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Lettre Ouverte de Lloyd Levin, le producteur de The Watchmen (En français!)

Publié le 09 janvier 2009 par Noidor
Lettre Ouverte de Lloyd Levin, le producteur de The Watchmen (En français!)

Lloyd Levin donne un coup de pied explosif dans la fourmilière. Depuis que les choses ont commencé à dégénérer entre Fox et Warner à propos du film The Watchmen, qui est rappelons-le l'un des événements majeurs de l'année 2009, l'histoire tourne au vinaigre, la date de sortie du film est maintenant incertaine, si tant est qu'il sorte un jour.
Lloyd Levin, producteur du film The Watchmen, raconte les débuts du projet, les étapes par lesquelles le film a du passer pour en arriver là où il est aujourd'hui, l'engagement admirable de la Warner et le coup inacceptable porté par la Fox pour des raisons qui sont loin d'être légitimes. A contre-pied du contexte purement juridique dans lequel nous (cinéphiles, internautes, fans) voyons l'avancée du procès, Lloyd Levin offre son point de vue personnel, le point de vue d'un producteur qui a vu de ses propres yeux des centaines de personnes sacrifier énormément de leur temps, de leur argent, de leur sueur et de leur générosité pour que The Watchmen puisse voir le jour.
A lire absolument. Quand bien même la Fox gagnerait tous les procès juridiques contre la Warner, après cette lettre ouverte, elle demeurera l'éternelle perdante de ce jeu grossier. Un grand merci à Lloyd Levin, qui a pris son courage à 2 mains pour clarifier une situation qui était encore, à nos yeux, floue et lointaine.
Watchmen - Le point de vue d'un producteur

