Ça évoque un peu
l'éternel retour. Chaque hiver, les baraques de foire, les
trains fantômes, le grand huit et ces machines compliquées
pour que des gens sanglés sur des sièges en plastique
aient l'estomac retourné. Le Luna Park.
L'après-midi il y a les
familles, grands-parents concernés, gamins sur les carrousels,
mamans soucieuses de donner aux gosses la dose d'amusement à
quoi ils ont droit. Ne pas en faire des asociaux. Qu'ils participent
à la fête. Qu'on ne puisse pas dire que seuls à
l'école, ils n'ont pas chevauché les chevaux aux
crinières figées ou pris place dans les petites
voitures de course rouges et les avions qui s'élèvent
un peu.
Le soir viennent des ados en bandes.
Les filles et les garçons se guettent, attroupés autour
des auto-tamponneuses. Les bonnes copines servent de confidentes ou
d'entremetteuses. Il y a des larmes, des meilleurs amis et des je
m'en fous de cette connasse.
Puis vient ce moment dans la nuit où
les lumières clignotent encore, où les musiques
résonnent un peu lointaines. Les forains rangent le matériel.
Une infinie tristesse s'abat.
Il est temps de rentrer ou de boire un
petit marc dans la chaleur d'un café.