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La mutation écologique à l’épreuve de la crise économique

Publié le 01 décembre 2008 par Hmoreigne

 Poznan. Dans le chemin de croix de la lutte contre le réchauffement climatique, le nom de la ville polonaise inscrit son nom. Frappée par une crise économique majeure qui ne fait que débuter, l’humanité, à la croisée des chemins, hésite. Sacrifier la mutation écologique au profit d’un modèle économique à bout de souffle ou, à l’inverse, changer de paradigme et promouvoir une société de la modération.

Difficile de faire simple. La conférence des Nations unies sur le climat, qui s’ouvre ce lundi matin à Poznan (Pologne) rassemblera sur une quinzaine de jours près de 200 pays. Poznan est une étape dans la phase de négociations sur la mise en œuvre de l’après-Kyoto, qui doit se terminer lors de la conférence de Copenhague, en décembre 2009. Tout échec de la Conférence de Poznan rendrait quasi-impossible un accord à Copenhague.

Pour rajouter un peu plus de complexité, la conférence de Poznan recouvre deux négociations parallèles. L’une autour de la convention mère adoptée à Rio en 1992 qui engage les pays, l’autre, sur les suites à donner au protocole de Kyoto qui contraint les Etats. Illustration de cette dualité paradoxale, les États-Unis, qui ont adopté la convention de l’ONU, ont toujours refusé de se soumettre au protocole de Kyoto.

Au cours de la conférence, les pays industrialisés vont tenter de faire partager les contraintes environnementales aux grandes puissances économiques émergentes, notamment à la Chine désormais premier pollueur de la planète. Les pays en voie de développement n’apportent pas un refus catégorique à un effort. Ils assortissent leur accord à une aide des pays riches dont ils rappellent la responsabilité historique. Ils exigent surtout que les coûts soient assumés en proportion par ceux qui sont à l’origine du risque.

Les regards se tournent irrésistiblement vers la nouvelle équipe Obama qui ne sera pourtant présente qu’à titre d’observateur. Il y aura deux délégations américaines à Poznan. Celle de l’administration Bush finissante et celle du nouveau président qui a plusieurs fois annoncé un changement radical d’attitude des Etats-Unis. Toutefois derrière la bonne volonté affichée on s’interroge sur la capacité de la nouvelle équipe à faire changer de cap le super tanker américain en moins d’un an, avant la réunion de Copenhague.

L’Europe et la France qui la préside ont également une lourde responsabilité. L’empressement de Nicolas Sarkozy à vouloir signer un accord européen climat-énergie est ouvertement critiqué dans la mesure où il serait conclu à minima.

Pierre Veya dans le quotidien Suisse Le Temps relève ce recul qui ne dit pas son nom. « L’Europe, qui a toujours montré l’exemple, affronte l’opposition de l’Italie et de la Pologne, des grands groupes industriels qui refusent la mise aux enchères des droits de polluer, distribués jusqu’ici gratuitement. L’industrie automobile cherche par tous les moyens à bloquer les nouvelles normes environnementales et réclame des délais supplémentaires pour prendre le virage qu’elle n’a jamais entrepris. Pas plus tard que mercredi, les fabricants automobiles tentaient d’arracher à la présidence française un accord qui ralentirait l’introduction de nouvelles normes et surtout neutraliserait le système des amendes alors même que les industriels n’ont tenu aucune de leurs promesses. Initialement, l’objectif de l’Union européenne était de parvenir à des émissions de 95 g/km de CO2 d’ici à 2020 contre 160 g/km en moyenne actuellement. La France propose de ramener l’effort à 130 g/km pour 65% des nouvelles voitures en 2012, avec une augmentation progressive jusqu’à 100% en 2015. Ce renoncement n’est pas anodin: il compromet très sérieusement l’objectif de l’Union d’abaisser de 20% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 et ouvre la voie à d’autres renoncements».

