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Les massacres dans Gaza doivent nous faire agir / Un peuple debout, des régimes couchés

Publié le 30 décembre 2008 par Tanjaawi
Les horribles attaques d'aujourd'hui marquent uniquement un changement de méthode dans la façon dont Israël assassine les Palestiniens, écrit Ali Abunimah. 30 décembre 2008 / Ali Abunimah - The Electronic Intifada(JPG) Les sionistes ont commis un véritable massacre dans le centre de police de Gaza - Photo : AFP

« Je vais jouer de la musique et célébrer ce que fait l'armée de l'air israélienne. » Tels étaient les mots, entendus sur Al Jazeera aujourd'hui, d'Ofer Shmerling, un employé israélien de la défense civile dans la région de Sderot à côté de Gaza, alors que les images des derniers massacres commis par Israël faisaient le tour du monde.

Un peu plus tôt, les avions de guerre F-16 et les hélicoptères Apache israéliens d'origine US ont fait tomber plus de 100 bombes sur des dizaines de cibles sur la bande de Gaza sous occupation israélienne, faisant au moins 195 morts et blessant des centaines de personnes. Plusieurs de ces cibles étaient des commissariats de police situés, comme tous les commissariats de police du monde, au milieu de zones civiles.

Le gouvernement des Etats-Unis était un des premiers à donner son soutien aux attaques israéliennes, et d'autres allaient suivre.

Les rapports indiquent que beaucoup parmi les tués étaient des policiers palestiniens. Parmi ces « terroristes » comme ils sont étiquetés par Israël, il y avait une dizaine d'agents de la circulation qui suivaient une formation. Un nombre jusqu'ici inconnu de civils ont été tués et blessés ; Al Jazeera a montré les images de plusieurs enfants tués, et les attaques israéliennes sont intervenues lorsque des milliers d'enfants palestiniens étaient dans les rues sur le chemin de leur maison, de retour de l'école.

La joie de Shmerling faisait écho à celle des israéliens et à leurs partisans autour du monde. Leur violence serait une violence juste. C'est de « l'autodéfense » contre des « terroristes » et donc elle est justifiée. Les bombardements israéliens — comme les bombardements américains et de l'OTAN en Irak et en Afghanistan — sont des bombardements pour la liberté, la paix et la démocratie.

Les justifications des massacres commis par Israël, déjà loyalement retransmises par les médias de langue anglaise, seraient qu'Israël agit « en représailles » contre les tirs de fusées palestiniennes dont le nombre a augmenté depuis que la trêve de six mois a expiré le 19 décembre (jusqu'à aujourd'hui, aucun Israélien n'avait été tué ou même blessé par ces récentes attaques de fusées).

Mais les horribles attaques d'aujourd'hui marquent uniquement un changement dans la façon dont Israël tuent les Palestiniens. Ces derniers mois les Palestiniens sont morts la plupart du temps de manière silencieuse, particulièrement les personnes âgées et les malades, privés de la nourriture et des médicaments nécessaires par le blocus israélien qui dure depuis deux ans et est calculé et planifié pour faire souffrir et vivre en état de privation 1,5 million de Palestiniens, dans leur grande grande majorité des réfugiés et des enfants mis en cage dans la bande de Gaza.

À Gaza, des Palestiniens sont morts en silence, manquant des médicaments de base : insuline, traitement contre le cancer, produits pour les dialyses, mais interdits par Israël.

Ce que les médias ne questionnent jamais, c'est l'idée qu'Israël se fait d'une trêve. Elle est très simple. Dans une trêve sur le modèle israélien, les Palestiniens ont le droit de garder le silence tandis qu'Israël les prive de nourriture et continue à coloniser avec violence leur terre.

Israël a non seulement interdit la nourriture et les médicaments nécessaires aux corps des Palestiniens dans Gaza mais veut aussi affamer leurs esprits : en raison du blocus, il n'y a ni encre, ni papier, ni colle pour imprimer et relier les manuels destinés aux écoliers.