Lettre ouverte
Qui a raison? Dans le désaccord qui oppose Fox à Warner Bros, cette question est discutée, analysée, débattue, jugée et statuée dans un tribunal. Résoudre les désaccords entre parties est une pratique ancestrale dans notre société, et c'est ce à quoi se consacrent exclusivement des armadas d'avocats et un juge fédéral; ce serait déplacé de ma part que de donner une réponse à la question 'Qui a raison' dans son contexte juridique. Mais après 15 ans passés à m'investir dans le projet, et 10 ans supplémentaires à travailler sur le financement du film, j'ai acquis un nouveau point de vue, un point de vue personnel que j'estime devoir être rendu public.
Personne n'est plus conscient de l'ironie du débat que Larry Gordon et moi-même (Lloyd Levin, nldr), qui avons essayé durant des années de mener ce film à bon terme. [...]
On nous a dit que le roman graphique d'Alan Moore et de Dave Gibbons était inadaptable au cinéma.
Après le 11 septembre, d'aucuns estimèrent que les thèmes abordés par l'histoire étaient trop proches de la réalité pour être acceptés par le public.
Il y a ceux qui comprenaient le projet, mais qui espéraient qu'il soit mené différemment d'une manière ou d'une autre; que Watchmen devienne un buddy movie (littéralement un film de potes, nldr) ou un team-up movie (littéralement un film d'équipe ou d'association, ndlr); était-il nécessaire que l'histoire soit aussi sombre; était-il nécessaire qu'autant de personnages meurent; pourrait-on enlever le système de flashbacks; les intrigues pourraient-elles être supprimées; pourrait-on créer de nouvelles intrigues pour remplacer les anciennes; était-il nécessaire que le film soit aussi long... La liste des mécontentements était infinie. [...]
Infinie aussi était la liste de studios qui ont rejeté notre projet au fil des ans. Larry et moi avions mis au point des scénarios pour 5 studios différents. Nous avons eu 2 faux-départs pour la production du film. Nous avons été en contact avec d'importants directeurs commerciaux. De grandes célébrités étaient intéressées. Une fois, plusieurs centaines de personnes avaient déjà été recrutées, les décors avaient déjà été construits, une liste de grands réalisateurs et d'artistes de l'industrie du cinéma étaient déjà impliqués de très près, au moment où le studio qui finançait le film se mit à hésiter et à perdre confiance dans le projet.
Au fil des ans, à contre-pied du manque de confiance des studios, de nombreux particuliers se mirent à croire fort au projet - des professionnels du film qui étaient également des fans passionnés du roman graphique - et qui, oui, désiraient travailler sur le film, pour lui donner une chance d'être projeté sur grand écran, lui permettre d'être correctement réalisé; ces personnes donnèrent de leur temps et de leur talent pour faire sérieusement décoller le projet: des écrivains nous offrirent gratuitement des brouillons de scénarios; des illustrateurs s'occupèrent du graphisme; des acteurs très respectés offrirent de faire des prestations-test; de l'aide nous vint de la part d'éditeurs, de designers, d'accessoiristes et d'artistes; on nous offrit à titre gracieux un studio et un espace de travail, des éclairages et l'équipement nécessaire pour filmer. [...] De cette passion, de cet investissement émotionnel, personne ne parle dans le désaccord juridique entre Fox et Warner.
Selon moi, le point de départ de ce désaccord se situe au printemps 2005. Fox et Warner Bros reçurent toutes 2 une proposition pour faire le film Watchmen. On leur présenta la même offre, au même moment. L'offre incluait un papier décrivant le projet et son histoire, des détails sur le budget, un scénario, le roman graphique, et une note informant qu'un important réalisateur était d'ores et déjà impliqué.
Les réponses que les deux parties nous donnèrent étaient radicalement différentes.
De la part de la Fox, nous eûmes droit à un "Je passe" monotone.C'est tout. Un document envoyé en pièce jointe par la Fox expliquait que le staff du studio avaient considéré le script comme l'une des plus inintelligibles bouses qu'ils aient lues depuis des années. A l'inverse, la Warner nous appela après avoir lu le script et nous informa qu'elle était intéressée par le film - non, elle n'était pas certaine de la qualité et de l'impact du scénario, et elle se posait beaucoup de questions, mais elle désirait malgré tout nous rencontrer pour discuter du projet. Une rencontre eut lieu rapidement après. La Fox avait-elle proposé d'organiser une rencontre autour du projet du film? Non. [...] Montra-t-elle seulement le début d'un vague intérêt pour le film? Ou pour le roman graphique? Non.
A partir de là, la Warner, qui n'était pas encore tout à fait à l'aise avec le film, nous proposa un accord pour acquérir les droits du film, et nous commençâmes à explorer les possibilités offertes pour faire The Watchmen. Nous discutâmes des approches créatives et du film avec des réalisateurs, celui que nous avions trouvé auparavant ayant changé de voie peu avant. Après quelques soumissions, Zack Snyder se déclara intéressé, bien avant la sortie de son film 300. En fait, c'était même bien avant que le film ne soit achevé. [...] Nous tombâmes tous d'accord pour dire que Snyder était l'homme de la situation.
La Warner continuait de supporter le projet, financièrement et créativement. Après un an de travail, elle décida d'accepter de soutenir pleinement et entièrement le projet, alors basé sur un script qui était très similaire à celui que la Fox avait précédemment lu et traité d'incompréhensible bouse.
[...] Le script de Watchmen était bien au-dessus de la norme habituelle pour ce qui est de la longueur, puisqu'il dépassait les 150 pages, ce qui pouvait mener à un film d'une durée de 3 heures. Nous savions déjà que le film serait restreint à un public particulier à cause des scènes de violence et de sexe, qu'il ne jouirait pas d'un casting de luxe, et qu'il aurait droit à un budget de 100 Millions de Dollars. Nous demandâmes également à Warner de s'impliquer dans l'heure ou l'heure et demie de scènes additionnelles qui ne feraient pas partie du film projeté en salles, mais qui seraient présentes sur les bonus du DVD. Warner accepta tout, et je me rendais compte à quel point ce saut dans l'inconnu pouvait être nouveau, difficile et risqué de la part d'un gros studio Hollywoodien. Un autre grand studio aurait-il pris tous les risques que Warner a assumés? Aurait-il accepté d'engager autant de responsabilités pour un film qui défiait les conventions habituelles?
Seul le staff de la Fox pourrait répondre à cette question. Mais pour être honnête, leur réponse serait "Non".
La Warner ne devrait-elle pas être exclusivement bénéficiaire des risques qu'elle a pris en soutenant The Watchmen? La Fox mérite-elle réellement d'avoir un quelconque droit sur un projet auquel elle a elle-même décidé de n'offrir ni soutien ni même le moindre intérêt?
Voyons la chose sous un autre angle... L'une des raisons pour laquelle le film a été mené à bon terme vient de l'engagement de la Warner, qui a investi du temps, de la sueur et de l'argent dans le projet. Si Fox s'était occupé du film, il n'aurait jamais vu le jour, parce que le studio n'y trouvait aucun intérêt et ne désirait aucunement faire décoller le projet.
Un studio a-t-il le droit de mettre en travers du chemin d'un projet ambitieux et estimer qu'il ne devrait même pas exister? Si la Fox avait eu son mot à dire quant au projet, Watchmen n'existerait simplement pas. C'est d'un cynisme hors limites dont fait preuve la Fox en clamant haut et fort qu'une partie du projet lui appartient.
Le Juge Feess doit faire face à une affaire juridique d'une extrême complexité, doublée d'un contexte historique contradictoire, ce qui rend totalement incertaine l'issue finale qui donnera raison à l'un ou à l'autre des 2 studios. Les circonstances émotionnelles dont je fais part dans cette lettre ont-elle un quelconque poids sur le rendu final du jugement purement juridique? Dans ce cas particulier, il paraît très clair que d'un point de vue moral, la question du 'Qui a raison' ne se pose même pas.
Pour l'engagement des artistes, pour les centaines de personnes, de personnel et de professionnels du cinéma, d'acteurs et d'équipes qui offrirent de leur temps, de leur argent et qui sacrifièrent une bonne partie de leur vie pour donner naissance à cet incroyable projet, la réponse à la question 'Qui a raison' est claire et sans ambiguïtés - Fox devrait se retirer de cette affaire.
Mon père, qui était avocat et toujours à cheval sur la loi, m'a toujours enseigné que déterminer qui a raison et qui a tort n'était pas l'unique facteur entrant en compte lors d'un statuement dans un tribunal. Je suis persuadé que quelqu'un, à la Fox, a eu une figure parentale comme la mienne, qui lui a inculqué le même sens du fair-play et de la justice.
Lloyd Levin.
NB: Quelques précisions à propos de la traduction en français. D'une part, elle est de moi, qui ne suis pas parfaitement bilingue; je tiens donc à m'excuser à l'avance pour les erreurs de syntaxe que j'aurais pu faire. D'autre part, j'ai volontairement coupé de très courts extraits que j'estimais moins importants, ou qui répétaient quelque chose ayant déjà été dit.
Pour lire version originale de la lettre, un petit tour chez l'ami Buzzmygeek

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