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Pourquoi tant de haine ? Pourquoi tant d’acharnement ? Pourquoi tant d’aveuglement ?

Publié le 09 janvier 2009 par Black2004
<> Entre la déroute de nos Lions à Accra, le départ de Macky Sall du Parti démocratique sénégalais et la tenue du sommet de l’Oci au Sénégal, l’année 2008 aura été riche en événements. Mais, elle aura été surtout marquée du sceau politique et médiatique de Karim Wade, conseiller spécial du président de la République et patron de la «Génération du Concret». Il n’est pas exagéré de dire que rarement personnalité sénégalaise aura suscité autant de commentaires en un aussi court laps de temps passé dans la vie publique.
Des dizaines de milliers d’articles, de tribunes, d’analyses et de contributions ont été, en l’espace de quelques années, consacrées à Karim Meïssa Wade (KMW). Il ne s’est pas trouvé un seul sénégalais, du simple citoyen au journaliste en passant par les observateurs et les acteurs  politiques, qui ne se soit  pas à un moment où l’autre, prononcé sur le phénomène Karim Wade. L’homme est au centre de toutes les conversations.
Malgré cette médiatisation outrancière, KMW s’est toujours muré dans un mutisme assourdissant, ne distillant sa parole qu’à dose homéopathique. Cette quasi clandestinité médiatique n’empêche pas certains, à l’intérieur comme à l’extérieur du Sénégal de lui prêter beaucoup d’influence, de puissance et d’ambition. Mais jusque là, c’est un véritable mystère qui entoure les intentions de KMW. Peu de personnes au sein même de la «karimie» semblent réellement connaître la destination politique du leader de la «Génération du Concret».
C’est connu, la nature à horreur du vide et quand l’information est absente ou rare, c’est la rumeur qui fait foi. Du coup, entre les prédictions les plus brouillonnes et les rumeurs les plus folles, le «futur» de KMW aura été tout au long de l’année 2008, l’épicentre de la vie politique et médiatique sénégalaise. Karim Meïssa Wade est devenu, à lui tout seul, une sorte de thriller politique, balançant entre énigme et suspens dont certains attendent impatiemment le dénouement. Pendant que d’autres, à coup d’intoxication et de manipulation et avec une redoutable furie, tentent de l’étrangler politiquement, en le noircissant sans cesse aux yeux de l’opinion, avec l’espoir que les Sénégalais n’auront guère le choix que de détester, de haïr ou de rejeter Karim Wade étant donné ce qu’ils entendent ou lisent chaque jour dans la presse.
Ne revenons pas ici sur la dangerosité des stupéfiants propos récemment tenus sur lui par un musicien sénégalais. L’artiste en question, à la veille du sommet de l’Oci, a fait des pieds et des mains, donné de la voix aussi pour être reçu par Karim Wade. Mais aujourd’hui, quels que puissent être nos clivages politiques et idéologiques, certaines déclarations irresponsables nous interpellent. Pourquoi devrait-on, dès qu’on a le micro ou la plume, croire que nous pouvons tout dire et écrire, en ne respectant pas les codes et règles les plus basiques de la déontologie intellectuelle.
Pourquoi tant de Haine ? Pourquoi tant d’Aveuglement ? Pourquoi tant d’Acharnement ? Comme si certains sénégalais n’avaient d’autres ambitions pour leur propre patrie, que d’y construire un mur de séparation politique, confrérique, confessionnel, ethnique, social, culturel et clanique.
Dans une tribune parue dans Le Quotidien du mardi 26 novembre 2008, et intitulée «Karim Wade face aux Sénégalais : les raisons d’un malaise», Mouhamed A. Ly, sociolinguiste de son état nous explique les raisons de son refus de cautionner la candidature de Karim Meïssa Wade. Suite à la lecture de son article nous avons plutôt été envahis par une déchirante interrogation. Mais d’où le «complexe politico-médiatique dakarois» tire-t-il véritablement sa cascade de certitudes, faisant fi des opinions personnelles de la majorité silencieuse.
