie alors qu'elle appartient dans nos pays au manuels de médecine au même titre que la peste noire du Moyen-Age.
On ne mesure pas complètement cette modification géopolitique majeure que constitue aujourd'hui le phénomène des réfugiés climatiques par exemple au Bangladesh où l'exode climatique des zones inondées, aujourd'hui rurales mais demain urbaines - Dacca la capitale risque d'être touchée à moyen terme - entraîneront exodes vers les pays voisins mais également augmentation de la pauvreté aux zones frontières, intolérance religieuse et malheureusement violences, guerres et déstabilisation régionale.
La guerre est le quotidien de bon nombres de Sri-Lankais du Nord coincés entre les Tigres tamouls qui, bien avant les sunnites de Bagdad, ont pratiqué les attentats suicides à grande échelle avec des enfants ou des personnes âgées, et les forces gouvernementales. Peu présents sur les écrans de télévision (sauf lors du massacre de dix-sept membres d'Action contre la Faim en 2006), cette sale guerre dure depuis plus de trente ans. Sunila Abeysekera, fondatrice de l'ONG Inform qui recense toutes les exactions (meurtres, viols) et autres violations des droits de l'homme a consacré sa vie - elle a fuit cette année aux Pays-Bas - durant ces vingt dernières années à faire la lumière sur la vérité de cette guerre.

Près de 3000 morts et plus de 200 000 déplacés ces trois dernières années caractérisent un conflit où se mêlent rivalités ethniques et religieuses et où les familles cachent leurs jeunes fils pour éviter qu'ils ne deviennent enfants soldats ou otages, où les enquêtes sur les assassinats ne sont que rarement diligentées et où les zones de crise ne sont plus accessibles pour les ONG humanitaires quant ils ne sont pas pris pour cibles. C'est dans ce contexte chaotique, dans lequel l'Europe devrait plus s'engager, qu'œuvre Sunila Abeysekra, récompensée cette année par Human Rights Watch.


Creuset des religions entre bouddhisme, hindouisme, christianisme et islam, le sous-continent indien a tragiquement fait l'expérience des intégrismes religieux les plus fanatiques et de son cortège de massacres et de persécutions, de la séparation sanglante entre l'Inde et le Pakistan en 1947 aux talibans pakistanais de nos jours en passant par la répression des sikhs dans la ville sainte d'Amritsar en 1984 par Indira Gandhi ou les persécutions de la communauté hindoue au Bangladesh Taslima Nasreen demeure la voix de cette dernière tragédie.

Cet écrivain, menacée de mort par une fatwa pour sa dénonciation de ces violences dans son ouvrage Lajja (La Honte), a pris le risque de vivre dans la peur pour que l'intolérance et son cortège d'injustices soient révélés au monde entier. Prêchant dans un désert où les affrontements religieux continuent d'avancer comme les sables du Thar, elle fait partie de ses trop rares pèlerins qui continuent d'avancer vers un dialogue des religions.
L'intégrisme religieux nourrit toutes les inégalités. Et celles visant les femmes sont malheureusement si criantes dans le sous-continent indien, qu'elles expliquent que certaines d'entre elles prennent la tête de combats que beaucoup estiment perdus d'avance. Crimes d'honneur, mariages forcés, vengeances à l'acide et suicides par immolation sont nombreux pour ces femmes qui vivent dans des sociétés où avoir une fille est souvent considérée comme une malédiction.

Au Pakistan, dans ce pays si fragile et qui concentre de nombreux maux, les soeurs Jilani-Jahangir ont fait de la défense des femmes et des droits de l'homme en général le combat gémellaire de leurs vies. Officiant toutes les deux comme rapporteure ou représentante spéciale des Nations-Unies sur ces thèmes, ces fondatrices du Conseil des Droits de l'Homme du Pakistan se battent pour que l'existence et les droits des femmes soient arrachés aux normes sociales et aux traditions et garantis en toute indépendance. Une fois de plus, les droits de l'homme avancent toujours plus lentement que ne reculent ces traditions qui minimisent ces crimes d'honneur, bien souvent approuvés par une partie d'opinion.
Ces quelques femmes parmi les centaines qui restent dans l'ombre mais dont le travail est tout aussi fondamental montrent qu'il existe dans cette région du monde des voix qui s'élève pour un monde meilleur. Cette femme de pêcheur sur la côte sud du Bangladesh résume la situation : « Partir ? Mais pour aller où ? Je préfère mourir ici »

Cette forme de résignation et de courage résument parfaitement l'état d'esprit de toutes ces femmes qui se battent au quotidien pour faire vivre la liberté, la justice et les droits de l'homme dans cette partie du monde : celui d'un combat incessant, permanent contre une situation jugée sans espoir et inéluctable. Une fois de plus, la lumière vient des femmes, héroïnes qui n'abandonnent jamais. Ne les oublions pas. Ne les oublions jamais.

Laurent PFAADT


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