Seule éclaircie dans ces sombres perspectives, le développement des technologies vertes au-delà de toutes les espérances. Pourtant, l’urgence à agir est tujours plus pressante. Les émissions de gaz à effet de serre ne cessent de s’accroître et n’ont jamais été aussi élevées. Or, à ce jour, seuls 37 pays industrialisés signataires du protocole de Kyoto, se sont auto-contraints.

La difficulté consiste à rendre économiquement compatible la mutation économique. Or, les temps écologiques économiques et politiques ne sont pas les mêmes. Les spécialistes chiffrent à plusieurs centaines de milliards de dollars par an les besoins financiers pour atténuer le réchauffement climatique auxquels viendraient s’ajouter des dizaines de milliards supplémentaires pour adapter l’économie aux nouveaux impératifs environnementaux.

Martin Beniston, professeur à l’Université de Genève et expert du Giec dresse un constat amer. « On a traîné les pieds. Ce qui n’aide pas, c’est la crise financière, qui va durer. On voit certains pays qui commencent ouvertement à dire qu’ils ne vont pas pouvoir respecter leurs engagements. L’Italie est ainsi prête à revenir sur son accord de réduire ses émissions de 50% d’ici à 2050. Je crois que cela va peser lourd dans les débats. Avec tout ce qui va être injecté pour la sauvegarde de l’économie, il ne restera plus grand-chose pour mettre en œuvre des politiques durables, qui nécessitent aussi des transformations du secteur de l’énergie, mais également de pans entiers de l’industrie. Cette crise arrive à un très mauvais moment ».

Le scientifique se veut réaliste sur le résultat de la conférence. « S’ils les Etats disent qu’ils ne reviennent pas en arrière, ce sera déjà pas mal. Certains vont utiliser l’excuse de la crise pour renâcler. Si le communiqué final parle d’aller de l’avant, ce sera déjà bien ».

En France, dans le cadre de la préparation du G20 de Washington du 15 novembre, Nicolas Sarkozy s’etait entretenu avec Nicolas Hulot. Selon le communiqué publié par l’Elysée, le chef de l’Etat et Nicolas Hulot « partagent le diagnostic que la crise économique actuelle n’est pas qu’une crise financière. Nos difficultés actuelles trouvent également leur origine dans l’épuisement des ressources naturelles de notre planète, notamment le pétrole ». « La crise actuelle peut offrir au monde une occasion d’établir les bases d’une croissance véritablement durable, respectueuse des hommes et de la planète », ajoute le communiqué.

Discours d’un côté, actes divergents de l’autre. Nicolas Hulot, l’homme qui murmure la petite musique écologique à l’oreille des politiques, a salué en ce texte une étape importante pour amorcer la mutation écologique de la France. Mais, il a aussi regretté la révision à la baisse de certains objectifs et mesures et déploré la frilosité du Parlement sur la fiscalité écologique.

« Fiscalité écologique », deux mots qui fâchent mais qui ne visent pourtant qu’à donner aux biens et services leurs valeurs réelles en intégrant le coût environnemental. Pour Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement, aujourd’hui ambassadeur du climat, pour la France dans les négociations internationales, « si on mettait en place des mécanismes de réduction de gaz à effet de serre trop brutaux, ils ne seraient pas acceptés. La hausse du prix de l’énergie cette année l’a bien montré. Un des enjeux de Poznan et de Copenhague consiste à mettre en place ces systèmes de négociation, d’accord et de partenariat qui seront nécessairement complexes ».

De son côté, Jean-Louis Borloo juge dans le quotidien Les Echos, que, « la croissance verte sera, au contraire, au coeur du redémarrage de l’économie. Nous construisons un nouveau concept de keynésianisme vert. L’écologie et la lutte contre le changement climatique sont devenues un élément important de la stratégie économique française, sous l’impulsion du président de la République ».

Le ministre, très optimiste, table sur la création de 500 000 emplois d’ici 2020. Une estimation ambitieuse qui repose sur un postulat qui ne l’est pas moins : atteindre l’équilibre financier des opérations par l’addition des économies réalisées sur les charges à venir. Parce que tout le problème, c’est que l’Etat Français n’a plus un zloty à mettre sur la table.


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