L’article de Monsieur Ly au demeurant bien écrit (même si j’ai trouvé sa plume par endroit un peu excessive) nous apprend que «...n’importe lequel d’entre nous peut interroger ses connaissances en Espagne (et pourquoi pas en Laponie) et au Sénégal et procéder à un décompte des réponses favorables et/ou défavorables à une éventuelle candidature de Karim Wade. Les réponses à ces «sondages» sont édifiantes. Les Sénégalais, dans leur écrasante majorité, jugent cette candidature ni souhaitable ni recevable…» Lui et lui seul sait pourquoi il a précautionneusement encadré le mot sondage par une solide escorte de guillemets. Et voilà que sur la base de “son” sondage, il nous démontre avec une grosse ferveur qu’une grosse majorité d’entre nous ne veut point de Karim Meissa Wade comme Président.
Loin de moi l’idée de défendre l’idée qu’il faille faire totale abstraction des sondages et de l’opinion. Monsieur Ly a même bien raison qu’«une élection présidentielle, c’est la rencontre et le dialogue, entre un homme et un peuple.» Une bonne piqûre de rappel pour bon nombre d’entre nous journalistes comme observateurs politiques, qui s’étaient brillamment «plantés» sur le résultat de l’élection présidentielle de 2007, parce que nous n’avions pas à l’époque, suffisamment pris en compte cette dimension dramaturgique qui caractérise une élection présidentielle «qui est surtout la capacité d’un homme à incarner à un moment le destin d’une nation».
Abdoulaye Wade fut réélu dès le premier tour alors que la quasi-totalité des analystes avaient pronostiqué sa défaite. Et c’est comme si nous n’avions pas  retenu la leçon en refusant de nous interroger sur l’étendue de l’abîme qui peut y avoir entre nos certitudes d’élite et l’opinion des Sénégalais.
Lorsque Monsieur Ly évoque «l’écrasante majorité des Sénégalais» pour dire qu’elle ne votera pas Karim Wade, il semble totalement ignorer que la politique obéit à une logique qui lui est propre et qui transcende souvent la froideur des calculs arithmétiques. Qu’à cela ne tienne, retenons tout simplement que comme tentative d’explication des raisons du malaise des sénégalais face à Karim Wade, l’argumentaire de Monsieur Ly est resté un peu court. Faut-il en déduire que tout cela n’est que tentative «d’antikarimisation» des esprits. Certainement pas, mais force est de constater que ça y ressemble fort.
Faudrait-il pour autant ranger Monsieur Ly dans le camp de ceux dont le seul ressort idéologique, se résume le plus souvent en un «antikarimisme» passionnel parfois rudimentaire. Certainement pas. Mais plus lorsqu’en notre nom, il tente d’accréditer l’idée que «les Sénégalais ne sont pas prêts à confier la direction de leur Nation à un garçon qui n’a jamais été chef de quartier…» ; l’argumentaire manque un peu de solidité et de hauteur.
«Ce garçon qui n’a jamais été chef de quartier » travaille souvent et certainement comme vous Monsieur Ly, plus de 18 heures par jour, sans tambour ni trompette parce qu’il nourrit une profonde aversion pour l’exhibitionnisme. S’il y avait un Nobel de la paresse et de l’approximation, ce ne serait sûrement pas à lui qu’il irait.
Dans un monde devenu turbulent et imprévisible, notre pays aura forcément besoin d’hommes qui en comprennent la complexité et les ressorts. Des hommes capables de décider et de trancher dans l’intérêt du pays. Ces atouts seront indispensables à tous ceux qui demain, veulent diriger le Sénégal et ont le profond désir de le réformer. N’en déplaise à Monsieur Ly, KMW incarne aux yeux de nombreux sénégalais, la jeunesse, la modernité, l’autorité, la compétence et l’audace.
Ce qui fait de “ce garçon qui n’a jamais été chef de quartier” un membre prééminent et incontestable du club très fermé des présidentiables sénégalais qui ont l’autorité et la compétence pour diriger Notre Nation. Encore faudrait-il qu’il manifeste lui-même le désir d’en briguer démocratiquement la Magistrature Suprême, dans le respect absolu et total des règles du jeu démocratique.
