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Episode 23 : Palais-Royal...

Par Michel Crémadès

En 1992, j'ai le grand bonheur de travailler avec Daniel Prévost dans « Le Grand Jeu » de Philippe Hodara et Bruno Chapelle, la mise en scène sera de Daniel Colas.

Lorsque l'on bosse avec Daniel Prévost, il faut s'attendre à tout, c'est ainsi que sur une des scènes de la pièce, je l'ai vu faire 15 versions différentes, toutes aussi bonnes les unes que les autres.

Jean Rougerie, qui faisait partie de la distribution, me disait :

« Depuis les années que je fais du théâtre, c'est la première fois que je vois ça, c'est totalement renversant ! »

Daniel, dès sa première entrée arrivait côté cour, le lendemain, c'était à jardin, il trouvait à chaque fois des accessoires nouveaux, son jeu se calait à son humeur toujours joyeuse et pétillante.

Avec Daniel Russo, qui jouait dans la pièce, nous avions vite compris. Il faut s'accrocher aux fenêtres du TGV ou bien adieu !

Quel bonhomme ! Lorsque l'on a partagé un plateau de théâtre avec lui, on est vacciné. Son regard, sa présence sont des éléments qui vous poussent à donner le meilleur de vous-même.

Puis l'année d'après, je reviens au cinéma dans « Profil bas » avec Patrick Bruel.

Garçon charmant avec qui j'avais déjà fait connaissance par le biais du sport. Nous avions joué à Bordeaux au Stade Chaban-Delmas, dans la même équipe d'artistes, opposés à des avocats Marseillais, et ce, en levée de rideau de Bordeaux/Marseille (Division 1). Quelle ambiance! A peine étions nous entrés sur la pelouse que le public, chauffé à blanc, nous traitait de tous les noms. Il valait mieux éviter d'aller du côté des supporters de Marseille vu que nous portions les maillots de Bordeaux!

Malgré la présence du groupe Gold avec Lucien Crémadès (Guitare et chants), mais oui, de Francis Cabrel, et de bien d'autres, nous avions perdu !J'ai retrouvé Patrick lors de tournois de tennis de table. C'est un super joueur, rapide, incisif et surtout il a toujours la volonté de gagner.

Mais revenons à « Profil bas ».

J'apparais dès le début du film gisant dans un parking lugubre, comme un vieux clodo altéré par la vie et la drogue. On m'enlève, on me plante une seringue dans le bras afin de tester un arrivage de cocaïne. Il parait que c'est courant, avant de payer la marchandise, certains gros dealers ramassent des pauvres types dans la rue et testent sur eux la marchandise.

Ainsi ils sont sûrs de la qualité du « produit » avant de la faire vendre.

C'est plutôt généreux de leur part, non?...

C'est un film qui a pas mal marché, du coup mes voisins me regardaient d'un drôle d'air, alors que promis, juré, je n'ai jamais touché de drogue de ma vie !

Mais remontons le temps. (Episode 13)

Je me souviens que lorsque je jouais au  Café d'Edgar « Apocalypse Na ! », un soir à la fin de la représentation, le régisseur était venu me trouver pour me dire :

« Monsieur Jean-Michel Rouzière est dans la salle, il a vu la pièce ce soir et voudrait te dire un petit mot »

Ce nom résonne à mes oreilles comme celui du Messie. C'est l'homme DU théâtre, celui qui, entre autre, a monté « La Cage aux Folles ».

Petite anecdote en passant, ce titre dérangeait Jean-Michel Rouzière. Il avait proposé à Jean Poiret d'en changer et avait soumis l'idée saugrenue d'appeler la pièce « Prout ! ». Heureusement cela ne s'est pas fait !!!

J'en reviens à mon régisseur, j'éclate de rire, lui dis que sa blague est bonne mais que ça ne marche pas avec moi.

Comment un Monsieur comme lui peut-il aller dans une toute petite salle de spectacle, assis sur des petits sièges inconfortables afin de voir une pièce de Café-Théâtre ? Jean-Michel Rouzière, directeur des théâtres du Palais-Royal et du théâtre des Variétés ne peut pas se commettre dans un petit lieu pareil !!!

Pourtant, mon rideau de loge s'entrouvre et apparaît en costume trois pièces ce monsieur à l'élégance si raffinée. Il nous félicite tous les trois pour notre prestation et me demande de passer le voir le lendemain au Théâtre du Palais-Royal.

Inutile de dire que je n'ai pas dormi de la nuit !

