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Sarkozy, la réforme et la conduite du changement

Publié le 10 janvier 2009 par Bernard Girard
Après l'université, le lycée, l'audiovisuel et le travail le dimanche, le juge d'instruction, l'hôpital… et ce n'est pas fini.
Au delà de ce qu'elle dit de l'énergie du Président, cette multiplication des réformes (ou, plutôt, des annonces de réformes) montre, d'abord, que les dossiers avaient été préparés. Nicolas Sarkozy n'est pas arrivé les mains vides à l'Elysée. Si certaines de ces réformes paraissent improvisées, comme celle de l'audiovisuel, la plupart ont manifestement été préparées, nourries de rapports et travaux préalables que l'équipe présidentielle ne se contente pas de reprendre tels quels, mais qu'elle adapte. Une leçon à retenir pour la gauche.
On devine derrière toutes ces annonces une logique à l'oeuvre : il s'agit moins de renforcer le pouvoir du Président que d'éliminer tout ce qui fait obstacle à l'exécution rapide de ses consignes.
On dit beaucoup que ces réformes vont renforcer le pouvoir du Président. C'est probablement une illusion : ses prédécesseurs en avaient au moins autant sinon plus. Que l'on pense à François Mitterrand décidant de nationaliser les banques et plusieurs grandes entreprises. Qui peut dire qu'il avait moins de pouvoir que n'en aura demain Nicolas Sarkozy? Mais Sarkozy est de ces dirigeants qui s'impatientent de la lenteur des institutions. Et ce sont ces lenteurs qu'il veut éliminer. Le cas de l'audiovisuel est frappant. Il est vrai que le Président obtenait, en définitive, du CSA la nomination de son candidat, mais cela prenait du temps, imposait des négociations longues, des batailles d'appareil. Il fallait attendre la fin des mandats des membres du CSA hostiles au pouvoir en place pour les remplacer par des amis politiques. Même chose pour la justice. Le pouvoir arrivait, dans la majorité des cas, à obtenir ce qu'il souhaitait, mais cela prenait du temps. Avec la réforme du juge d'instruction, les lignes de commandement devraient être plus claires. Ce qui n'est pas souhaitable pour la démocratie (qui a besoin de contre-pouvoirs) ne l'est pas non plus pour le pouvoir : après tout, ces obstacles à l'exécution rapide des consignes de l'Elysée protégeaient le Président en cas de difficultés. Si celui nommé à la tête de l'audiovisuel public se révélait un mauvais choix, on en attribuait l'erreur au CSA qui l'avait entériné plutôt qu'à celui qui le lui avait imposé.
Nicolas Sarkozy a choisi d'ouvrir simultanément tous ces chantiers et de passer en force sans s'aventurer dans de longues concertations. On devine sa logique : il n'a que peu de temps devant lui, le quinquennat a raccourci sa fenêtre d'action et s'il veut se présenter comme un réformateur il faut qu'il ait engagé le plus de réformes rapidement. Il a appris de l'exemple chiraquien qu'à interrompre le cours de la réforme, on s'interdit de revenir en arrière. Et il sait que la concertation est souvent synonyme d'enterrement. Mais cette profusion pose problème, comme le savent tous les spécialistes de la conduite du changement. Elle présente pour Nicolas Sarkozy plusieurs risques :
- celui de réunir et renforcer les oppositions à sa politique : les étudiants, les personnels de l'audiovisuel, de la distribution et de l'hôpital vont s'épauler mutuellement dans leur grogne contre le pouvoir, ce qui donne de l'air à un PS qui en manque cruellement,
- celui d'épuiser sa majorité qui ne partage pas forcément son ardeur réformatrice et qui est en première ligne dans le contact avec les électeurs. Les difficultés sur le travail du dimanche et l'audiovisuel n'est qu'une illustration du phénomène que l'on devrait voir se développer avec la réforme annoncée de l'hôpital.
- celui de se contenter d'effets d'annonces ou de votes de loi qui ne seront jamais ou mal appliquées. C'est, en effet, une illusion mille fois démontrée, que de croire qu'il suffit d'édicter une règle (en l'espèce voter une loi) pour la voir appliquée. Encore faut-il que tous ceux qui ont à charge de la mettre en oeuvre (et, d'abord, d'en écrire les décrets d'application, dans le cas d'une loi) s'y appliquent. Or, les obstacles ne sont pas là moins nombreux.
Ajoutons que ces réformes préparées alors que la situation économique allait en s'améliorant peuvent aujourd'hui paraître inappropriées, inopportunes et inadaptées dans la situation créée par la récession. Si la réforme de l'audiovisuel peut améliorer la situation des chaînes privées qui auraient autrement bien plus souffert de la crise, on ne voit pas en quoi le travail le dimanche ou la réforme de l'hôpital peuvent aider à lutter contre la montée du chômage qui devrait être le premier souci de l'équipe en place.

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LES COMMENTAIRES (1)

Par hugues vessemont
posté le 11 janvier à 16:42
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la disparition du juge d'instruction n'est qu'une mesure-phare de tout un dispositif tendant vers la privatisation de la justice...là où la loi du plus fort aura beaucoup plus de chance d'être la norme

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