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Si la «légende» de Wall Street» m’était «comptée» : une fraude portant sur 50 millions de $ !

Publié le 14 décembre 2008 par Kamizole

bernard-l-madoff-30-dec-1999.1229277634.jpgIl est des chiffres qui donnent le tournis ! Pour nous qui vivons dans le monde «normal», il y a quelque chose d’hallucinant que cette valse de dizaines, voire de centaines de millions de dollars «étouffés» par la crise financière… Assurément nous ne vivons pas du tout sur la même planète…

La mienne, avec des revenus de petite retraitée, serait plutôt d’ailleurs la «Planète pauvre» - territoire inconnu des traders, dirigeants de banque et autres financiers…- et ouvertement méprisé par ceux qui nous gouvernent hic et nunc !

Cette nouvelle affaire s’inscrit dans la lignée des grands scandales financiers qui ont émaillé la dernière décennie, depuis le scandale de la faillite frauduleuse d’Enron en décembre 2001 jusqu’au scandale qui a touché Parmalat en novembre 2003, en passant par WorldCom au début de l’été 2002…

Il y en eut d’autres, fort nombreux, mais moins emblématiques et retentissants : la faillite d’Enron entraîna le licenciement de 5 600 personnes et fait s’évaporer 68 milliards de dollars de capitalisation… Toute ressemblance avec les événement actuels n’est nullement fortuite.

Je ne peux que vous recommander deux lectures aussi instructives qu’intéressantes : un scandale presque légal - Enron, symbole d’un système de Serge Halimi (Monde Diplomatique de mars 2002) et Le scandale Parmalat d’Ignacio Ramonet (Monde Diplomatique de février 2004).

Pour faire bonne mesure, j’ajoute bien volontiers deux articles d’Ibrahim Warde, parus également dans le Monde Diplomatique : Les maîtres auxiliaires des marchés - Ces puissantes officines qui notent les Etats (février 1997) qui montre à l’envi que le pouvoir de nuisance des «agences de notation» ne date pas d’hier et qu’il est fort insupportable de lire, au lendemain du krach boursier du 11 septembre qu’elles refusaient tout contrôle des Etats ou d’une quelconque instance internationale, comme en témoigne un article paru dans Le Monde…

Les agences de notation s’inquiètent, par Claire Gatinois
LE MONDE | 08.09.08 ©
Si la «légende» de Wall Street» m’était «comptée» : une fraude portant sur 50 millions de $ !

Un capitalisme hors de contrôle -La dérive des nouveaux produits financiers de… juillet 1994 ! Preuve s’il en est besoin que le phénomène ne date pas d’aujourd’hui et qu’il est aussi consternant que (presque) risible de voir de distingués économiste s’apercevoir aujourd’hui seulement de la «toxicité» de ces produits…

Ils sont à peu près aussi crédibles que des gamins qui joueraient avec des pétards près d’une flamme et s’étonnent ensuite qu’il leur pète à la figure : «il n’est pire sourd que celui qui ne veut point entendre, pire aveugle que celui qui ne veut point voir» !

Cette nouvelle affaire ne sera sûrement pas la dernière ! il ne faut pas être grand clerc pour subodorer que, crise financière aidant, les «gendarmes de la Bourse» - à New York comme dans d’autres places – découvriront d’autres «pots aux roses» soigneusement cachés dans des sociétés opaques : qui cherche trouve !

Une légende de Wall Street inculpée d’une fraude qui pourrait atteindre 50 milliards de dollars
LEMONDE.FR | 12.12.08 ©
Si la «légende» de Wall Street» m’était «comptée» : une fraude portant sur 50 millions de $ !

Le Monde nous présente Bernard Madoff comme une des «légendes» de Wall Street…

A-t-il seulement une existence réelle ? Assurément, puisqu’il risque 20 ans de prison. Il en sortirait à 90 ans, sinon «les pieds devant» comme Bernard Ebbers, ancien PDG de WorldCom, un de ses alter ego en escroquerie…

Sur le Monde.fr, Un commentateur un peu subtil et ironique décomposait son nom : «mad : fou» et «off», adverbe de lieu qui a plusieurs sens, dont “éloigné” ou “fermé”…

Je traduirais volontiers l’ensemble par «à côté de ses pompes» ! Mais c’est un petit jeu très personnel et n’ayant aucune prétention en la matière, j’attends - en rigolant - les rodomontades des anglicistes confirmés…

A en croire mon bon sens - confirmé par le Petit Robert - la vie les êtres de légende se perd dans la nuit des temps, leurs faits et gestes étant magnifiés.

Ce fut le cas pour la première acception du terme : récit de la vie d’un saint, destiné à être lu à l’office de matines…conformément à l’étymologie du terme en latin médiéval : «ce qui doit être lu»… en passant par «legere : lire» car sinon «légende» au sens de merveilleux se traduit par «fabula» et point n’est besoin d’en dire davantage.

