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Affaire de Filippis : Nicolas Sarkozy joue la récupération

Publié le 02 décembre 2008 par Hmoreigne

Malin comme un Sarkozy. Dans l’embarrassante affaire de Filippis du nom de l’ex-directeur de la publication de Libération appréhendé dans des conditions plus que critiquables, le président de la république a choisi son camp. Ce sera celui de l’opinion quitte, à désavouer ses propres ministres.

La fibre émotive, c’est en grande partie l’une des clés du fonctionnement et de la réussite politique de Nicolas Sarkozy.  Après un week-end de controverse alimenté par des médias furieux du sort réservé à l’un des leurs, le président de la république dès lundi a déclaré comprendre « l’émoi » suscité par l’interpellation controversée de Vittorio de Filippis, en total décalage avec Michèle Alliot-Marie et Rachida Dati qui ont pris la défense de leurs administrations.

Dépassant le cas d’espèce, le chef de l’Etat a annoncé une réflexion sur « une procédure pénale plus respectueuse des droits et de la dignité des personnes ». Maître Eolas, l’avocat blogueur  le plus célèbre de la toile offre à ses lecteurs une analyse du dossier fort intéressante (cliquez ici ).

L’affaire de Filippis n’est que la partie émergée d’une lente dérive de nos institutions en terme de libertés publiques. Outre des prisons indignes d’une démocratie qui n’émeuvent et ne font bouger les politiques que s’ils y ont fait un séjour, on découvre désormais des dérives courantes dans l’application des procédures pénales et l’attitude des forces de police. Nicolas Sarkozy a évoqué la mise en œuvre possible, après examen début 2009 par le Parlement, de la proposition de la mission Guinchard visant dans un cadre général de simplification des procédures, la dépénalisation de la diffamation. Il ne s’agit là que d’un pis-aller.

Le problème n’est pas d’offrir des procédures précautionneuses aux puissants mais de garantir aux citoyens anonymes le simple respect de leurs droits. C’est pour cela que Nicolas Sarkozy est allé plus loin en demandant une procédure pénale «plus respectueuse des droits et de la dignité des personnes».

L’affaire est tombée à point pour la gauche parlementaire en manque d’inspiration face au projet de réforme de l’audiovisuel. Et voilà les députés soudainement mués en défenseur de la presse. Noël Mamère dénonce une nouvelle fois la double attitude de Nicolas Sarkozy avec des discours en contradiction avec les actes, ce qu’il qualifie de “populisme émotionnel”. Cette “tyrannie de l’émotion’ dénoncée par le député de Gironde ne doit pas faire oublier que le fond du problème est bien que le parlement garant du respect des libertés individuelles ne se soucie plus depuis longtemps des coups de canifs qui lui sont portés.

Attention toutefois à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il appartient aux institutions mises en causes de faire preuve de leur capacité à s’auto-réguler. En opposition Rachida Dati, sa ministre de tutelle qui a évoqué un peu précipitamment une procédure « tout à fait régulière », le premier président de la cour d’appel de Paris, Jean-Claude Magendie, a demandé des explications sur les conditions dans lesquelles a été délivré et appliqué le mandat d’amener. Yannick Danio de l’UNSA Police a reconnu un traitement surprenant et évoque une affaire qui nuit à la police et à la justice. Le syndicaliste prône une très grande transparence tout en rappelant que les policiers ont vraisemblablement agi dans le cadre d’une commission rogatoire.

Pourtant, le diable se niche dans le détail, dans l’interprétation et la mise en application des textes. Tout citoyen est en droit d’attendre un minimum de respect de sa dignité. Au-delà du cas d’espèce de Vittorio de Filippis, c’est la brutalité du système pénal français qui est mis en cause. Le quotidien Suisse Le Temps ne s’y est pas trompé aidé dans son analyse par un certain recul : « L’interpellation du journaliste de Libération rappelle de vieux travers du système judiciaire français: procédure inquisitoire, juges hautains, policiers qui insultent, usage abusif de la force et de la détention provisoire ».

Un constat pertinent confirmé par les propos révélateurs de l’association française de la presse judiciaire «Notre confrère a été traité comme de nombreux citoyens, victimes du zèle de certains fonctionnaires de police et de quelques magistrats qui estiment que rendre la justice, c’est d’abord humilier les gens».


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