Comme l'a dit John Ging, responsable de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), à The Electronic Intifada en novembre : « il y avait depuis cinq mois un cessez-le-feu dont les habitants de Gaza n'ont pas bénéficié ; ils n'ont pas pu revenir à une vie normale. En ce qui nous concerne, nos approvisionnements ont été également limités au cours de la période du cessez-le-feu, au point que nous avons été placés dans une position très vulnérable et périlleuse, et il a suffit de quelques jours de bouclage complet pour que nous ayons manqué de nourriture. »

C'est cela une trêve israélienne. Toute réponse aux attaques israéliennes, y compris des protestations pacifiques contre le mur de ségrégation dans Bilin et Nilin en Cisjordanie, n'a pour réponse que des balles et des bombes. Il n'y a aucune fusée lancée vers Israël depuis la Cisjordanie, mais de la part d'Israël les meurtres, le vol de terres, les pogroms commis par des colons et les kidnappings non jamais cessé même un seul jour pendant la trêve.

L'autorité palestinienne dans Ramallah a cédé à toutes les exigences d'Israël, allant jusqu'à mettre en place des « forces de sécurité » utilisées pour combattre la résistance pour le compte d'Israël. Rien de tout cela n'a mis un seul palestinien ou sa propriété ou sa vie à l'abri de la colonisation israélienne, violente et implacable. Cela n'a pas empêché, par exemple, que la famille Al-Kurd voit sa maison vielle de 50 ans à Jérusalem-est démolie le 9 novembre, et le terrain où elle se tenait volé par les colons.

Une nouvelle fois nous observons les massacres dans Gaza, comme nous l'avons fait en mars dernier lorsque 110 Palestiniens, dont des dizaines d'enfants, ont été assassinés par Israël en seulement quelques jours. De nouveau les gens du monde entier éprouvent colère et désespoir de voir que cet état-voyou puisse commettre de tels crimes en toute impunité.

Mais toute la colère exprimée dans les médias arabes et sur internet aujourd'hui n'est pas dirigée seulement contre Israël. Elle est notamment dirigée, et plus que jamais, contre les états arabes. Les images qui choquent sont celles de la ministre israélienne des affaires étrangères, Tzipi Livni au Caire le jour de Noël. Elle y pose sur la photo, souriante, comme le président égyptien Hosni Mubarak à ses côtés. Puis il y a les images des ministres israélien et égyptien des affaires étrangères échangeant en souriant une poignée de mains.

Le journal israélien Haaretz a rapporté aujourd'hui que mercredi dernier le « cabinet israélien a autorisé le premier ministre, le ministre de la défense, et le ministre des affaires étrangères à déterminer le moment et la méthode » des attaques israéliennes sur Gaza. Partout les gens se demandent ce que Livni a dit aux Egyptiens, et encore plus important, que lui ont-ils répondu ? Israël a-t-il obtenu un feu vert pour un nouveau bain de sang dans les rues de Gaza ? Peu de gens sont prêts à donner à l'Egypte le bénéfice du doute après que les Egyptiens aient assisté Israël dans son blocus de Gaza en maintenant le passage frontalier de Rafah fermé depuis plus d'une an.

Et en plus de la colère et de la tristesse intensément ressenties par beaucoup de personnes devant les tueries commises par Israël à Gaza, il y a un sentiment de frustration devant le peu de moyens pour amener une réponse politique qui pourrait changer le cours des événements, arrêter les souffrances et imposer la justice.

Mais il existe des moyens, et c'est le moment de se concentrer sur eux. J'ai déjà reçu des nouvelles de manifestations et d'actions de solidarité prévues dans les villes partout dans le monde. C'est important. Mais que se produira-t-il après que les manifestations se soient dispersées et que la colère soit retombée ? Continuerons-nous à laisser des Palestiniens de Gaza mourir dans le silence ?