Des règles du jeu démocratique, qui devront s’appliquer à chacun d’entre nous, car la pluralité des opinions est aujourd’hui en train de disparaître du paysage sénégalais. Et en son lieu et place, une unanimité toute préfabriquée et toute dirigée contre le leader de la «Génération du Concret». Car rarement un seul homme aura fait dans l’histoire de notre pays, l’objet de tant d’ostracisme, rarement un seul homme aura subi un aussi long état de siége médiatique. Mais comme vous Monsieur Ly, je pense aussi que l’essentiel est ailleurs. Je renvoie nos les lecteurs à la contribution publiée dans Le Quotidien du vendredi 27 novembre 2008 (merci Le Quotidien pour le respect de la pluralité des opinions) par Mouhidine A. Sanoko, chercheur à l’université Gaston Berger de Saint-Louis et intitulée «Pour le Sénégal, j’accuse les Sénégalais.» Je vous en livre un court extrait. «…J’accuse le Sénégalais pour son envie effrénée de vouloir escroquer et exploiter son prochain chaque fois que l’occasion se présente.  Je l’accuse pour sa tendance à appliquer partout, où il est promu responsable, une autorité injuste (associations, partis politiques, Ong, université, presse etc.)… Il urge de comprendre que le problème du Sénégal n’est pas une question de gestion étatique ou gouvernementale comme le crient beaucoup de compatriotes sur tous les toits, mais plutôt «une question de Sénégalais» qui risque de se reproduire et se perpétuer au niveau de toutes les générations à venir… Le Sénégalais ne souffrirait de rien d’autre qu’exclusivement du «syndrome du Sénégalais…»
Un diagnostic dur et implacable, mais (hélas) vrai. Au lieu de nous regarder en face et oser une introspection collective, certains en sont encore à nous faire croire par tous les moyens, que Karim Meïssa Wade constituerait à lui tout seul, l’«axe du mal sénégalais». Qu’il serait le seul et unique coupable de toutes nos indisciplines, de tous nos incivismes, de toutes nos incuries, de toutes nos incompétences et inconséquences.
Réveillons nous, «descillons» nous les yeux. «L’axe du mal sénégalais» ne se trouve pas à l’Anoci, mais dans nos divisions, dans nos guérillas politiques sans fin, dans l’impunité qui a fini d’étendre son hégémonie partout dans le pays, dans la neutralisation systématique des meilleurs d’entre nous pour pouvoir encore et toujours niveler par le bas, dans l’instrumentalisation politique des difficultés économiques que traversent notre pays, dans nos vertigineux narcissismes qui nous empêchent de voir tels que nous sommes.
Nous sommes le peuple champion du monde toutes catégories du «masla et du grawoul». Nous sommes passés maître dans l’art de nous battre entre nous et contre nous-même...
Aujourd’hui on se bat entre partis politiques, entre hommes politiques, entre ministres, entre confréries, entre corporations, entre patronats, entre syndicats, entre collègues, en-tre ethnies, entre télés, entre radios, entre journaux, entre artistes, entre sportifs. A se demander s’il y a encore quelqu’un pour se battre pour l’intérêt supérieur de NOTRE Sénégal.
Karim Meïssa Wade comme certainement chacun d’entre nous a la passion de son pays ancrée au fond de lui. Certes, mais après l’alternance rétorqueront certains esprits partisans, irréversiblement idéologisés et politiquement formatés à l’«antikarimisme.» Et c’est justement là que se trouve la quadrature du cercle pour Karim Wade. Le fait est qu’il n’est pas toujours facile d’être le fils «du» Président dans quelque pays que ce soit, car le soupçon du népotisme plane toujours. Il est vrai que son effacement conjugué à son extrême discrétion médiatique a fini par créer une distance entre les Sénégalais et le patron de la «Génération du Concret». Ce qui risque d’entretenir, jusqu’au moment où les Sénégalais découvriront qui est véritablement Karim Wade, le procès en «népotisme» contre le fils du Président.
Respectons le Peuple du Sénégal et laissons-le sans conditionnement, exercer son libre- arbitre.

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