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Bertrand Delanoë: la fidélité avant l’audace

Publié le 17 novembre 2008 par Lbouvet

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On ne sait pas encore qui, au Parti socialiste, a « gagné » le congrès de Reims, si tant est qu’un gagnant surgisse de ce chaos. Mais on sait d’ores et déjà qui l’a perdu. Etonnant perdant que Bertrand Delanoë tant il avait réussi, ces dernières années, à élaborer un cocktail aussi rare que précieux en politique en faisant rimer fidélité et audace. Il était ainsi apparu comme un homme neuf sur la scène socialiste – et dans les sondages d’opinion – tout en étant considéré par son parti comme un véritable militant de longue date. Or dans ce congrès du PS, pour son malheur, il a été fidèle à tout sauf à son audace. En perdant la bataille de Reims, il a montré ses faiblesses à ses adversaires et aux Français.
Pourtant Bertrand Delanoë n’avait pas manqué d’audace jusqu’ici, par exemple celle qu’il affichait dans son livre au titre éponyme au printemps. Il n’avait pas peur alors d’annoncer qu’il était à la fois « libéral et socialiste », renonçant ainsi aux facilités de la rhétorique socialiste, celle où le libéralisme n’est acceptable qu’à condition d’être politique. Il nous proposait en effet une vision réfléchie et articulée des rapports entre un socialisme fidèle à son exigence d’égalité – par le truchement de l’impôt et de la puissance publique notamment – et un libéralisme synonyme d’émancipation individuelle et de lutte contre les rentes de tout poil. Bref, il s’avançait comme un leader socialiste bien dans son siècle, prêt à perdre quelques soutiens chez les doxosophes de la rue de Solferino pour en gagner de nouveaux, bien plus nombreux, auprès des sociaux-réformistes.

Mais il a sacrifié cette audace à la fidélité. Celle-ci est certes une vertu lorsqu’il s’agit, par exemple, de considérer la politique comme une affaire de raison plutôt que de passion, à rebours de ce qu’incarne Ségolène Royal aux yeux de Bertrand Delanoë. En revanche, c’est assurément un défaut lorsqu’elle conduit à laisser des amitiés de trente ans (celle de la fameuse « bande du XVIIIe » par exemple) prendre le pas sur ses intérêts politiques. Ainsi, laisser Lionel Jospin et ses grognards jouer un énième match retour contre « l’usurpatrice » était une erreur. De même que s’allier avec un François Hollande totalement démonétisé ou se laisser enfermer dans le rôle de gardien d’un temple de Solferino en ruines. Erreur encore que de refuser une compétition libre et ouverte dans le cadre de primaires pour la désignation du futur candidat à l’élection présidentielle ou de faire du refus de l’alliance avec le MODEM un préalable à toute discussion stratégique. Erreur enfin que celle de renoncer à défendre une vision réformiste du socialisme contre le retour à un hypothétique âge d’or étatiste face à la crise du capitalisme. Ultime étape du chemin de croix, le soutien apporté in extremis, après avoir refusé tout accord avec elle, à Martine Aubry comme candidate au poste de Premier secrétaire du parti, témoignage s’il en est de la perte de repères et de sens tactique du Maire de Paris dans ce congrès. Bref, en renonçant à toute audace au profit d’une fidélité mortifère, Bertrand Delanoë n’a pas seulement perdu le congrès de Reims, il a très fortement hypothéqué ses chances pour 2012. Plus grave encore, au-delà de sa personne, il a affaibli celles d’une gauche réformiste à la fois solide et crédible, enfin capable de s’opposer aussi bien à une droite décomplexée qu’à une gauche pétrie d’orthodoxie.

Certains y verront la confirmation des insuffisances qu’ils décelaient déjà chez le Maire de Paris : le costume de leader du camp socialiste et de candidat potentiel à la présidentielle est trop grand pour lui. Son incapacité à « dépasser » le périphérique parisien et à gagner une élection hors de Paris, ne serait-ce qu’au sein du PS, étant ainsi démontrée. D’autres n’y verront qu’une suite d’erreurs tactiques qui peuvent encore être rattrapées, ne serait-ce que parce que diriger le PS dans les mois et années qui viennent sera tout sauf une promenade de santé, entre les nombreuses élections à perdre (européennes, régionales…), la gestion impossible d’un parti à reconstruire et les tentatives d’OPA sur les électeurs de gauche qui viendront de tous les côtés – de Nicolas Sarkozy, de François Bayrou et d’Olivier Besancenot. Certes 2012 est encore loin et, qui sait, être en réserve du parti ne sera peut-être pas la pire des situations le moment venu.

Posted in Gauche, Parti socialiste, Politique  


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