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Saga Belgica : la Flandre relance la guéguerre communautaire

Publié le 25 novembre 2008 par François Collette

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Le ministre régional flamand des Affaires intérieures, le libéral Marino Keulen, vient de secouer le cocotier sudiste en léthargie automnale en refusant une nouvelle fois de nommer les bourgmestres (maires) francophones de Linkebeek, Wezembeek-Oppem et Crainhem, trois communes flamandes dites “à facilités” attenantes à Bruxelles. N’en déplaise à tous ceux qui hurlent au scandale et menacent tous azimuts, il faut bien admettre que rien n’avait changé ni évolué dans ce dossier et qu’il n’a donc fait que rester fidèle à sa première décision ratifiée à l’unanimité par son gouvernement.

Pour rappel, ces trois élus sont recalés par la tutelle régionale pour avoir osé envoyer « en français » les convocations électorales aux citoyens francophones de leur commune, ce qui est totalement contraire à la loi flamande. Pour faire simple, les convocations devaient impérativement être envoyées en néerlandais, m’sieu dames, quitte à ce que les électeurs francophones mécontents la réclament ensuite en français. Alors, et seulement alors, la municipalité pouvait envoyer le précieux document en langue de Voltaire. Voilà le crime de lèse-majesté à Mère Flandre commis par ces trois vilains garnements. Vous dites faux-cul, surréaliste ? Bien vu. J’ajouterai : affligeante obsession linguistique.

Vu de l’étranger, vous conviendrez que c’est à la fois dingue et interpellant. Ces trois maires (en Wallonie on dit plus volontiers « maïeurs ») ont été élus démocratiquement et à une très large majorité lors des élections municipales de … juin 2007, il y a vingt mois. Mais de wet is de wet (la loi c’est la loi) et la Flandre n’est pas prête à la changer.

La démocratie est donc une nouvelle fois bafouée en Flandre pour des raisons qui dépassent l’entendement. La Belgique est un des rares pays démocratiques où l’élection d’un « bourgmestre » au suffrage universel doit être ratifiée par la « tutelle régionale », autrement le gouvernement régional. Il y a quelques années, c’était le Roy qui nommait les bourgmestres mais les temps ont changé. Cette disposition, porte ouverte à la subjectivité et à la mauvaise foi, a interpellé Michel Guégan et ses deux collègues envoyés au front par le Conseil de l’Europe en mai dernier et cela figure dans leur rapport.

Cette péripétie arrive justement quelques jours avant le débat sur « la situation de la démocratie locale en Belgique » au Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe (le 2 décembre à Strasbourg). A l’issue du débat auquel participeront les trois bourgmestres non nommés – mais pas le ministre Keulen qui a décliné l’invitation -, le Congrès examinera le rapport et les recommandations des trois envoyés spéciaux qui pourraient déboucher sur un monitoring de l’application de la « Charte européenne de l’autonomie locale en Belgique ». Le gouvernement flamand s’en fout car l’avis du COE n’est pas contraignant et ce n’est pas à quelques mois des élections régionales que les partis engagés dans la surenchère vont se défausser auprès de leurs électeurs.

Du côté des partis politiques francophones, on pousse une fois de plus des cris d’orfraie, on joue au scandalisé alors qu’il n’y a rien d’inattendu dans cette décision. Quant au bon peuple, il n’en a rien à cirer, préoccupé qu’il est par la déglingue de son pouvoir d’achat et des effets néfastes attendus de la crise économique. Mais, en Ubuland, c’est le « communautaire » qui conditionne la vie politique.

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