Les Palestiniens où qu'ils soient demandent la solidarité, une vraie solidarité, sous forme d'action politique soutenue et déterminée. Un groupe basé à Gaza et nommé « Un seul Etat et Démocratique » a publié un communiqué « invitant toutes les organisations de la société civile et toutes les personnes éprises de liberté à agir immédiatement de toutes les façons possibles pour faire pression sur leurs gouvernements afin de cesser tous liens diplomatiques avec l'Apartheid israélien et pour que lui soient appliquées des sanctions au niveau institutionnel. »

Le mouvement palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS : http://www.bdsmovement.net) fournit un cadre pour cette campagne. C'est l'heure de rediriger notre colère vers un engagement à long terme pour s'assurer que nous ne nous réveillerons pas à nouveau face à « autre Gaza ».

Ali Abunimah est cofondateur de The Electronic Intifada et l'auteur de One Country : A Bold Proposal to End the Israeli-Palestinian Impasse (Metropolitan Books, 2006)Un peuple debout, des régimes couchés

Dans l'imaginaire brutal des colonialistes, les exactions et les crimes commis par leurs troupes contre des populations désarmées sont des faits d'armes et, en tant que tels, s'intitulent « batailles » et portent les noms des villes dans lesquelles ils ont lieu. On se souvient de la « bataille » d'Alger qui opposa les hordes parachutistes d'une armée de tortionnaires à la population civile. Les atrocités commises à Ghaza par une autre armée coloniale, avec la bénédiction de la « civilisation occidentale », commencent ainsi à être génériquement dénommées « Bataille de Ghaza ». Cette appellation est l'exacte mesure des capacités de distorsion de la réalité d'une propagande fondée sur le mensonge et l'intoxication.

K. Selim - 30 décembre 2008 - Le Quotidien d'Oran - Editorial

Utiliser des armes du champ de bataille contre une ville assiégée depuis près de deux ans constitue un crime de guerre en bonne et due forme. Les missiles américains tirés par des avions américains qui s'abattent sur la ville désarmée sont l'expression achevée de la lâcheté israélienne et de l'indignité de ses soutiens en Europe et aux Etats-Unis.

Mais plus que l'attitude somme toute naturelle de ceux dont l'histoire est d'abord une épouvantable traînée de sang, c'est le silence embarrassé des régimes arabes « modérés » qui apparaît dans le triste éclat de son indignité. Pendant que des enfants arabes meurent, des mosquées sont détruites et des hôpitaux ciblés, l'on assiste à un curieux spectacle. Celui du régime qui se veut le gardien des lieux saints et celui qui prétend incarner l'arabité se livrant à des contorsions lamentables. Les atermoiements égyptiens quant à l'ouverture du passage de Rafah resteront dans l'histoire comme un moment difficile à surpasser en matière de couardise.

Que les dirigeants « modérés » n'apprécient guère le Hamas est une chose que l'on peut comprendre, ce qui reste inexcusable est de tourner de la sorte le dos aux souffrances de la population civile d'un pays voisin. Dans cette cacophonie de réunion tardive de la Ligue arabe et de tergiversations, une voix incarne de manière juste l'esprit de résistance et la solidarité partagés par tous les peuples arabes. Hassan Nasrallah a bien exprimé avec force et clarté la ligne unanime de l'opinion arabe et musulmane. Son discours pédagogique a permis de situer le rôle de ces régimes arabes qui ont érigé la capitulation en système. Le parallèle avec la guerre de juillet 2006 est en effet frappant. Au mépris des faits, ceux qui accusaient le Hezbollah d'aventurisme sont les mêmes qui accusent aujourd'hui le Hamas d'avoir rompu la trêve. En appelant la population égyptienne à descendre dans la rue, il a mis une pression réelle sur le régime cairote, contraint à manifester, malgré lui, le minimum de l'ouverture du passage de Rafah pour l'aide humanitaire.

Les Israéliens n'ont pas tort en proclamant que leur offensive n'en est qu'à ses débuts. Ce n'est en effet qu'un commencement. La vraie bataille de Ghaza aura lieu tôt ou tard, elle opposera des armées les unes aux autres et ne sera pas un face-à-face inégal entre un Goliath surarmé et un David affamé.

En attendant, le peuple palestinien montre au monde entier qu'il est debout et les régimes arabes « modérés » montrent, une fois de plus, qu'ils sont définitivement couchés.


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