J'arrive avec une demi heure d'avance, un peu tremblant, me présente à la caisse puis Madame Bloch, son assistante de l'époque me conduit jusqu'au bureau du grand patron tout en me disant :

« C'est vous monsieur Crémadès ! Je ne sais pas ce que vous lui avez fait, mais depuis ce matin Monsieur Rouzière ne parle que de vous !!! »

Gloupppp? Quel regret de n'avoir pu enregistrer ces quelques mots qui ont fait monter mon ego à 14 sur l'échelle de l'EgoRichter qui va jusqu'à 15.

Je suis accueilli par lui avec un grand sourire, son bureau sentait bon le cuir, chaque objet avait sa place, aucun désordre, les affiches au mur étaient mises avec finesse et réflexion, bref ce monsieur était quelqu'un de précis, rigoureux voire peut-être un peu maniaque.

Il était assis derrière son bureau, j'étais en face de lui et je l'écoutais dire le plus grand bien de ma personne. De temps en temps cela fait du bien, non ?!!!

« Là où vous êtes assis, mon cher Michel, se sont assis les plus grands ».

Ils commencent à énoncer la liste de tous les plus immenses comédiens qui ont joué dans ces lieux et ont rempli ma tête des plus grands souvenirs !

Je pense que pendant trente minutes j'ai cru être assis sur un nuage en train de parler avec Dieu le Père.

Il me raccompagne à la porte en me disant texto:

« Je veux être le premier directeur d'un grand théâtre Parisien à vous faire travailler. »

Malheureusement, un infarctus ne lui laissera pas le temps de réaliser son souhait.

Après cet entretien, au lieu de rentrer chez moi en métro, comme d'habitude, je crois que je suis rentré en volant au dessus des toits de Paris!

Lors du tournage du téléfilm « Les Cravates Léopards » ( Episode 20), j'avais rencontré Michèle Laroque et son mari de l'époque Dominique Deschamps. Ils me parlent d'un projet théâtral pour lequel ils pensent à moi.

Quelques temps plus tard, Michèle me téléphone et me parle d'une lecture qui se fait dans le lieu qui veut monter la pièce « Silence en coulisses », à savoir le théâtre du Palais-Royal !!!

Monsieur Rouzière était mort en 1989, mais son souhait sera exaucé.

C'est dans ce magnifique lieu que j'allais commencer vraiment ma carrière d'homme des planches.

A la direction du théâtre, un trio de choc, Francis Nani, Francis Lemonnier et Christian Azzopardi, qui tiennent également le fameux restaurant le Coupe-Chou.

Pour la rentrée 1993, ils ont la joie d'accueillir une de leurs plus fidèles amies en la personne de Marthe Villalonga qui, avec sa verve et son pétillant habituels, est l'une des héroïnes de « Silence en coulisses » !

 C'est une pièce de théâtre de Michael Frayn dans une mise en scène de Jean-Luc Moreau.

Aux côtés de Marthe, Michel Duchaussoy, Michèle Laroque, Julie Arnold, Maurice Chevit, Laurent Gamelon, Guilhem Pellegrin et Julie Marboeuf.

C'est, pour moi, une des pièces les plus drôles qui n'ait été écrite, vraiment !

Le thème : Une troupe d'acteurs hétéroclites répète un vaudeville imbuvable, sous le regard d'un metteur en scène au bord de la crise de nerfs. On est à la veille de la première et rien de marche comme prévu. D'acte en acte, de première en tournée, tout se déglingue... Entre les coulisses et la scène c'est la confusion totale et dans la salle, la vraie, les spectateurs découvrent tout ce que l'on prend soin de leur cacher d'habitude, l'envers du décor!...

Pour les comédiens, c'est vraiment épuisant à jouer, à tel point qu'entre les répétitions harassantes et les premières représentations, les pépins démarrent !

Laurent Gamelon se casse le pied, il est remplacé par Jean Luc Moreau qui, faisant une chute, s'ouvre le front (10 points de suture). C'est Xavier Letourneur qui reprendra son rôle.

Maurice Chevit est obligé d'arrêter pour un problème cardiaque, remplacé par Etienne Bierry, Michel Duchaussoy arrête en janvier, c'est Francis Lemonnier qui reprend le rôle, et pour finir, Marthe Villalonga se casse le bras.

Nous décidons, suite à cet accident, de mettre fin aux représentations.

L'auteur Anglais nous avouera que sa pièce est si « tuante » à jouer que partout dans le monde où elle a été montée, les comédiens ont eu des accidents !

D'ailleurs, dix ans plus tôt, Robert Dhéry avait mis en scène cette même pièce sous le nom de « En sourdine les sardines » et Jean Luc Moreau, qui jouait dedans avait eu un accident de moto qui mit un terme aux représentations.

Pièce maudite ou pas, c'est un chef d'oeuvre d'écriture et de drôleries.

Allez, on se retrouve en septembre pour un autre épisode !

Donc je vous dis, à moins qu'il ne m'arrive une mésaventure comme dans cette pièce...


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