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La démagogie et le populisme n'aideront pas à résoudre la crise

Publié le 29 décembre 2008 par Frédéric-Michel Chevalier
En ces temps de crise, et à l'approche du Nouvel An, les dépenses des collectivités locales pour les festivités de fin d'année et les cérémonies de voeux deviennent le thème à la mode dans les médias.
Les fêtes de fin d'années seraient-elles devenues politiquement incorrectes ? C'est du moins la question que pose Rue89, sous la plume d'Hélène Franchineau, étudiante en journalisme dans un article titré : "Crise : les collectivités font des vœux au rabais" qui pointe une nouvelle fois Puteaux du doigt, s'appuyant sur les prises de position populistes de Christophe Grébert (ex PS reconverti au MoDem).

Jean-christophe-fromantinjpg Même Neuilly s'y met !
Cette année, la ville a renoncé à faire appel à un traiteur de prestige et le champagne sera remplacé par du vin blanc à 3€80 ! Une décision que la stagiaire de rue 89 qualifie de courageuse. Le directeur de cabinet de Jean-Christophe Fromantin justifie cette décision par la "forte dimension sociale" de la politique du maire et la nécessité de "ne pas donner de sentiment de décalage avec la société". Soyons sérieux, si la population de Neuilly est touchée par la crise, elle n'est certainement pas aux portes des restos du coeur et je serais bien curieux de savoir combien de Neuilléens ont remplacé le champagne par du vin blanc bas de gamme au réveillon de Noël.
Par ce type de mesure d'affichage, on caresse certes le peuple dans le sens du poil, mais on commet un acte de démagogie politique désastreux. En effet, derrière les traiteurs et les producteurs de champagne déjà très atteints par le ralentissement de la consommation du à la crise, il y a des emplois. Et ce n'est pas en réduisant les dépenses au nom d'économies inutiles qu'on les préservera. Neuilly, qui affiche un des taux d'imposition locale les plus bas de France n'est pas, que je sache, au bord de la faillite. Que Jean-Christophe Fromantin va-t-il faire de l'argent ainsi économisé ? Il est nécessaire de le dépenser pour soutenir l'économie et, s'il veut mettre en avant la dimension sociale de sa politique, pourquoi n'en ferait-il pas don à une association caritative pour venir en aide aux plus démunis qui résident hors de sa commune ? Au moins, l'argent aiderait ceux qui soufrent de la crise, tout en contribuant à faire tourner l'économie. Son geste politique aurait alors un sens. Mais, d'après l'article de rue 89, il se garde bien de publier les dépenses de cette année et on ne sait rien du montant des économies réalisées.
200px-Claude_Bartolone De son côté, le Conseil général du 93, un département défavorisé, annonce qu'il a annulé la cérémonie des voeux aux personnalités qui coûtait 900 000 euros. "Au menu de l’édition précédente : des décorations, un traiteur de luxe, petits fours et 3000 invités", nous apprend l'article de rue 89 (tiens, même chez les socialo-communistes, on festoyait en faisant appel à des "traiteurs de luxe"... ). A l'inverse de Neuilly, il s'agit-là d'une sage décision du président du Conseil Général de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolonné (PS). Son département détient le triste record du département le plus endetté de France avec 900 millions d'euros de dette, dont 97 % sont des dettes toxiques dues à des montages financiers dangereux de son prédecesseur communiste. Ces montages financiers, appelés prêts structurés sont de véritables subprimes à la française. Ils posent problème en cette période de crise financière car, après quelques années de remboursements à taux fixes (et relativement bas), les collectivités sont soumises à des taux variables, appuyés sur des valeurs exotiques (cours du yen, du dollar, des différentes Bourses mondiales), particulièrement malmenées ces temps-ci. Ce qui pourrait bien conduire le département 93 à la faillite, sans l'intervention de l'Etat par le biais un plan de sauvetage des collectivités locales et territoriales spéculatrices qui coûtera plusieurs milliards d'Euros aux contribuables français. Dans ces conditions, il serait effectivement indécent de rajouter 900 000 euros de dépenses pour fêter la nouvelle année.