Dans une 3ème acception, la légende est la représentation de faits ou de personnages réels accréditée dans l’opinion mais déformée ou amplifiée par l’imagination ou la partialité…

Ainsi, avoir tressé une couronne de lauriers à pareille crapule que Robert Madoff me semble bien conforme à l’esprit de notre époque qui porte au pinacle l’argent-roi et tous ses grands prêtres sacrifiant au culte du «Veau d’Or»… et choisit donc les «modèles» qu’elle donne pour «l’édification des masses» … On a les religions que l’on mérite !

La 4ème acception s’inscrit donc bien dans cette dérive : l’inscription pouvant figurer sur une médaille, une monnaie… Sauf que la monnaie – scripturale et virtuelle de Wall Street – est tout bonnement devenue de la… fausse monnaie !

Or, la technique utilisée par Robert Madoff – qui fut dirigeant du Nasdaq, la deuxième Bourse de New York après le New York Stock Exchange – n’est rien de moins qu’une sorte de création de «fausse monnaie»

Elle est d’ailleurs d’une simplicité enfantine : connue dans le droit des affaires et la comptabilité (notamment pour les lettres de change et autres effets de commerce) sous le nom de «cavalerie», elle consiste à emprunter de l’argent en permanence tout en remboursant les premiers créanciers avant l’argent frais remis par les prêteurs les plus récents.

A côté de sa société ayant pignon sur rue : «Bernard L. Madoff Investment Securities», une des plus réputées à Wall Street ! Madoff gérait également un fonds spéculatif «quasi secret» ! - c’est moi qui souligne - qui aurait accumulé des pertes astronomiques en s’adonnant à des montages financiers qui reposaient sur le scénario que je viens de décrire .

En un mot, Madoff spéculait à mort comme tous les «malades» de Wall Street - il a reconnu avoir personnellement placé et perdu l’argent de ses clients ! - et cela eût pu continuer longtemps sinon éternellement sans le krach boursier du 11 septembre 2008 – curieuse coïncidence de date, au demeurant, pour deux séismes ayant frappé les Etats-Unis au cœur…

Qu’il put y avoir des fonds spéculatifs (Hedge funds) totalement occultes témoigne à l’envie de la perversité d’un système sans régulation ni contrôle. A quoi sert la SEC ? Autorité de régulation des marchés financiers – équivalent de notre AMF, autorité chargée du contrôle des opérations financières qui a remplacé la COB – sinon à jouer les pompiers quand le feu a pris et tout détruit ou peu s’en faut…

Au demeurant, ses enquêteurs «qui passent les bureaux de la compagnie au peigne fin pour tenter d’estimer le montant réel des pertes, craignent que la quasi-totalité des actifs du fonds spéculatif soient en réalité fictifs»

Il y a belle heurette que je dis et écris que tout cet argent dont on nous rebat les oreilles à longueur de journée, notamment dans les chroniques boursières – les fameux «flux» d’échanges boursiers… n’a guère d’existence que virtuelle…

Mais le problème majeur vient de la déconnexion de ce système quasi autonome d’avec «l’économie réelle» dont on n’aura jamais entendu autant parler que depuis quelques mois… Elle été dédaignée par les financiers comme s’il eût s’agi de mettre les mains dans le cambouis pour faire marcher un moteur : «Pouah» ! s’écrie celui qui méprisera le travail manuel…

D’une part, ce sont les «lois» de l’économie financière que l’on a dictées à l’économe réelle - pour la «création de valeur» - terme qui fut en vogue il y a quelques années, inséparable d’ailleurs de «retour sur investis-sement», ils doivent être entendus par le maximum de profit (15 % sinon rien !) dans le minimum de temps pour le seul profit d’actionnaires de plus en plus avides…

D’autre part, ces prédateurs se sont «servis sur la bête» qu’ils ont laissée exsangue, les pays développés et leurs habitants mis «sur le carreau» par les ravages de la mondialisation et des délocalisations…

Enfin, la crise financière étant venue frapper l’ensemble de la planète et l’économie réelle, ce sont les «vrais gens» qui sont bien loin de ces «légendes dorées» dont l’auréole a perdu définitivement tout éclat. – du moins faut-il l’espérer – qui en subissent au maximum les retombées, la crise devant économique et sociale.

J’aimerais être optimiste et croire toutes les fariboles que l’on nous a serinées, du style «plus jamais ça» mais je ne puis : c’est une promesse que j’ai trop entendue pour moult sujets…

J’emprunterais donc la morale de cette «légende» à ce qu’écrivait Ignacio Ramonet en février 2004, en conclusion de son article : «Après la faillite d’Enron, les partisans de la mondialisation libérale affirmaient que c’en était fini des patrons voyous, des entreprises fripouilles et de l’horreur économique. Et que cette affaire avait été en fin de comptes bénéfique, puisqu’elle aurait permis au système de se corriger. Le scandale Parmalat prouve qu’il n’en est rien»

A mon avis, il en sera exactement de même pour l’actuelle crise financière… Tout repartira comme avant – sinon en pire ! – les financiers n’ayant rien compris ni retenu, non plus que les politiciens.


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