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À quand les crèches-prisons ?

Publié le 02 décembre 2008 par Jeanyvessecheresse
Comme le front De tous ceux-ci Qui vont en rond En flageolant sur leur fémur Débilité

Le long du mur

Fou de clarté ...

"En prison" - Paul Verlaine,1889

On va encore m'accuser de faire de l'anti-Dati primaire.

Madame Dati a confié à André Varinard, éminent spécialiste en droit pénal de la faculté de droit de Lyon, une commission chargée de réformer l'ordonnance de 1945 relative à la délinquance des mineurs ; ordonnance déjà réformée 30 fois depuis. Il faut, dit-elle, mettre de la cohérence dans tout cela.

En fait, on veut une fois encore condamner à l'enfermement plus de jeunes, moins âgés, plus vite et plus lourdement. Idéologiquement, on joue sur les peurs de la société à qui l'on serine :

Que c'est chez les moins de 13 ans que la délinquance progresse le plus. Or, la seule statistique disponible, la statistique judiciaire, note une remarquable stabilité : les moins de 13 ans ont 0,3% des condamnations en 2006, soit 8 fois moins que les plus de 60 ans. Vous devriez avoir plus peur de moi que d'un jeune encagoulé au regard de braise.

" Il y a 204 000 mineurs qui sont mis en cause pour des actes graves [...] des violeurs, des gens qui commettent des enlèvements, des trafics de produits stupéfiants, qui brûlent des bus dans lesquels il y a des personnes [...] " (Dati sur France 2 le 16/10). Or, 98,7% de cette délinquance sont des vols, des dégradations, des bagarres, des usages de drogue, etc... Et Madame Dati de rajouter : " alors qu'on a une réponse beaucoup plus ferme sur les mineurs délinquants, la délinquance des mineurs continue d'augmenter ". Or, parmi les personnes "mises en cause" par la police, la part des mineurs baisse depuis 10 ans, passant de 22% en 1998 à 18% en 2007.

Comme le dit le sociologue Laurent Mucchielli : " le diagnostic sur l'évolution de la délinquance des mineurs, avancé pour justifier un nouveau durcissement de l'arsenal pénal, n'est en réalité ni neutre, ni objectif, ni fondé. "

Julien s'est suicidé le 2 février dernier dans l'établissement pénitentiaire pour mineurs de Meyzieu. Il avait 16 ans. Dans cet établissement " modèle ", les alertes des éducateurs et psychologues n'ont pas fonctionné, le directeur n'a pas trouvé mieux que de conseiller au jeune déprimé de réfléchir au thème du suicide. Pendant ce temps, la Protection Judiciaire de la Jeunesse voit les moyens dédiés à la prévention supprimés.

Une première infraction, un premier délit, doit appeler une première sanction, mais l'enfermement, fut-il dans un centre pour mineurs, doit être réservé aux actes les plus graves. Faute de quoi les suicides et les récidives croîtront.

Je ne sais pas si la condamnation de Julien à deux mois de prison pour vol avec violence était la plus pertinente des mesures à prendre, mais je suis persuadé que notre société va encore longtemps continuer à dissimuler sa peur derrière les rodomontades sécuritaires de nos gouvernants.

Jean-Paul Schmitt

Lyon, le 2 décembre 2008.


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