Du côté de l'Etat, la rigueur est également de mise. "Matignon l’a demandé aux ministères : il faut veiller, en ces temps de crise, à éviter toute dépense inutile, y compris pour ce qui touche à Noël et aux traditionnelles cérémonies de vœux du Nouvel an." La aussi, les consignes de François Fillon sont raisonnables : avec le plan de relance de l'économie, le déficit budgétaire de la France va passer en 2009 de 57,6 milliards d'euros à 70 milliards (3,9% du PIB). Il faut donc faire des choix. Le gouvernement a fait le sien : soutenir l'économie pour éviter l'effondrement du système et réduire le train de vie de l'Etat pour ne pas compromettre l'objectif de ramener le déficit à 1% du PIB en 2012. La dette cumulée s'élève à près 1300 milliars d'euros.

La situation est toute autre au Conseil général des Hauts-de-Seine, premier département économique de France, où le président, Patrick Devedjian a maintenu la cérémonie de voeux aux personnalités le 13 janvier. Une cérémonie à laquelle j'assisterai, en tant qu'élu. Le ministre de la relance de l'économie, précise qu'il l'a maintenue pour lutter contre la sinistrose. Il a parfaitement raison, d'autant plus que son département en a les moyens, ce qui n'empêche pas de modérer les dépenses.

Le "cas unique" de Puteaux

Puteaux_neige
 Bien évidemment, l'article de rue 89 pointe "le cas unique" de Puteaux.
"Dans ce paysage de désolation festive, une ville brille toujours par le faste des évènements." , écrit la stagiaire de rue 89. "A Puteaux (Hauts-de-Seine), ville de 42 000 habitants dirigée par Joëlle Ceccaldi-Raynaud (UMP), les décorations de Noël coûtent, cette année comme les précédentes, 1 million d’euros. Sans compter les 900 000 euros pour l’animation Puteaux en neige, qui offre pendant deux semaines deux patinoires et quelques autres activités." Puisant ses sources d'informations sur MonPuteaux.com, dont l'auteur est qualifié de "célèbre blogueur", comme pour justifier la fiabilité de sa source, elle cite Christophe Grébert : "le maire réduit à la marge, une économie de 100 000 euros sur un million, ce n’est pas grand-chose. On est dans la gabegie". Et d'ajouter le coût du Monopoly de Puteaux (83 300 euros), dont une partie restera à la charge de la municipalité après la vente de 2000 exemplaires à 32€. Sans plus d'analyse de la situation économique de la ville, ni de travail journalistique.
Personnellement, j'en ai marre de cette opposition démagogique et mensongère qui consiste à dénoncer chaque jour de prétendus gaspillage avec des accents populistes. Elu sur une liste d'opposition conduite par Christophe Grébert, je ne peux que m'en éloigner chaque jour un peu plus, par honnêteté intellectuelle.

Les Putéoliens ont droit à la vérité.
Si Puteaux est bien un cas unique, c'est par sa situation particulière liée à la manne de la taxe professionnelle de la Défense - un juste retour sur les nuisances causées par le quartier d'affaires - et par la qualité de la gestion municipale.
Contrairement à la plupart des villes de France, Puteaux n'a pas de dette.
Elle autofinance ses dépenses de fonctionnement et ses investissements. Cela rend notre ville moins vulnérable à la crise économique et financière actuelle. Elle ne sera notamment pas concernée par les difficultés d'accès aux financement qui se profilent pour les collectivités locales en 2009. La fiscalité locale y est une des plus basse de France, et le Maire, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, s'est engagée à ne pas augmenter les impôts au cours de son mandat. Il n'y aura donc pas d'augmentation des impôts locaux dans le budget 2009. On est donc très loin de la situation du département de Seine-Saint-Denis ou de villes comme Grenoble, Tours, Mulhouse, Reims, Marseille ou encore de la Communauté Urbaine de Lille présidée par Martine Aubry (Premier secrétaire du PS).
Puteaux investit de manière exemplaire dans le social. Le nouveau Centre Médico Social Françoise Dolto, garantit à tous les Putéoliens un accès gratuit à des soins de qualité avec une mutuelle de base ou la CMU. Cet accès à tous a été dénoncé par le groupe Alternace Puteaux, qui préférerait une ploitique sociale restrictive, au détriement des classes moyennes particulièrement touchées par la crise. Plus de 1000 familles putéoliennes reçoivent une aide directe du Centre Communal d'Action Sociale (CCAS) en espèces ou sous forme de bons d'alimentation, ce que Sylvie Cancelloni (MoDem, n°2 du groupe Alternance Puteaux), administratrice du CCAS ne peut ignorer. En réaction à la crise, une banque alimentaire a été mise en place, en liaison avec une association, à l'initiative de la mairie. Cette année encore, des cadeaux ont été distribués par la mairie à tous les enfants de Puteaux, permettant aux enfants des familles les plus en difficulté de connaître la joie d'un cadeau de Noël et, durant les vacances, des milliers d'enfants et de jeunes qui ne sont pas partis peuvent profiter gratuitement d'activités hivernales de qualité à Puteaux en Neige. Une opération que Christophe Grébert et son groupe voudraient remettre en cause et troquer contre une petite patinoire sur la place de la mairie. Quant au Monopoly de Puteaux, également dénoncé par Christophe Grébert, vendu à 32€ seulement, contre 42 à 48 euros pour l'édition classique vendue en magasin, c'est une idée cadeau  originale avec un coup de pouce au pouvoir d'achat pour un jeu à succès. Difficile de faire plus. Et si cela était possible, Joëlle Ceccaldi-Raynaud, dont je ne saurais douter de la fibre sociale, le ferait sûrement. Encore faudrait-il que les critiques d'Alternance Puteaux cèdent la place à en propositions réalistes. A cela, il faut ajouter qu'avec 30% de logements sociaux, notre commune est à 1,5 fois le seuil minimal exigé par la loi.
Puteaux est également une ville solidaire. Chaque année, elle contribue à hauteur de 17 millions d'euros au Fond de Solidarité Urbaine et aide ainsi les communes les plus défavorisées. C'est dans cet esprit de solidarité que Joëlle Ceccaldi-Raynaud a décidé de supprimer la cérémonie des voeux aux personnalité : "il serait choquant, en cette période de crise où les gens souffrent de faire venir les traiteurs et de servir une réception à 4000 personnes". Elle a également fait un geste en réduisant les dépenses consacrées aux illuminations et à Puteaux en Neige. Par ailleurs, consciente qu'il faut se préparer aux incertitudes de l'avenir, elle a annoncé des mesures de régulation des dépenses et la mise en place d'une politique d'achat rigoureuse et répondant aux impératifs du développement durable. Le projet de budget 2009 nous dira, dans quelques semaines, ce qu'il en est.
Dans ces conditions que faudrait-il faire ? Sacrifier à la démagogie et imposer davantage de souffrances aux Putéoliens en les privant de Puteaux en Neige ou d'illuminations de Noël ?
Avec 900 000 euros, Puteaux en Neige représente 0,36 % du budget de la ville et les illuminations de Noël (1 million d'euros), 0,4%. Annoncés de manière brute, ces chiffres peuvent paraître exhorbitants aux yeux d'un citoyen peu habitué à manipuler des sommes de cet ordre de grandeur. Mais rapporté aux budget d'un foyer qui aurait 2500 euros de revenus mensuels, 0,36% ça représente seulement 9 euros. Moins que le prix de 2 paquets de cigarettes ! Et deux de plus, si l'on ajoute les illuminations de Noël à ce calcul. Dénoncer la gabegie financière de Puteaux en Neige, et des illuminations de Noël, c'est donc comme dénoncer la gabegie financière d'un ménage qui achèterait 1 paquet de cigarettes par semaine. Avec une des fiscalités locale les plus basses de France et sans aucune dette, notre ville en a les moyens. Cet argent est sans soute bien utilisé, d'autant que derrière ces dépenses, outre la dimension sociale et l'impact sur le moral des Putéoliens, il y a des emplois dans les PME prestataires. Cette démonstration montre la faiblesse du raisonnement populiste de Christophe Grébert et d'Alternance Puteaux.


Pas de quoi nous donner des leçons de bonne gestion. Les Putéoliens doivent-ils culpabiliser des recettes de la taxe professionnelle de la Défense et de la situation financière saine de leur ville ?


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